‹ Les déicides;Chapitre 18 sur 40 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

La résurrection de Jésus. — Son inhnmation par Joseph d’Arimathie. — Démarche des pharisiens auprès de Pilate. — La résurreciion de Jésus s'effectue sans témoins. — Opinion publique touchant sa disparition du sépulcre. — Faits postérieurs à la résurrection. — Récits coniradicloires des évangéiistes. — Jésus apparait à Marie et k plusieurs de ses disciples sans être reconnu. — Doutes des apôtres. — L’épisode d’Ëmniaüs. — Considérations générales.

Tout est maintenant accompli ; Jésus est mort ; le Cliristianisme va naître. Mais une dernière manifestation doit se produire avant que le fondateur de la nouvelle doctrine disparaisse à jamais de ce monde.

On se rappelle que, pressé par les pharisiens de leur montrer un signe révélateur de sa mission, Jésus leur avait répondu qu’il ne leur serait accordé d’autre signe que celui du prophète Jonas, c’est-à-dire que, de même que Jonas était resté trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, de même le Fils de l’homme devait re-ster trois jours et trois nuits dans le sein de la terre et ressusciter le troisième jour *. Cette prédiction avait

* ... Quidam de Scribiset Pharisieis dicentes : Hagister, volumus a te signum videre. Qui respondens ait illis : Generatio mala et adultéra sigoum quœrit, et non dabitur ei, niai signum Jonæ prophebe. — Sicut

UO LES DÉICinES.

l’inconvénient de renvoyer, à une époque postérieure à sa mort, la preuve de sa mission, ce qui, durant toute sa vie, devait laisser le peuple hébreu dans une incertitude bien naturelle. Mais enfln, cette résurrection éclatante, accomplie devant tout un peuple, cette victoire sur la mort, devait être, aux yeux de tous, un signe irrécusable.

L’Évangile nous a conservé des détails importants sur cette extrême période des rapports de Jésus avec le monde visible.

Il est toutefois difficile de faire concorder les récits des quatre évangélistes au sujet de la résurrection. Bornonsnous à rapporter les diverses indications que les Évangiles contiennent touchant ce fait considérable ; nous noms demanderons ensuite si, aux yeux des contemporains, la réabté a dû en être admise sans contestation.

Les quatre biographes sacrés de Jésus sont d'accord sur deux points : son inhumation et sa disparition du sépulcre où son corps avait été déposé. Quant aux circonstances mêmes qui ont accompagné cette disparition, aucun n’en dit un seul mot. Voici, d’ailleurs, leur récit dans toute sa simplicité.

Tous racontent qu’aussitôt que Jésus eut expiré, Joseph d’Arimathie, qui était en secret un de ses disciples, vint trouver Pilate et demanda le cadavre afin de l’ense-

enim fuit Jonas in ventre eeti, tribus diebus et tribus noctibus, sic erit Filius liominis in corde terræ tribus diebus et tribus noctibus. — Matthieu, ch. xii, v. 30 et suiv. — Ibid., ch. xvi, v. I et suiv. — Luc, ch. XI, T. 29.

LES DEICIDES. ni

velir ; ce qui lui fut accordé Puis, seul, d’après saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, ou bien aidé par Nicodème, d’après saint Jean il le mit dans un caveau funéraire qu’il av£Ût fait tailler dans le roc et, après avoir roulé une grande pierre à l’entrée du sépulcre, il se retira Personne ne fut appelé à être témoin de cette funèbre cérémonie qui, dans les circonstances douloureuses où elle s’effectuait, après un supplice infamant, devait naturellement être secrète et proscrire tout apparut. Jésus fut-il réellement mis dans le tombeau dont il est question ? Les évangébstes le disent avec unanimité ; rien ne s’oppose à ce qu’on admette de tout point leur témoignage.

Que se passa-t-il dans la nuit du vendredi au samedi qui suivit cette inhumation ? Tous les évangélistes conservent là-dessus le silence le plus complet, laissant le champ libre aux hypothèses des siècles futurs et aux critiques des adversaires du christianisme. Ceux-ci, en effet, n’ont pas manqué de prétendre que, dans cet intervalle, ceux qui avaient intérêt à faire croire à la résurrection de Jésus ont eu plus de temps qu’il n’était nécessaire pour enlever son corps du sépulcre où Joseph d’Arimathie l’avait placé.

' Matthieu, ch. xxvii, v. 57 et 58.

* V. 59 et suiv. — Marc, ch. xv, v. 46. — Luc, ch. xxiii, v. .‘>3. — Jean, ch. xix, t. 39 et 40.

* Et posuit illud in moiiumento sue novo qaod exciderat lu pelrà; et advolvit saxum magnum ad ostium monumenti, et abiiu — Matthieu, ch. XXVTI, V. 60.

