CHAPITRE IV
pas le moment de laisser libre carrière aux tribuns qui viendraient, passionnant et soulevant le peuple, compromettre la paix publique. Il fallait unir fortement les citoyens et les intérêts nationaux, et ne pas permettre des divisions qui devaient nécessairement favoriser les projets des Romains et hâter le jour de l'asservissement définitif de la Judée. Dans ces circonstances, les prédications de Jésus, le nouveau parti dont il était le chef et Fâme, Tardeur de ses disciples, constituaient un péril extrêmement sérieux ; on ne peut pas consciencieusement reprocher aux magistrats juifs d'avoir fait tous leurs efforts pour en conjurer les effets.
Une seule chose aurait pu légitimer à leurs yeux les paroles et les actes de Jésus : c'était la démonstration qu'il était réellement le Messie désiré. Nous avons vu combien était grande et générale à cette époque l'espérance d'un libérateur. Les Juifs, chefs et peuple, aspiraient tous à l'heure de la délivrance; ils scrutaient aux quatre coins de l'horizon les signes révélateurs qui pouvaient annoncer le sauveur d'Israël. Si Jésus, revendiquant ce titre sacré, avait proclamé hardiment qu'il venait affranchir les Juifs du joug étranger, rétablir le trône de David et, nouveau Moïse, arracher Israël à l'Egypte romaine, si surtout il avait prouvé sa mission libératrice, la
82 Iles déicides.
Judée entière se serait levée sur ses pas , dans . une immense acclamation.
Nous allons voir les pontifes, les chefs du peuple, les docteurs de la loi, les scribes et les phasiens, pleins d*anxiété et même d'espoir, accourir à lui, le supplier de leur dire s'ils doivent saluer en lui le Christ promis et à quel signe ils peuvent le reconnaître ; mais nous verrons Jésus les repousser durement, leur refuser avec obstination les témoignages qu'ils réclament et s'enfermer de plus en plus dans son mystère systématique.