CHAPITRE VIII
Que Ton s'imagine, en effet, un grand bruit se faisant soudain sur la terre et dans les cieux; des voix retentissantes éclatant aux quatre coins de l'horizon; les milices célestes faisant résonner les fanfares effrayantes au sein des éléments bouleversés ; Jérusalem tout entière accourant, pâle de terreur, au tombeau du Grand Crucifié, poussée, par une force divine, vers le lieu où va se produire le plus grand et le plus solennel des miracles; puis, tout d'un coup, la tombe s'entr'ouvant, le Dieu brisant la pierre funéraire en vain scellée pour le retenir, et s'élançant vers les cieux dans le sein de son Père éternel, aux yeux de la foule courbée dans l'adoration et l'épouvante. Israël tout entier, le monde romain tout entier auraient été convertis aussitôt, et les temps prédits par les prophètes eussent été désormais accompKs.
Malheureusement, les choses ne se passèrent point avec cette évidence et cette publicité. Jésus disparut du sépulcre, et nul, parmi les évangélistes, n'a pu nous dire comment, à quel moment, avec quel cortège de faits eut lieu cette disparition mystérieuse.
Matthieu prétend, mais c'est le seul évangéliste qui rapporte ce fait, que les sénateurs et les princes des prêtres , ayant appris que le corps de
us LES DÉICIDES.
Jésus avait disparu de son tombeau, donnèrent une grande somme d'argent aux soldats, en leur disant: « Dites que ses disciples sont venuspen- » dant la nuit et Font enlevé pendant que vous » dormiez. «—«Les soldats, ajoute saint Matthieu, » ayant reçu l'argent, firent ce qu'on leur avait » dit ; et ce bruit, quils répandirent^ dure encore » aujourd'hui parmi les Juifs {^). » Ne recherchons pas ici si le fait de corruption dont il est question est sérieusement établi ; ni saint Marc, ni saint Luc, ni saint Jean n'en font mention, malgré son importance. — Mais, vrai ou non, il en résulte que la croyance générale, parmi les Juifs, fut que les disciples avaient nuitamment et clandestinement enlevé le corps de leur maître ; et comme cette croyance s'appuyait sur le récit même des soldats préposés à la garde du tombeau ; comme elle n'était contredite par aucun fait surnaturel et patent, on ne saurait loyalement faire un reproche aux Juifs de l'avoir unanimement admise.
(1 ) Pecuniam copiosam dederunt militibus dicentes : Dicite, quia discipuli ejus nocte venerunt et furati sunt eum, nobis dormientibus... At iUi accepta pecuniâ fecemnt si eut erant edocti. Et divulgatum estverbum istudapud Judœos, usqm in hodiernam diem. — Matthieu, eh. XX VIII, v. I2etsuiv.