CHAPITRE VI
culte des idoles par le grand patriarche. Il y avait, avant Jésus-Christ et de son temps, bien des sectes dissidentes dansle Judaïsme ; mais Pharisiens, Saducéens, Esséniens, Samaritains, etc., toutes professaient , à cet; égard , la même croyance, et pas un seul dissentiment ne s'était jamais élevé en Israël sur la nature et les attributs delà divinité. La courte et magnifique profession de foi que nous venons de citer : « Écoute Is- * RAEL, l'Éternel NOTRE Dieu, l'Éternel est un,» était alors, comme elle est encore aujourd'hui, l'oraison la plus importante pour l'Israéhte, celle qu'il était [obUgé de répéter, matin et soir, qu'il pouvait même prononcer en langue profane (*), afin qu'il en comprît bien le sens et la portée.
Un Dieu, UN SEUL DIEU, immatériel, infini, invisible, qui, même, lorsqu'il veut communiquer directement sa volonté aux mortels, leur fait entendre une voix surnaturelle, mais ne peut se révéler à eux sous une forme déterminée : tels étaient, à l'époque dont nous nous occupons, tels sont encore aujourd'hui, après dix-huit siècles, le dogme et la foi du peuple hébreu.
(1) Talmud, traité Bérachot, P 9. « Le Schéma (c'est le nom » du passage cité) peut se dire en toute langue que l'on com- » prend. «
«IS LES DEICIDES.
On comprend donc Fétonnement et Findignation dont les Juifs, contemporains de Jésus, furent saisis, lorsqu'ils entendirent ce dernier s'arroger d'abord des prérogatives divines, ensuite se déclarer ouvertement fils de Dieu et égal du Père. — Pour eux, instruits à cette loi juive de laquelle il avait été dit que « nul ne pouvait y D ajouter ni en retrancher (^) », c'étaient là des blasphèmes qui méritaient un sévère châtiment. Nous voyons, en effet, dans le récit évangéhque cité plus haut, qu'ils reprochent à Jésus de blasphémer en se prétendant Dieu, en s'égalant à Dieu, lorsqu'il n'est qu'un simple mortel.
Incontestablement Jésus, par la proclamation de sa divinité, non-seulement heurtait violemment les croyances séculaires du peuple juif, troublait toutes les consciences et détruisait toutes les vérités reçues, mais encore il portait une atteinte extrêmement grave à cette loi qu'il avait déclaré d'abord si solennellement n'être pas venu modifier. — C'était prêcher formellement un Dieu nouveau, ou, si l'on veut, un
(1) Deutéronome, ch. IV, v. 2. - Ibid., cli. XIII. v. i