CHAPITRE III
consacrée, et Jésus, baptisé par l'énergique prédicateur du désert, sort aussitôt de Fonde lustrale.
Soudain, dit l'Évangile, une éclatante révélation se produit. Le ciel s'ouvre; l'Esprit saint descend comme une colombe et vient se poser sur le nouveau baptisé, et une voix mystérieuse se fait entendre dans les hauteurs des deux, disant: « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis » toute mon affection (^). »
Comment donc la foule immense qui se pressait sur les bords du Jourdain put-elle rester indifférente à cette manifestation saisissante? Il y avait là, cependant, comme une répétition des grandes scènes du Sinaï ; les cieux ouverts, la voix di\ine retentissant à travers l'étendue. Le peuple qui avait cru si unanimement à la révélation du mont Horeb , n'avait aucun motif pour récuser cette fois encore le témoignage de ses sens et pour hésiter à se prosterner aussitôt, dans une foi complète, aux pieds de celui que Dieu lui-même proclamait « son fils bien-aimé. »
La cause de cette indifférence, la voici : le prodige ne fut pas visible pour les Hébreux. Parmi les nombreux témoins du baptême de Jésus, personne ne vit ni les cieux s'ouvrir, ni l'esprit di-
(1) Matthieu, ibid., v. 16 et 17.
vin descendre sous forme de colombe ; personne n'entendit la voix céleste faisant tressaillir l'espace immense. C'est à Jésus seul que le miracle fut révélé ; ses yeux seuls purent contempler ces phénomènes providentiels.
Le récit évangélique ne permet aucun doute à cet égard. «Jésus sortitdel'eau, dit saintMatthieu, » et les ci eux lui furent ouverts, et il vit l'esprit » de Dieu descendant comme une colombe et se » posant sur lui (^). »
Saint Jean raconte le même fait de manière à diminuer encore l'importance de cette vision. D'après cet évangéliste, ce n'est pas Jésus qui vit s'entr' ouvrir les cieux et l'Esprit descendre sous la figure d'unecolombe; c'est à Jean-Baptiste que ces signes révélateurs auraient été annoncés. « Jean, dit-il, porta témoignage en ces termes : « J'ai vu l'esprit saint descendre comme une co- » lombe du ciel et se reposer sur lui. Et moi je » l'ignorais, mais celui qui m'a envoyé baptiser » dans l'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Es- » prit descendre et se poser, c'est celui qui bap- » tise dans l'Esprit saint. » Etj'aivu: « C'estpour- » quoi J'ai attesté que celui-ci est fils de Dieu ( 2). »
(1) Confestim ascenditde aquâ, et ecce aperti suntEi cœli, et viDiT spiritum Dei, clescendentem sicut columbam et venientem super se. — Matthieu, III, v. 16.
(2) Et testimonium perhibuit Joannes dicens : Quia vidi