CHAPITRE VI
contre le prophète de Galilée; le plus grand nombre de ses disciples l'abandonna; les Douze, seuls, restèrent auprès de lui et encore Fun d'eux devait le trahir et un autre le renier.
Les apôtres eux-mêmes lui disaient : «Seigneur, » d'où vient que vous vous découvrez à nous, et » non pas au monde? (*) » Enfin les Hébreux, de plus en plus indécis, répondaient à ceux qui leur proposaient d'adopter la doctrine de Jésus : « Nous sommes les disciples de Moïse, nous sa- » vons que Dieu a parlé à Moïse, mais pour ce- )» lui-ci nous ne savons ni qui il est ni d'où il » vient (2)ï.
Exposons ici brièvement d'où naissaient ces sentiments de réprobation et pourquoi les Juifs refusaient de voir un Dieu dans le fils de Marie.
La base fondamentale du Judaïsme est I'unité et l'iNvisiBiLiTÉ DE DIEU, <» Écoutc Israël, s'écrie le » législateur, V Etemel notre Dieu, I'Éternel est
M) Jean, cli. XIV, v. 22.
(2) Maledixemnt ergo ei et dixerunt : Tu discipulus iUius sis; nos autem Moysi discipuli sumus. A'os scinwsquia Moysi locuius est Deus ; hune autem NESGIMUS.UISDÈ SIT. — Jean, cil. IX, v. 28 et 29.
» un(^) ». Le but de rhumanité, le triomphe du peuple élu, la manifestation des jours messianiques, consistent essentiellement, d'après les prophètes, dans la reconnaissance et la proclamation^universelle de Funité de dieu. « En ce temps- » là, dit Zacharie, Y Etemel sera un et son nom » sera un (^)». Il est inutile de rechercher ici si ce dogme de Tunité divine, si simple, si lumineux, si accessible à rinteUigence humaine, est conciliable avec un système hypostasique, suivant la théorie de Platon, ou avec une trinité à la fois une et multiple, suivant la formule définitive du cathohcisme. Nous faisons ici de l'histoire et non de la dogmatique religieuse ; nous ne discutons pas la vérité ou l'erreur de la Trinité chrétienne; nous constatons simplement, avec la Bible, avec l'universalité des historiens, que les Juifs, avant Jésus comme après lui, ont toujours proclamé I'unité de Dieu dans le sens absolu du mot; qu'il n'y a, ni dans leurs livres ni dans leurs traditions, la moindre trace d'une croyance différente ni d'une transaction philosophique ou rehgieuse avec ce principe élémentaire. Donc les Hébreux adoraient le Dieu unique et ils étaient convaincus que tous les hom-
(1) Deutéronome, cli. VI, v. 4.
(2) Zacliarie, cli. XIV, v. 9.