CHAPITRE IX
« morale chrétienne », une « charité chrétienne », une « vertu chrétienne » . Mais pour les Juifs qui, depuis des siècles déjà, possédaient, pratiquaient ces grands préceptes du bien, il n'y a jamais eu qu'une morale, qu'une charité, qu'une vertu israéUte, providentiellement répandue parmi les peuples et enseignée aux Gentils par les hardis propagateurs de la doctrine et du nom de Jésus. Quelques rapprochements de texte vont mettre cette vérité hors de doute ; ils prouveront que ce que l'on admire le plus dans les maximes morales de l'Évangile appartient exclusivement au Judaïsme et peut être fièrement revendiqué par lui.
Nous n'avons pas l'intention de creuser trop profondément cette étude. Nous pourrions, Ugne par ligne, pour ainsi dire, et verset par verset, montrer le nombre considérable d'emprunts que le maître des Évangiles a faits à l'Ancien-Testament et aux enseignements de ces docteurs pharisiens qu'il poursuivait cependant de sa vive colère. La plupart des paraboles qu'on loue le plus dans l'Évangile étaient vulgaires dans les académies juives. Le Talmud en est plein, qui ne le cèdent ni pour la pureté de la morale, ni pour l'élévation de la pensée, ni pour le pittoresque de la forme, à celles par lesquelles Je-
SUS captivait Fattention de ses disciples et faisait passer de grandes vérités sous le manteau brillant de l'apologue (^). C'était la pratique universelle des chefs d'académie et des docteurs d'Israël, de rendre l'enseignement attrayant par des récits paraboliques. Jésus les imita et bien souvent aussi se borna à reproduire, dans ses discours, d'anciens dictons et d'anciennes légendes qu'il rajeunissait simplement par des applications nouvelles.
Quoi qu'il en soit, il ne peut entrer dans le cadre de notre travail de faire connaître minutieusement les emprunts faits, dans ce genre, par l'Évangile aux ouvrages sacrés et aux docteurs qui l'ont précédé. Nous devons nous restreindre aux principes fondamentaux qui ont puissamment caractérisé, aux yeux des nations païennes, la morale de Jésus et lui ont donné la grandeur et l'autorité d'un enseignement divin.
Restituons d'abord à l'ancienne loi quelques passages essentiels qui circulent depuis dix-huit cents ans dans le monde, portés par l'Évangile,
(1) Les Midraschim^ recueil d'antiques légendes et paraboles talmudiques présentent un grand nombre de récits analogues et souvent semblables à ceux qu'on lit dans les Évangiles.