CHAPITRE IX
Nul n'a plus spiritualisé la morale et le culte que les prophètes juifs ; l'Evangile a pu marcher, avec éclat, sur leurs traces ; mais, nulle part, il ne s'est élevé au-dessus d'eux.
Celte supériorité de la vertu sur la pratique, de l'idée sur la forme, a été exprimée par les docteurs de la Grande Synagogue, bien avant l'apparition de Jésus, dans le passage suivant que le Talmud nous a conservé :
« Les six cent-treize préceptes de Moïse (M, » ont été réduits à onze par David : Agir avec in- » tégrité; exercer la justice ; dire la vérité en son » cœur; ne pas calomnier; ne pas faire de mal » à son semblable ; ne pas humilier son prochain; » mépriser ce qui est digne de mépris ; honorer » ceux qui craignent Dieu; ne pas prêter à usure « (ici le Talmud ajoute : même à un non juif ^xù) » et ne pas se laisser corrompre pour con- » damner un innocent (^j. — Isaïe les a ensuite » réduits à six : Marcher dans le chemin de la > vertu; parler droitement; repousser un gain » iUicite ; secouer sa main pour qu'elle ne retienne
(d) En énumérant tous les commandements affirmatifs ou négatifs qui se trouvent dans le Pentateuque, on est arrivé à ce chiffre de 613 qui forment ce que les Docteurs hébreux désignent sous ce nom : « Les six cent treize préceptes de » Moïse. »
(2) Ces principes de David sont empruntés au psaume XV.
» pas des dons corrupteurs ; boucher ses oreilles » pour ne pas entendre des propos sanguinaires; » fermer les yeux pour ne pas voir le vice (^ ). — » Michéeles a réduits à trois : Exercer la justice; » aimer la vertu ; marcher avec humihté devant « Dieu(^). — Ensuite, Isaïe les a encore réduits » à deux : Observer la justice et aimer la ver- » tu(^). — Enfin Habbacuc les a résumés par ces » paroles : Le juste vivra par sa foi ( ^) » .
On voit à quel point la simplification et la spirituaHsation des principes moraux étaient dans Fesprit de l'ancienne Synagogue et dans les idées de ces sages du pharisaïsme que FEvangile nous a si mal fait connaître.
Dans une circonstance semblable à celle où Jésus avait formulé ainsi en termes synthétiques le caractère fondamental de la loi et de la morale juive, l'illustre Hillel, une des grandes figures parmi les docteurs du second Temple, avait répondu de même à un païen qui lui demandait en quoi consistait la loi d'Israël : « M » fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas
(1) Isaïe, ch. XIII, v. 15 et suiv.
(2) Michée, ch. VI, v. 8.
(3) Isaïe, ch. LVI, v. i.
{A) Habbacuc, ch. II, v. 4. —Tout le passage que nous venons de citer Se trouve dans le Talmud, Iraité Maccoth, fol.