‹ Les déicides; (volume 2)Chapitre 67 sur 192 · CHAPITRE yill · texte numérisé non relu

CHAPITRE yill

cord sur deux "points : son inhumation et sa disparition du sépulcre où son corps avait été déposé. Quant aux circonstances mêmes qui ont accompagné cette disparition, aucun n'en dit un seul mot. Voici , d'ailleurs , leur récit dans toute sa simplicité.

Tous racontent qu'aussitôt que Jésus eut expiré , Joseph d'Arimathie , qui était en secret un de ses disciples, vint trouver Pilate et demanda le cadavre afin de FenseveUr; ce qui lui fut accordé (0. Puis, seul, d'après saint Matthieu, saint-Marc et saint-Luc, ou bien aidé par Nicodème, d'après saint- Jean (^), il le mit dans un caveau funéraire qu'il avait fait tailler dans le roc et, après avoir roulé une grande pierre à l'entrée du sépulcre, il se retira (^). Personne ne fut appelé à être témoin de cette funèbre cérémonie qui, dans les circonstances douloureuses où elle s'effectuait , après un supplice infamant, devait naturellement être secrète et proscrire tout apparat. Jésus fut-il réellement mis dans le tombeau dont il est question? Les évangéhstes le disent

(1) Matthieu, cli. XXVH, v. 57 et 58.

(2) Matthieu, ibid., v. 59 et suiv. ~ Marc, ch. XV, v. 46.— Luc, ch. XXllI, V. 53. — Jean, ch. XIX, v. 39 et 40.

(3) Et posuit illud in monumento suo novo quod exciderat in petra ; et advolvit saxum magnum ad ostium monumenti, et ahiit. — Matthieu, ihid., v. 60.

avec unanimité ; rien ne s'oppose à ce qu'on admette de tout point leur témoignage.

Que se passa-t-il dans la nuit du vendredi au samedi qui suivit cette inhumation? Tous les évangélistes conservent là-dessus le silence le plus complet, laissant le champ libre aux hypothèses des siècles futurs et aux critiques des adversaires du Christianisme. Ceux-ci , en effet, n'ont pas manqué de prétendre que, dans cet intervalle, ceux qui avaient intérêt à faire croire à la résurrection de Jésus ont eu plus de temps qu'il n'était nécessaire pour enlever son corps du sépulcre où Joseph d'Arimathie l'avait placé.

Quoi qu'il en soit , c'est le lendemain seulement ( ^) que les Pharisiens allèrent trouver Pilate et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes )) souvenus que cet imposteur a dit , lorsqu'il » était encore en vie : « Je ressusciterai trois )) jours après ma mort. » Commande-donc que » le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, » de peur que ses disciples ne viennent dérober » son corps et ne disent au peuple : « Il est res- » suscité d'entre les morts ; » et ainsi la dernière » erreur serait pire que la première. » Pilate

(1) Altéra autem die, quœ est post Paraseeven, convenerunt prin^ cipes sacerdotum et Pharissei ad Pilatum, etc. — Matthieu, ch. XXVII, V. 62 et suiv.

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» leur répondit : « Vous avez des gardes, allez ; » faites-le garder comme vous voudrez. » Et, bien que cette précaution fût déjà tardive , ils s'en allèrent, firent sceller la pierre du sépulcre et y mirent des gardes [^).

Il faut remarquer que Matthieu est le seul qui rapporte cette démarche des Pharisiens et la présence des sentinelles juives auprès du tombeau de Jésus, dès le second jour de l'inhumation. Marc, Luc et Jean n'en disent rien, laissant ainsi planer bien des doutes sur la réalité du fait.

Gardé ou non, le tombeau n'est le théâtre d'au cun incident caractéristique ; nul événement surnaturel ne s'y produit pendant le jour suivant.

Le premier jour de la semaine arrive. C'est k moment où doit éclater le miracle divin, où le Dieu, enfermé dans le noir sépulcre, va briser l'étreinte de la mort et s'élancer, dans sa gloire ineffable, vers les cieux entr'ouverts , pour s'y confondre avec cette essence infinie, éternelle, créatrice des cieux et de la terre, avec laquelle il est identifié. Le monde va assister à cette su- Wime transfiguration où Jésus, dépouillé des derniers liens terrestres, se révélera dans sa céleste majesté et, par la splendeur de son triom-

(1) MatUiieu, ch. XXVII, v. 63 et suiv.

phe, forcera à Tadorer comme Dieu ceux qui, pendant sa vie humaine, ont pu méconnaître sa divinité.

Je cherche vainement dans les Évangiles le moment où a eu lieu le miracle et les circonstances au milieu desquelles il s'est accompH. Nulle part, il n'en est question. Les Évangélistes n'insistent que sur les événements postérieurs à la disparition du corps de Jésus. Quant à la résurrection elle-même, il paraît qu'elle ne s'est réalisée devant aucun témoin ; ni les gardes, préposés à la surveillance du sépulcre, ni les disciples de Jésus ne l'ont vue de leurs yeux, et n'ont pu en raconter les détails.

Ainsi la prédiction par laquelle Jésus avait annoncé, comme signe irrécusable, sa résurrection d'entre les morts, n'a été suivie d'aucune manifestation publique. Le Dieu méconnu, crucifié, après s'être si souvent refusé, durant son passage sur cette terre, à donner aux Hébreux une preuve évidente de sa divinité, ne les jugea pas dignes , sans doute , d'être les témoins de sa résurrection ; ce dernier acte du drame terrible dont il avait été le principal acteur se passa en dehors de tout regard humain.

Combien ne faut-il pas regretter cette résolution suprême !

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