CHAPITRE IV
dée, on comprend sans peine qu'ils ne pouvaient pas être animés de sentiments bien sympathiques* Des motifs personnels et des raisons d'ordre public leur faisaient considérer Jésus comme un perturbateur redoutable, comme un révolutionnaire dont il fallait chercher à se débarrasser.
Les motifs personnels résultaient des attaques virulentes que le nouveau réformateur dirigeait chaque jour contre eux. « Malheur à vous, scribes » et pharisiens, disait-il publiquement, malheur )» à vous, sépulcres blanchis, beaux au dehors, » mais pleins d'immondices au dedans (^) ! Hypo- » crites(2), race méchante et adultère (^), je vous » déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté » et que la pierre rejetée écrasera ceux sur qui » elle tombera (^)! Malheur à vous, serpents, race » de vipères, qui dévorez les maisons des veuves, » qui fermez aux hommes le royaume des cieux, » qui entraînez les âmes en enfer et qui serez vous- » mêmes condamnés au feu infernal ! Malheur à » vous, conducteurs aveugles qui avez abandonné » la justice, la miséricorde et la foi ! Tout le sang » innocent qui a été répandu sur la terre retom- » bera sur vous, depuis le sang d'Abel jusqu'au
(1) Matthieu, ch. XXIIÎ, v. 27.
(2) Matthieu, ch. XII, v. 39.
(3) Matthieu, ch. XVI, v. 4.
(4) Matthieu, ch. XXI, v. 43 et 44.
» sang de Zacharie (^). » Il n'entre pas dans notre dessein d'examiner jusqu'à quel point était juste et légitime cette colère violente contre les pharisiens. On verra plus loin, par quelques exemples caractéristiques, que le pharisaïsme, qui a fait la force, la grandeur et le salut d'Israël, ne le cède pas à l'Évangile lui-même, au point de vue de l'enseignement moral. Maifi fondés ou exagérés, on comprend que les énergiques discours de Jésus contre les pharisiens, alors en possession du pouvoir et du respect de la multitude, n'étaient pas de nature à lui concilier la bienveillance des chefs religieux et politiques de lafJudée.
Néanmoins ceux-ci auraient été contraints de subir patiemment ses véhémentes censures. La liberté de la parole avait toujours existé dans la société juive sans limite et sans frein. Les prophètes n'étaient pas seulement des voyants inspirés de Dieu qui prédisaient l'avenir et révélaient à Israël les célestes décrets, c'étaient aussi des tribuns politiques, pleins d'énergie et décourage, exerçant sur l'esprit des masses une influence extraordinaire, tonnant sans obstacle contre les rois et les puissants, condamnant et dépossédant les princes ; c'étaient des orateurs sacrés devan'
(5} Matthieu, ch. XXUl^passim.