Quoi qu’il en soit, c’est le lendemain seulement * que les pharisiens allèrent trouver Pilate et lui dirent : « Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu’il était encore en vie : « Je ressusciterai trois jours après ma mort. » Commande donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps et ne disent au peuple : « Il est ressuscité d’entre les morts; » car ainsi la dernière erreur serait pire que la première. » Pilate leur répondit : « Vous avez des gardes, allez ; faites-le garder comme vous voudrez. » Et, bien que cette précaution fût déjà tardive, ils s’en allèrent, firent sceller la pierre du sépulcre et y mirent des gardes ®.

Il faut remarquer que Matthieu est le seul qui rapporte cette démarche des pharisiens et la présence des sentinelles juives auprès du tombeau de Jésus, dès le second jour de l’inhumation. Marc, Luc et Jean n’en disent rien, laissant ainsi planer bien des doutes sur la réalité du fait.

Gardé ou non, le tombeau n’est le théâtre d’aucun incident caractéristique ; nul événement surnaturel ne s’y produit pendant le jour suivant.

Le premier jour de la semaine arrive. C’est le moment où doit éclater le miracle divin, où le Dieu, enfermé

* Allerà autem die, quae esl post Pamiceven, conveiierunt principes sacerdotum et pbarissi ad Pilatum, etc. — Matthieu, ch. xxvii, v. U2 et auiv.

* Mattuied, ch. XXVII, V. C3 et suiv. ^

dans le noir sépulcre, va briser l’étreinte de la mort et s’élancer, dans sa gloire ineffable, vers les deux entr 'ouverts. Le monde va assister à cette sublime transfiguration où Jésus, dépouillé des derniers liens terrestres, se révélera dans sa céleste majesté et, par la splendeur de son triomphe, forcera à l’adorer comme Dieu ceux qui, pendant sa vie humaine, ont pu méconnaître sa divinité.

Je cherche vainement dans les Evangiles le moment où a eu lieu le miracle, et les circonstances au milieu desquelles il s’est accompli. Nulle part, il n’en est question. Les évangélistes n’insistent que sur les événements postérieurs à la disparition du corps de Jésus. Quant à la résurrection elle-même, il paraît qu’elle ne s’est réalisée devant aucun témoin ; ni les gardes, préposés à la surveillance du sépulcre, ni les disciples de Jésus ne l’ont vue de leurs yeux, et n’ont pu en raconter les détails.

Ainsi la prédiction par laquelle Jésus avait annoncé, comme signe irrécusable , sa résurrection d’entre les morts, n’a été suivie d’aucune manifestation publique. Le Dieu méconnu, crucifié, après s’être si souvent refusé, durant son {«ssage sur cette terre, à donner aux Hébreux une preuve évidente de sa divinité, ne les jugea pas dignes, sans doute, d’êlre les témoins de sa résurrection ; ce dernier acte du drame terrible dont il avait été le principal acteur se passa en dehors de tout regard humain.

Combien ne faut-il pas regretter cette résolution suprême !

14V LKS DÉICIDES,

Que l’on s'imagine, en effet, un grand bruit se faisant soudain sur la terre et dans les deux ; des voix retentissantes éclatant aux quatre coins de l'horizon; les milices célestes faisant résonner les fanfares effrayantes au sein ' des éléments bouleversés ; Jérusalem tout entière accourant, pâle de terreur, au tombeau du grand Crucifié, poussée, par une force divine, vers le lieu où va se produire le plus grand et le plus solennel des miracles ; puis, tout d’un coup, la tombe s’entr 'ouvrant et le Dieu brisant, aux yeux Je la foule courbée dans l’adoration et l’é])ouvante, la pierre funéraire en vain scellée pour le retenir, Israël tout entier, le monde romain tout entier, auraient été convertis aussitôt, et les temps prédits par les prophètes eussent été désormais accomplis.

Malheureusement, les choses ne se passèrent point avec celte évidence et cette publicité. Jésus disparut du sépulcre, et nul, parmi les évangélistes, n’a pu nous dire comment, à quel moment, avec quel cortège de faits eut lieu cette disparition mystérieuse,

Matthieu prétend, mais c’est le seul évangéliste qui rapporte ce fait, que les sénateurs et les princes des prêtres, ayant appris que le corps de Jésus avait disparu de son tombeau, donnèrent une grande somme d’argent aux soldats, en leur disant : « Dites que ses disciples sont venus pendant la nuit et l’ont enlevé pendant (jue vous dormiez, » — « Les soldats, ajoute saint Matthieu, ayant reçu l’argent, firent ce qu’on leur avait dit ; cl ^ bnul,

I Ci

(jn'ils répondirent, dure encore aujonrdhni parmi les Juifs » Ne reclierchons pas ici si le fait de corniplion dont il est qne.stion est sérieusement éUabli; ni saint Marc, ni saint Luc, ni saint Jean n’en font mention, malgré son importance. — Mais, vrai ou non, il en résulte que la 'royance générale, parmi les Juifs, fut que lesdisciples avaient nuitamment et clandestinement enlevé le corpsdeleur maître ; et, comme cette croyance s’appuyait sur le récit même des soldats préposés à la garde du tombeau', comme elle n’était contredite par aucun fait surnaturel et patent, on ne saurait loyalement faire un reproche aux Juifs de l’avoir unanimement admise.

