CHAPITRE VI
originaires de Judée, sans qu'on recherchât s'ils se rattachaient à la foi nouvelle du Christ ou s'ils continuaient à suivre l'antique loi paternelle que les réformateurs chrétiens avaient entrepris de modifier.
Or, nous avons vu que le Christianisme était animé vis-à-vis du monde romain d'une ardeur de prosélytisme que rien ne pouvait arrêter. Ses apôtres et ses néophytes, formant dans les sombres abris des catacombes de véritables sociétés secrètes, menaçaient l 'ordre politique et religieux d'une prochaine décomposition.
On sait comment les empereurs et les pontifes romains répondirent à cette tentative révolutionnaire qui devait néanmoins triompher. Ils firent périr par miUiers, dans les amphithéâtres, dans les catacombes, les adeptes des nouvelles doctrines. Le sang coula à flots ; les martyrs furent innombrables. On lâcha sur eux les bêtes fauves des cirques, et cette autre bête fauve, terrible, farouche, altérée de meurtre et de carnage qui se nomme « la populace. »
Mais, les Juifs, confondus sous le même nom que les chrétiens, furent aussi confondus dans le même arrêt de mori, frappés dans les mêmesmassacr es, livrés comme eux à d'épouvantables supplices, aux coups des gladiateurs, aux dents des
animaux féroces, et la persécution qui atteignit les apôtres du Christ retomba inintelligente et aveugle, sur ceux-là mêmes que les chrétiens accusaient d'être les assassins de leur Dieu !
Avons-nous dans cette rapide analyse suffisamment fait connaître les causes toutes humaines qui, dans la Rome impériale, avaient excité contre les restes infortunés d'Israël la colère des nations païennes? La lutte acharnée du peuple hébreu, ses incessantes révoltes, les dangers qu'en de nombreuses circonstances il fit courir à l'Empire, sa doctrine monothéiste si étrange au miheu du polythéisme antique et qui était pour la société d'alors un péril bien autrement redoutable , la haine qui poursuivit les premiers chrétiens et dans laquelle il fut enveloppé, ne sont-ce pas là des raisons suffisantes pour expUquer, dans l'ordre naturel des choses, la persécution, le mépris, les outrages dont les Juifs ont été victimes sous la domination romaine?
Voyons si leur triste situation dans le monde,