‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 62 sur 192 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

bien plutôt un suprême appel adressé'par la voix populaire à œlui qui s'était présenté comme Christ et fils de Dieu.

Jésus était étendu sur la croix, supplice romain importé en Judée. Des deux larrons qui subissaient enmêmetempsla terrible expiation, l'un d'eux le maudissait et lui criait : « Mais si » tu es le Christ, sauve-toi donc et sauve-nous » avec toi. (^) » Et des voix s'élevaient aussi du milieu de la foule , disant : « S'il est le fils de » Dieu, qu'il descende de la croix. » Et d'autres ajoutaient : « Qu'il descende de la croix et » nous croirons en lui, — Si Dieu l'aime, qu'il le » délivre maintenant puisqu'il a dit : « Je suis le » fils de Dieu. (') »

Ce langage caractérise merveilleusement la situation d'esprit où se trouvaient les Juifs. Ils ne prodiguent point à Jésus, comme les farouches soldats du Prétoire, les insultes et les violences ; ils l'adjurent, une dernière fois, de révéler, par un miracle éclatant, sa puissance comme Messie et comme fils de Dieu ; ils lui promettent de croire

(i ) Unus autem de his qui pendebant latronibus, Llasplie mabat eum dicens : si tu es Cbristus, saivum fac temetipsum et nos. — Luc, ch. XXIIJ, v. 39.

(2) Et dicentes... si filius Dei es, descende de cruce... Beicendat nunc de cruce et credimus ei. Confidit in Deo ; liberet nunc, si vult, eum ; dixitenim : QuiafiliusDei sum.— Matthieu, ch. XXVn, V. 40 et suiv.

à lui sans réserve, s'il daigne, à ce moment suprême, accorder le signe décisif si longtemps et si vainement sollicité par eux.

Et, en effet, quelle immense impression n'eût pas produite sur la foule juive et païenne, le prophète, le Dieu crucifié, si, se dressant soudain dans la splendeur de sa divinité, il avait brisé comme un verre fragile les clous qui l'attachaient à la croix; s'il était descendu, sans blessure, de l'infâme gibet, frappant d'épouvante ses bourreaux, resplendissant d'une auréole céleste et se transfigurant aux yeux de tous dans son éternelle majesté? Y aurait-il eu un seul homme en Israël, y aurait-il eu un seul Romain qui résistât à la toute-puissance de cette foudroyante révélation? Et combien de siècles de martyres, de luttes, de guerres fraticides, de persécutions et de malheurs eussent été épargnés aux chrétiens de la primitive Éghse et aux Juifs dispersés : ceux-là victimes de l'incrédulité et de la résistance du monde Romain ; ceux-ci victimes d'une haine acharnée que dix-huit siècles de souffrances n'ont pu complètement apaiser î

Oui, l'appel solennel que le peuple juif faisait à Jésus sur la croix, était le cri sincère, énergique, delà conscience populaire ! Oui, le peuple tout entier et ses chefs eussent été heureux de voir

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