CHAPITRE III
puissances célestes ou infernales, et jusqu'à Dieu lui-même, une partie de leur pouvoir.
Au reste, dans les croyances juives, ce n'est pas à Israël seul que le don de miracles pouvait être accordé par le Tout-Puissant. Les païens eux-mêmes, en dehors de l'inspiration divine, sont partout représentés dans la Bible comme capables de réaliser des prodiges égaux à ceux des plus grands prophètes. Les magiciens de Pharaon reproduisent, après Moïse, chacune des plaies dont le libérateur d'Israël frappe l'Egypte, au nom du Dieu vivant. Balaam prophétise aussi merveilleusement que les Voyants hébreux.
Ainsi les miracles, les guérisons surnaturelles constituaient, pour le peuple juif, un fait auquel ses yeux et son esprit étaient dès longtemps habitués, et qui, s'il était le signe d'un pouvoir mystérieux supérieur au commun des mortels, n'était cependant point une preuve de divinité. On pouvait voir, dans l'homme doué du don de guérir, un magicien, un inspiré, un prophète, mais jamais on n'avait vu en lui un Dieu.
Les miracles réahsés par Jésus, d'après le récit évangélique, avaient essentiellement pour but le soulagement des infirmités humaines. Il ouvrait les yeux des aveugles, rendait la parole aux muets, ressuscitait les morts, redressait les pa-
ralytiques. Comme Élie et comme Elisée, il multipliait, pour nourrir tout un peuple, quelques pains et deux ou trois poissons ; comme eux il rappelait à la vie des cadavres couchés dans le tombeau. Ces faits, que la science moderne a voulu expliquer par des moyens naturels, répandus alors de toutes parts dans le peuple, accroissaient l'autorité, le prestige et la réputation du nouveau Rabbi; mais personne en Judée, ni en Galilée, ni ailleurs, ne songeait à y rattacher des idées de divinité.
L'opinion générale, d'après les Evangiles, était qu'un nouveau prophète avait surgi en Israël. Lorsque Jésus arriva à Jérusalem, où, précédé par une grande réputation, il causa une sensation générale, le peuple s'écriait: « Yoici Jésus, » le prophète de Nazareth en Galilée (^). » Et l'Évangile dit que les Pharisiens et les chefs des pontifes, malgré les objurgations violentes dont ils étaient l'objet de sa part, n'osèrent pas d'abord le faire arrêter parce qu'ils redoutaient un soulèvement des masses qui le considéraient comme « prophète (^). »
i2) Et cum intrasset Jerosolymam, commota est universa civitas, dicens : Quis est hic ? — Populi autem dicebant : Hic est Jésus /?ro;)/ie^a à Nazareth Galilœae. — Matthieu, ch. XXI, v. 10 et il.
(2) Matthieu, XXI, v. 46.