CHAPITRE PREMIER
Etat de la Judée à la naissance de Jésus. — Lutte contre les Romains. — Désir et espoir d'un libérateur. — Signes aux-
I quels ce libérateur devait être reconnu. — Analyse des prophéties touchant l'envoyé et l'époque messianiques.
Jamais peuple ne fut mieux disposé à accueillir et à acclamer un libérateur; jamais société ne sentit davantage la nécessité d'un secours divin, que les Juifs à Tépoque où TÉvangile fixe la naissance de Jésus-Christ. Depuis longtemps déjà les Hébreux soutenaient une lutte héroïque contre Fempire romain ; soixante-dix ans avant la naissance de Jésus, et plus de quatre-vingt-dix ans avant ses prédications, Jérusalem, à la suite d'une
défense acharnée, avait dû ouvrir ses portes aux légions triomphantes de Pompée. Ce fut le commencement de cette grande guerre^ sans précédents et sans exemple dans l'histoire, qui ne devait pas durer moins de deux siècles, au milieu de perpétuelles révoltes, de nombreuses défaites, de prodiges de valeur et de dévouement, mis au service de la plus généreuse des causes : l'indépendance nationale et la liberté de conscience.
Au moment où Jésus vint au monde, Rome dominait en Judée. Les institutions pohtiques du peuple hébreu disparaissaient sous les lois des vainqueurs et sous l'organisation centralisatrice de l'empire; les institutions religieuses étaient menacées par l'invasion des pratiques païennes qu'imposaient des maîtres superbes ou qu'introduisaient d'ambitieux apostats. La résistance des Juifs s'accroissait avec leurs malheurs, car ils défendaient tout à la fois leur patrie et leur Dieu. Mais ils sentaient avec désespoir que, malgré leur courage et leur constance, ils succomberaient tôt ou tard sous les forces réunies du gigantesque empire des Césars. Près de deux cents ans auparavant ils avaient brisé le joug macédonien par l'épée invincible dés Machabées ; mais les Asmonéens n'étaient plus, et d'ailleurs Rome, par son unité et par l'héroïsme de ses légions, était bien autrement redoutable que l'empiro