CHAPITRE IX
ne pouvait appartenir qu'à la divinité; elle ne prit un caractère grave et violent que le jour où, détournant de son sens primitif l'expression de « fils de Dieu » et la prenant dans son acception matérielle, Jésus déclara positivement qu'il était miraculeusement né de l'Éternel, et que le Père et lui étaient une unité en deux personnes. — Dès ce jour, mais dès ce jour seulement, les adorateurs du Dieu unique et invisible se séparèrent de celui qui troublait ainsi et renversait tous leurs dogmes fondamentaux sur la nature et les attributs de Dieu , tels que les leur avait fait connaître la révélation du Sinaï.
Ainsi, la division ne s'établit entre Jésus et les Juifs que sur la question matérielle de divinité. Mais sa doctrine, mais sa morale, mais ses prédications, les trouvèrent toujours soumis et obéissants, disposés à suivre ses conseils, à se repentir de leurs fautes et à faire pénitence, sous l'influence de sa parole inspirée , comme aux temps d'Isaïe et des autres prophètes. Leurs dispositions favorables s'étaient même manifestées avec éclat, lorsque Jean-Baptiste appelait le peuple sur les bords du Jourdain, au baptême de pénitence. La foule se pressait de toutes parts auprès du prophète du désert. Or, la doctrine de ce dernier, telle que Luc nous en fait connaître
les maximes essentielles (^), n'était certainement pas inférieure à celle de l'Évangile , bien que Jean-Baptiste n'ait jamais prétendu au titre de Messie et bien moins encore à celui de Dieu.
Donc, jamais les Juifs ne refusèrent les enseignements moraux de Jésus ; ils les accueillirent, au contraire, toujours avec un enthousiasme tel que, lorsque lesmagistrats populaires s'émurent, non sans raison, de^ conséquences funestes que ces ardentes p'rédications pouvaient produire, ils n'osèrent pas faire arrêter Jésus, de peur d'exciter un soulèvement dans la foule qui voyait en lui un prophète inviolable {^),
Si le réformateur de Nazareth avait borné sa mission au rôle de prophète , il n'aurait cessé d'être acclamé par la nation juive tout entière et il aurait pris, pour ses contemporains et pour la postérité, une place splendide parmi les voyants et les plus célèbres docteurs de la Synagogue.
[\) Luc, cil. m, V. 3 et suiv.
(2) Matthieu, ch. XXI, v. 46.