CHAPITRE III
sie, attentifs à tous les signes qui pouvaient le révéler, eussent bondi de joie et d'espérance à la vue des faits surnaturels qui avaient signalé le baptême du Christ, d'après ses historiographes. Cette preuve leur fut refusée et ils continuèrent à ne voir en Jésus qu'un homme d'une sagesse sans doute supérieure au vulgaire, mais non pas un Dieu, ni même « un fils de Dieu (^). »
Cependant l'heure était venue; les idées et les grands desseins de Jésus s'étaient dès longtemps mûris dans son âme; il commença ses prédi-
(1) Ce titre Fils de Dieu est employé souvent dans la Bible sans que l'on attache à celui à qui il s'applique une idée de divinité, David, dans les Psaumes, est appelé plusieurs fois : fils de Dieu. On y fait même dire à Dieu, par une métaphore exagérée : Je t'ai engendré aujourd'hui. Mais jamais David ne s'est déclaré pour cela ni n'a été déclaré Dieq (*). Le qualificatif de Dieu, qui équivaut à l'adjectif divin, est employé à tout moment dans la Bible comme exprimant une supériorité. On dit montagne de Dieu pour montagne très-èlevêe; vent de Dieu pour vent violent; homme de Dieu, fils de Dieu pour homme d'une intelligence qui semble inspirée par Dieu lui même. Jésus aurait donc pu être appelé fils de Dieu sans choquer les oreilles, les consciences ni les traditions en Israël. Mais nous verrons plus loin que ses disciples et lui-même attachaient à cette qualification une idée très réelle d'origine et d'essence divines.
(*) Voyez aussi JParalipomknes^ liv. 1, eh. VIII, v. 6.
cations, réunit auprès de lui quelques disciples dévoués et parcourut les villes de Judée, tonnant contre les chefs de la nation et proclamant la nécessité de grandes réformes morales et sociales.
Le premier sentiment du peuple en entendant parler Jésus fut un sentiment d'admiration. On reconnaissait en lui le souffle, l'inspiration et l'expression des grands jours prophétiques. Son discours sur la montagne ( ^ ) est resté le type des plus beaux préceptes de morale, de charité et de vertu. C'est, sous une forme nouvelle, le résumé de tout ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans les livres sacrés d'Israël. Jésus s'y révèle comme un des plus grands moralistes des temps anciens et modernes ; mais il s'y révèle surtout comme un fidèle observateur de la loi donnée aux Hébreux; il vient rappeler les hommes au respect des prescriptions du Code saint; il vient adresser de sévères réprimandes à ceux, peuples ou chefs, qui se sont écartés des principes de la loi de Dieu, mais il n'entend pas que rien puisse être changé, soit au texte soit à l'esprit de la législation qui, depuis Moïse, régit Israël : « Jusqu'à ce que le ciel » et la terre passent, s'écrie-t-il, il ne sera pas » détruit un iota ni une seule virgule de cette loi.
(1) MaUhieu, ch. V, VI et Vil. Nous étudierons plus loin ce beau sermon, avec tout l'intérêt qu'il mérite.