CHAPITRE m. il
« Parce qu'étanthomme, tu veuxte faire Dieu, » reproche terrible, en effet, car il constate que Jésus n'avait donné au peuple aucune preuve, aucun signe de sa divinité. Il avait si peu fait pour convaincre la foule qu'il était Dieu , que nous avons vu ses disciples eux-mêmes l'abandonner et s'éloigner de lui, aussitôt qu'en se déclarant fils et égal de Dieu , il porte atteinte au dogme sacré de l'unité absolue et de l'immatérialité de l'Eternel. « Lui Dieu! criait le peuple; mais, » Joseph n'est-il pas son père? sa mère n'est-elle )) pas Marie? » Et ainsi s'élevait de toutes parts une énergique protestation.
Que maintenant un Dieu, descendu sur la terre, incarné dans un corps humain, pour se manifester au monde et assurer le salut et le triomphe d'Israël, n'ait pas pu ou n'ait pas voulu se révéler plus clairement ; qu'il ait laissé tous ses contemporains dans le doute et la postérité dans l'hésitation; qu'il n'ait pas éclaté aux yeux de tous, dans sa gloire et dans sa puissance, par une de ces fulgurantes révélations qui imposent irrésistiblement la foi, c'est là un mystère que nous n'avons ici ni à pénétrer ni à comprendre. îl
le, sed de Uasphemtâ; et quià tu, komo cum sis, facis te tpsum Deum, — Jean, cli. X, v. 33.
entrait sans doute dans les intentions de Jésus de n'être pas plus explicite ; mais le peuple juif, encore une fois, peut-il être accusé pour n'avoir pas vu ce qu'on ne lui montrait point et pour avoir obéi à sa loi religieuse en poursuivant et en condamnant celui qui se déclarait Dieu sans le prouver ?
itappelons-nous cette scène splendide du Sinaï où tous les éléments bouleversés sont mis au service de la révélation divine devant une nation entière frappée de crainte et de respect ; rappelons-nous cette voix surnaturelle retentissant au milieu des vents et de l'orage et portant aux oreilles des Hébreux les vérités immortelles qui doivent éclairer un jour toutes les nations de la terre. La science peut chercher à expliquer ces prodiges ; mais du moins elle ne saurait contester l'effet immense qu'ils produisirent sur les Israélites, effet que rien n'a pu ni affaiblir ni altérer dans la suite des siècles. En fut-il de même au temps de Jésus? Aucun acte de sa vie fut-il caractérisé par une révélation aussi universelle et aussi saisissante? Tout ce qui précède répond à cette question