CHAPITRE yi
suivant les lois et les institutions de Rome, le nouveau pontificat, et fit passer dans la nouvelle Église les formes, les titres et la pompe des cultes polythéistes. Lui, enfin, qui était venu au nom du Dieu unique , immatériel , invisible et infini, il transigea avec la pluralité des dieux; le principe trinitaire, tout en maintenant l'idée de Tunité divine, l'appropria et la rendit plus accessible pour des peuples dès longtemps habitués à de nombreuses divinités, à des dieux-hommes, au culte des images, à toute une mythologie séduisante, aimable et profondément artistique.
Ainsi, en toutes choses, le Christianisme fut une habile et heureuse transaction, et l'on peut dire qu'il reçut de la Société romaine autant, peutêtre plus, que ce qu'il lui donna.
Parmi les passions et les préjugés que le Christianisme trouva tout développés dans le monde païen et trop enracinés pour qu'il crût pouvoir les détruire, il faut compter l'antipathie générale des peuples romains contre les Juifs. Il n'eut aucune raison pour combattre, soit dans les régions du pouvoir, soit parmi les masses, la haine qu'inspiraient les proscrits de Sion; il avait, au contraire, de nombreux motifs pour Tentretenir.
YI
Tous les chefs de la nouvelle religion, tous les prêtres de la nouvelle Église étaient eux-mêmes Romains. Depuis longtemps avaient disparu les premiers apôtres cjui s'enorgueillissaient d'être Hébreux. Il n'y avait plus aucun Juif parmi les membres du clergé de Rome chrétienne ; tous, nés parmi les populations ennemies d'Israël, ils avaient sucé, dès l'enfance, les mêmes sentiments de réprobation contre les vaincus de la Judée, et leur nouvelle foi n'avait pu atténuer cette animosité originaire. Aux raisons politiques qui, sous ce rapport, leur étaient communes avec tous les citoyens de l'Empire, s'en joignait une particulière et bien autrement influente.
Les Juifs étaient en effet pour le Christianisme victorieux une protestation vivante, éternelle, indomptable. — Par toutes leurs doctrines, par toutes leurs affirmations, ils disaient à lareUgion du Christ : « Tu es mensonge- » Ils criaient sous le joug et au milieu des supplices: «Il n'y a » qu'un Dieu > Ils reprochaient aux apôtres et aux sectateurs de l'Évangile d'avoir défiguré le