CHAPITRE IV
sauver(^). « Allez dire à ce renard ('), leur réponn dit- il, que J'ai encore des malades à guérir et » des possédés à délivrer... Toutefois il faut que » je continue à marcher librement aujourd'hui, û demain et le jour d'après. » Et pour pouvoir, en effet, poursuivre sa mission, il écouta leur conseil et évita, par la fuite, les poursuites d'Hérode, qu'il ne ménageait pas plus, on le voit, que les scribes et les pharisiens.
Ainsi, si Ton pouvait voir et même respecter en Jésus le prophète parlant au nom du Dieu d'Israël avec l'indépendance qui avait été de tout temps le privilège des tribuns rehgieux de la Judée, les magistrats, plus froids et moins faciles à entraîner que le peuple, le regardaient comme un agitateur dangereux qui, entouré de gens de mœurs suspectes, pouvait faire naître des désordres graves dans les villes où il pré* chait ses nouvelles doctrines sociales. Beaucoup de citoyens paisibles partageaient à cet égard les
f\) In ipsâdie accesserunt quidam Pharisaeorum, dicentes îlli : « Exi et vade hinc, quia Herodes vult te occidere. » — Luc, ch. Xni, V. 31.
(2) Et ait mis : Ite et dicite Vulpi illi, etc. — Ibid., V. 32.
appréhensions des chefs de la nation (*); plusieurs fois on avait craint des émeutes populaires (^). Enfin, on vient de voir qu'à son insu, ou de son consentement, les disciples de Jésus rêvaient pour lui le rang suprême et ne songeaient à rien moins qu'à le proclamer ROI.
Or, à répoque où se passaient tous ces événements, il ne faut pas oublier que la Judée était agitée par de graves dissensions intestines et par de grands dangers extérieurs. Le peuple juif subissait en frémissant Tautorité des Romains et leur intervention dans les affaires de Judée. Hérode était haï comme représentant le pouvoir et les idées de Rome. Des partis violents divisaient les esprits. Les zélateurs rêvaient Taf franchissement de la patrie sainte et brûlaient de venger leurs récentes défaites. Jamais la situation n'avait été plus menaçante : agitations et luttes intérieures ; sourds présages d'une prochaine guerre nationale contre les Romains , maîtres du monde. A coup sûr, ce n'était pas le moment de songer à des réformes sociales, à des questions de morale spéculative ; ce n'était
(4) Àliî autem dicebant ; Non, sed seducit turbas. — Jean, ch YII, V. 12.
(2) Matthieu, ch. XXI, v. 46.