CHAPITRE IV. Tt
» il avec des publicains et des gens de mauvaise » vie? » Jésus faisait à cette question une réponse admirable que FÉvangile nous a conservée. Il disait : « Ce ne sont pas les gens bien portants, » mais les malades, qui ont besoin de médecin. » Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour » les pécheurs (^). » Mais, tout sublime que fût ce but, les moyens pour l'atteindre n'en étaient pas moins dangereux aux yeux des magistrats. La foule grossissait sans cesse autour du nouveau maître; les idées et les passions populaires s'exaltaient ; à l'enthousiasme qu'excitaient ses paroles parmi les gens suspects qui le suivaient et qui ne comprenaient sans doute dans ses prédications que ce qui correspondait à leurs secrets instincts contre les riches et les puissants, pouvaient succéder des mouvements séditieux et de véritables insurrections.
Il y eut en effet un moment où, emportés par leur ardeur et espérant probablement que, si Jésus s'emparait du pouvoir, il mettrait aussitôt en pratique ses maximes d'égalité et ses promesses en faveur des pauvres et des masses popu-
(1) Marc, loc. cit., v. 17. Non necesse habent sani medico sed qui malè habent. Non enim veni vocare justes sed peccatores.
laires , ses partisans résolurent de le proclamer Roi. Tout était préparé ; on devait s'emparer de lui et relever de force au rang suprême. Jean, qui nous révèle cette conspiration, nous dit que, plus sage et plus prudent que ses disciples , Jésus, ayant eu connaissance de ce dessein, ou le jugeant irréalisable, s'enfuit de nouveau, seul, dans les montagnes (^).
Ce complot avorté n'eut pas seulement pour résultat de redoubler la vigilance des magistrats, il excita surtout au plus haut degré la colère d'Hérode, qui, investi du pouvoir, vit alors dans Jésus un compétiteur et un prétendant, c'est-à-dire un ennemi qu'il fallait réduire à l'impuissance. Hérode avait déjà fait incarcérer et décapiter Jean-Baptiste (^); il fit poursuivre Jésus et donna ordre de se saisir de lui. Chose remarquable et qui montre combien étaient passionnées les accusations dirigées par Jésus contre les pharisiens, on voit alors ces derniers, dans un sentiment de bienveillance qu'on ne saurait trop louer, et oubliant les attaques dont ils étaient l'objet, venir eux-mêmes avertir Jésus des intentions d'Hérode. Comme ils lui conseillaient de se
(4) Jésus autem cùm cognovisset quia venturi essent ut rapenint eum et facerent eum Regem, fugit iterum in monte ipse solus. — Jean, ch. Vf, v. 15.
(2) Matthieu, ch. XI, v. 2. — Ibid., ch. XIV, v. 8.