CHAPITRE IX
La morale qu'il prêchait n'était point, en effet, nouvelle pour le peuple juif. C'était celle dont, aux premiers jours de la sortie d'Egypte, il avait entendu la proclamation solennelle, au milieu des tonnerres du Sinaï ; c'était celle que , pendant une longue suite de siècles, les psalmistes et les moralistes de Judée, David, Salomon, les grands et les petits prophètes, l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique, Hillel et Schammaï et tous les Pères de la Synagogue lui avaient enseignée ; c'était celle à laquelle des voix inspirées le rappelaient chaque fois que le sentiment reli \ gieux ou moral semblait s'affaiblir en Israël.
L'Évangile a été un immense progrès moral et une véritable révélation divine pour les nations païennes. Le jour où le monde, depuis si longtemps enfoui dans les ténèbres de la matière, dans les excès d'un sensualisme dépravé, entendit la voix douce et pure des apôtres chrétiens; le jour où on parla à son cœur étonné de charité, d'amour universel, de sacrifice et de fraternité, il se sentit ému, enchanté, soulevé au-dessus de
sa nature primitive, transporté dans des régions sereines et inattendues ; il battit des mains avec transport en apercevant cette belle et sainte lumière qui, allumée aux feux de l'Horeb et au flambeau du Décalogue, était devenue plus radieuse encore en passant par le spiritualisme des prophètes et des évangélistes.
Il sembla à tous ces peuples idolâtres « assis » dans Fombre de la mort » qu'une mystérieuse création se faisait de nouveau dans l'Univers et qu'ils naissaient enfmà la vie del'âme. Ce fut, en effet, pour la société païenne, une vaste et profonde transformation. L'Évangile apportait aux esclaves, la liberté ; aux parias des temps anciens, l'égalité et la réhabilitation ; aux puissants, la modération et le devoir ; à tous , l'amour et la fraternité; à tous, l'espérance d'une autre vie de rémunération et de justice. Au culte de la matière et des grossiers appétits, il faisait succéder le culte de l'esprit et des plus nobles aspirations ; à la pluralité des dieux antiques, il faisait succéder l'idée philosophique et vraie d'un seul Dieu, éternel, infini, immuable, créateur des cieux et de la terre. Et si ce Dieu s'était une fois incarné dans un corps humain, ce n'était point, comme le Jupiter mythologique, pour enlever de simples mortelles et souiller la pureté du foyer domestique ; ce n'était point, comme les autres divinités