CHAPITRE VI
devenu chrétien, ne se comprend point par des motifs aussi évidents et tout aussi humains, sans qu'il soit besoin de croire à une punition surnaturelle qui insulterait :i la bonté, à la justice et à la miséricorde infinie du Dieu vivant.
Lorsque le Christianisme, sortant enfin des catacombes, saisit le sceptre de Fempire et monta radieux, avec Constantin, sur le trône des Césars, il trouva dans le monde entier, à tous les degrés de l'ordre social, les sentiments hostiles répandus contre les Juifs, par une tradition déjà plusieurs fois séculaire, et il ne crut pas devoir répudier à cet égard l'héritage de la Rome païenne.
L'eût-il voulu, peut-être il n'en aurait pas eu le pouvoir. Le Christianisme ne triomphait, en effet, que de l'idolâtrie, et parmi les peuples païens. Les chrétiens n'ont jamais été que des polythéistes convertis. C'est même ce qui a fait la grandeur de l'apostolat chrétien, d'avoir ramené toutes les mythologies antiques sous la doctrine de l'Évangile, lequel, pour s'être con-
sidérablement écarté de la loi du Sinaï, n'en est pas moins un des rameaux et une provenance immédiate de l'arbre sacré dont le Judaïsme forme le tronc vigoureux.
Pour accomplir sa mission et atteindre son but, le Christianisme prit la société ancienne telle qu'elle était constituée avec ses lois, sa hiérarchie, ses institutions de toute nature, ses préjugés et ses faiblesses. Il sut, afin de conquérir la puissance suprême, se pUer à l'esprit du temps. De même que plus tard un autre ambitieux illustre s'écriait : « Paris vaut bien » une messe,» le Christianisme primitif trouva que Rome, c'est-à-dire la domination du monde connu, valait bien quelques concessions. Lui qui était venu au nom delà liberté et de la fraternité universelles, il transigea avec l'autorité absolue, et, satisfait de régner à côté des empereurs, il laissa la société divisée, comme auparavant, en maîtres et en esclaves, en tyrans et en ilotes, en possesseurs d'immenses territoires et en prolétaires manquant de pain. Il réserva pour le monde futur et pour l'époque mystérieuse de la vie d'outre-tombe ses plans merveilleux de société égalitaire. Lui qui était venu au nom de rhumihté évangélique et qui avait dit : « Mon » royaume n'est pas de ce monde, » il transigea avec la superbe hiérarchie païenne, organisa,