CHAPITRE X
Ce n'étaient pas les auteurs de cet admirable Pentateuque où on lit : « Ne conserve pas de » haine dans ton cœur ; ne garde point de ran-
de la question de savoir comment l'Evangile est arrivé à cette étrange altération qui est, d'ailleurs, en contradiction manifeste avec la doctrine générale de Jésus. Le maître des apôtres rapporte, en effet, plus d'une fois, le grand principe moral du Lévitique, et il l'applique toujours au prochain en général et non exclusivement à Yami. — M. Munk fait observer que c'est en traduisant inexactement le y-i prochain par ami que l'Évangile a été conduit à cette conclusion à contrario qu'il fallait hair son ennemi (Réflexions sur le culte des anciens Hébreux, Bible de Cahen, t. IV).
Un épisode caractéristique de l'Evangile fait connaître le sens très-général que les docteurs Pharisiens attachaient au mot prochain qui, dans leur esprit comme dans celui de Jésus, embrassait tous les hommes.
« Un docteur de la loi, dit saint Luc, (ch. X, v. ^5 et suiv.) w demande un jour à Jésus : Que dois-je faire pour posséder w la vie éternelle ? — Jésus répond : Qu'y a-t-il d'écrit dans la « loi? — 11 lui dit: Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de » tout votre cœur, et votre prochain comme vous-même.— w Jésus lui dit : Vous avez bien répondu ; faites cela et vous « vivrez. — Mais cet homme dit à Jésus : Et qui est mon pro- » chain? —Et Jésus, prenant la parole, lui dit :
« Un homme, qui descendait de Jérusalem à Jéricho, » tomba entre les mains de voleurs qui le dépouillèrent, le » couvrirent de blessures et s'en allèrent, le laissant à demi- » mort. Un prêtre, qui descendait par le même chemin, l'ayant » aperçu, passa outre. — Un lévite qui vint aussi au même lieu, » l'ayant considéré, passa outre encore. — Mais un Samaritain ») arriva à l'endroit où était cet homme, et l'ayant vu, il en fut » touché de compassion. Il s'approcha donc de lui , versa de 1) l'huile et du vin dans ses plaies, les banda, et, l'ayant mis » surson cheval, il l'emmena dans une hôtellerie où il le soi- » gna, et paya généreusement sa dépense. Lequel de ces trois tt hommes vous semble-t-il avoir été le prochain de celui qui » tomba entre les mains des voleurs? — Le docteur répondit : » Celui qui a exercé la charité envers lui. — Allez donc, lui » dit Jésus, et faites de même. »
)> cune; ne te venge point (*) ». — « Si tu ren- » contres le bœuf de ton ennemi ou son âne » égarés, tu ne manqueras pas de les lui rame- * ner; si tu vois l'âne de celui qui te hait abattu » sous sa charge, tu t'arrêteras pour le secourir « et tu ne manqueras pas de l'aider (^))),
Ce n'était pas non plus le sage Salomon qui avait pu enseigner aux Hébreux ces prétendus préceptes de haine et de vengeance, lui qui disait : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à man- » ger ; s'il a soif, donne-lui à boire (^) ». — « Ne » te réjouis point de la chute de ton ennemi et » que ton cœur ne tressaille pas de joie à sa » ruine (^) ». — « La haine excite les querelles; » la charité couvre toutes les fautes (^y>.
Ce n'était pas davantage le chantre sublime des psaumes lorsqu'il prononçait cette belle maxime : <( Ce ne sont pas les méchants qu'il » faut haïr, c'est la méchanceté (^) » ; lorsqu'il s'écriait : « 0 mon Dieu! [ai- je jamais rendu le
(1) Lévitique, ch. XlX, v. 71.
(2) Exode, ch. XXUI, v. 4 et 5.
(3) Proverbes, ch. XXV, v. 21.
(4) Proverbes, ch. XXIV. v. 47- (5j Proverbes, ch. X, v. 12.
(6) Psaume lOi, v. 35.