CHAPITRE V
Ses actes et ses paroles n'étaient d'ailleurs pas de nature à inspirer aux masses la conviction qu'il était le Messie, libérateur du peuple de Dieu. On sait que le Christ devait être de race royale, descendant direct de David. Le peuple qui disait de Jésus : « Mais n'est-ce pas là le fils du » charpentier de Nazareth? Ne connaissons-nous » passamère, ses frères et ses sœurs(^)?)) n'était guère porté à voir en lui l'héritier légitime du grand monarque hébreu. Lui-même, comprenant bien l'objection que pouvait soulever sa généalogie, cherchait à propager l'idée que le Christ ne devait pas nécessairement être le fils de David. Un jour que les pharisiens étaient auprès de lui, il leur dit : « Que pensez-vous du Christ ? De qui doit-il » être le fils? — Ils lui répondent : De David. — B Comment donc, reprend Jésus, David l'appelle- » t-il son Seigneur? Et s'il le nomme ainsi, com- D ment peut-il être son fils (^ ) ? »
(1) Matthieu, cb. XIII. v. 55.
(2) Congregatis autem Pharisaeis, interrogavit eos Jésus, dicens: Quid vobis videtur de Cliristo? Cujus filius est? Dicunt ei : David. Ait illis : Quomodo ergo David in spiritu vocat eum Dominum, dicens : Dixit Dominus Domino meo... Si ergo David vocat eum Dominum, quomodo filius ejus est ? — Mattliieu, eh. XXII, v. 41 et suiv.
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Or, c'était là contrarier une des traditions les plus accréditées dans la Synagogue juive, surTun des signes essentiels par lesquels le Messie ferait reconnaître sa mission divine, et, si Ton peut ainsi dire, sa légitimité.
D'un autre côté, les Juifs, appuyés sur de nombreuses prophéties, avaient toujours considéré Tavénement des j ours messianiques comme l'inauguration d'une ère de paix, de concorde et de fraternité universelle. Jésus troublait à cet égard toutes leurs idées et toutes leurs espérances. « Ne » croyez pas, disait-il, que je sois venu apporter la » paix à la terre ; non, je n'apporte point la paix » mais le glaive et la désunion. Je viens faire du » fils l'adversaire de son père, de la fille l'adver- » saire de sa mère ; l'homme aura pour ennemis » ceux de sa propre maison. Je suis venu mettre » le feu dans le monde, et je ne désire rien sinon tt qu'il s'enflamme (\l » Les apologistes ne manquent pas pour expHquer ces paroles si significa-
(1) Nolite arbitrari quia pacem venerim mittere in terram; non veni pacem mittere sed gladium. Veni enim separare hominem aûversus patrem suum et filiam adversus matrem suam et nurum adversus socrum suam ; et inimici liominis, domestici ejus. —Matthieu, ch. X, v. 34 et suiv. — Ignem veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur? Putatis quia pacem veni dare in terram? Non, dico vobis, sed separationem. Erunt enim ex hoc quinque in domo unà divisi; très in duos et duo in très dividentur. — Luc, ch. XII, v. 49 et 5.