CHAPITRE IX
Ici quelques explications préalables sont nécessaires.
En fait, les principes moraux de la doctrine de Jésus n'ont jamais été repoussés par ses contemporains. Nous avons vu, chaque fois qu'il parlait en public, la foule s'amasser autour de lui, aHentive, sympathique et respectueuse. Partout, d'après les récits des évangéhstes, les paroles du nouveau Rabbi excitaient l'admiration et même l'enthousiasme. On saluait en lui un nouveau prophète ; on l'applaudissait comme ressuscitant la grande tradition des ïsaïe , des Ezechiel, des Jérémie et de tous les illustres voyants de la Judée. Le peuple accourait au devant de lui à l'entrée des villes avec des palmes et des cris de joie. Lorsqu'il arriva à Jérusalem, la ville tout entière fut en fête, et chacun s'empressait pour voir « le nouveau prophète de » Nazareth. ^
On ne saurait trop redire cette vérité qui ressort de tout le récit évangéUque. Les Juifs n'hésitèrent pas un moment dans leur opinion en faveur du fils de Marie ; ils écoutèrent constamment ses discours, ses enseignements et ses
objurgations contre les vices du peuple et des chefs, avec autant de déférence que de soumission. Les autorités elles-mêmes si violemment attaquées par le jeune docteur, les Scribes et les Pharisiens si passionnément dénoncés à la haine et au mépris delà nation, firent toujours preuve à l'égard de Jésus d'un grand esprit de mansuétude et de tolérance ; soit crainte de froisser le sentiment public, soit bienveillance personnelle, ils le laissèrent toujours librement exposer sa doctrine et poursuivre ses prédications, comme ils faisaient envers tous ceux qui parlaient au nom du Seigneur.
Donc, les préceptes moraux qui constituaient le fond de la nouvelle doctrine, purent être enseignés publiquement, sans obstacle et sans réserve ; ils furent acceptés parla population tout entière sans que personne les contestât ni les combattît. On ne trouve pas dans les Évangiles un seul fait duquel il résulte que les chefs d'Israël aient imposé silence à Jésus ; on [ne trouve pas une seule circonstance dans laquelle les assistants aient fermé l'oreille aux vérités morales que Jésus développait avec tant d'autorité.
La résistance des Juifs ne commença que le jour où, en remettant les péchés, il s'attribua un privilège qui, dans les idées du peuple hébreu,