CHAPITRE IX
qu'une idolâtrie de la forme, s'était manifestée à diverses époques et c'est contre elle qu'avaient protesté avec le plus d'énergie les grands prophètes et les plus célèbres docteurs d'Israël.
Jésus, en s'élevant à son tour contre ces abus et en enseignant que la voie du salut n'est point dans les seules pratiques du culte, mais dans l'amour de Dieu et l'amour du prochain, accomplissait une haute mission de morale religieuse ; mais, de même qu'il n'était , au point de vue du précepte littéral, que l'écho de Moïse, de même, au point de vue de l'esprit de ce précepte, il n'était que le continuateur des prophètes et des sages de la Judée
Qui ne connaît les admirables apostrophes d'Isaïe? « Que m'importe le grand nombre de » vos sacrifices, dit l'Eternel? Qu'ai-je besoin du » sang des taureaux et des béliers? Qui vous \ demande de venir dans mes parvis? Yos néo- » ménies, vos sabbats, vos jours de fête me sont » indifférents, et vous avez beau multiplier vos » prières, je neveux point les écouter. Ce n'est » pas cela que je désire. Ce que je demande, » c'est que vous soyez purs et vertueux, que vous » vous éloigniez du mal, que vous vous attachiez » au bien , que vous pratiquiez la justice , que
» VOUS secouriez Topprimé, que vous preniez la » défense de la veuve et de Forphelin (') ».
Jésus s'élève contre les hypocrites qui, lorsqu'ils jeûnent, en font ostentation et affectent de paraître en public avec un visage défiguré (^); mais que FEvangile, sur ce point encore, est loin de la sublime invocation d'Isaïe! « Vous jeûnez, » s'écrie le voyant, vous jeûnez au caprice de vo- » tre volonté et sans pardonner à vos ennemis; » vous jeûnez, et en même temps vous vous li- » vrez aux querelles et à la haine, vous frappez » du poing avec méchanceté. Est-ce là le jeûne » que je désire? Prendre pendant un jour un vi- » sage affligé, courber sa tête comme un frêle » roseau, se couvrir de cilice et de cendres; est- » ce là ce que vous appelez un jeûne et un jour » agréable au Seigneur? Non! le jeûne que je de- » mande, le voici : Délier les liens du vice, s'af- « franchir des nœuds de la méchanceté , délivrer » les opprimés, partager son pain avec ceux qui » ont faim, donner asile aux indigents et vêtir » ceux qui sont nus, rassasier les âmes affligées » et briser le joug de l'esprit du mal (^) » .
(i) Isaïe, ch. L v. Id et suiv.
('2 Matthieu, cli. VI, v. i6.
(3) Isaïe, cil. LVIII. v. 3 et suiv.