Donc, personne n’assista à la résurrection de Jésus. Seulement le dimanche, Marie-Madeleine « et l’autre Marie » étant venues pour voir le sépulcre, il se flt un grand tremblement de terre, un ange du Seigneur descendit du ciel, renversa la pierre qui fermait le tombeau et s’assit dessus, puis, s’adressant aux femmes, il leur dit : « Ne craignez point, je sais que vous cherchez Jésus (jui a été crucifié. Il n'est point ici, car il a été ressu.scité ainsi qu’il l’avait dit. Ilàtez-vous d’aller dire à ses disci-

I Pfldpniam copios.im deJcrmit militibns diccntes ! Dicilc, qtiia discipidi liocie voiicniHt et funiü suiit cura, nobis dorraiciuibiis... Al illi accoplA pi'cuiiià fcccruiit sicul cranl edocti. Et rlivulyaluni rsl verhiun islu't iijiuil .■mheo-, uxifue iit huiliernani diem. — Matthieu, ch. xxMi!, V. I2 et siiiv.

lif. I.ES DÉICIDES.

pies qu’il est ressuscité. 11 ira avant vous en Galilée.

C’est là que vous le verrez. »

Tel est le récit de Matthieu ; il est loin d’être semblable à celui des autres évangélistes. Dans saint Marc, les deux pieuses femmes trouvent, en arrivant, la pierre du sépulcre ôtée, et, entrant dans le tombeau, elles aperçoivent, non pas un ange, mais un jeune homme vêtu de blanc qui leur dit à peu près les paroles que Matthieu attribue à l’ange *. Dans saint Luc, au moment où les deux Marie cherchaient le corps du Christ, consternées de ne point le trouver, deux hommes parurent devant elles et leur apprirent que Jésus était ressuscité ®. D’après saint Jean, Marie-Madeleine, ayant vu que la pierre était ôtée du sépulcre, alla chercher, tout éplorée, Simon-Pierre et un autre disciple et leur dit : « Ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre, et nous ne savons où ils l’ont mis. » Ces disciples, après avoir constaté le fait, s’en retournèrent chez eux, et ce n’est qu’ après ces incidents ipie Marie, s’étant baissée tout en armes pour regarder dans le tombeau, aperçut deux anges assis au lieu où avait été le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds ; et ces anges ne lui donnèrent point les explications exprimées par les autres évangélistes, mais ils lui dirent simplement ; « Femme, pourquoi pleurez- vous? » et elle leur répon-

' Et introeunles in nionumentum vidcrunt juvenem, etc. — M/.nc, cil. ^vl, V. 6.

* Et iiigrcssœ non invencriint corpus Doinini Jesu, et factum e»t, diiiii mente coiisiernatæesscnt de isto, cccc tluo viri steterunt sccus illas, etc. — Lee, ch. XMV, ï. 4.

Digitizea Dy Goo^li

LES nÉICinES. U7

dit : « C'est parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis *. »

Il est inutile de signaler ici les différences qui existent entre ces diverses relations. Si des récits aussi peu concordants arrivèrent aux oreilles du peuple, il est douteux qu’il pùt y voir un témoignage bien positif de leur aiithencilé. Nous disons : si ce récit fut alors connu du [jeupie, car saint Marc déclare que les saintes femmes, après l’apparition ou les apparitions du sépulcre, « sortirent aussitôt et s’enfuirent, saisies de crainte et de tremblement ; et ELLES NE DIRENT RIEN A PERSONNE tantleur fi’ayeur était grande *. »

Et cependant, s’il faut en croire deux des évangélistes, Matthieu et Jean, Jésus lui-même s’était révélé à elles dans le sépulcre

Toutefois, dans le récit de Jean, Marie s’étant retournée vit bien Jésus debout, mah elle ne le reconnut pas et, pensant que c'était le jardinier, elle lui dit : « Seigneur, si c’est vous qui ave/ enlevé le corps, dites-moi où vous l’avez mis et je l’emporterai *. » Il fallut que Jésus lui

< Maria aulem stabat ad monumentum foris, ploraos. Dam ergo fleret, inclinavit sa et prospexit in monumentum, et vidit duos Anyelos in albis, etc. — Jean, ch. xx, v. 13 et passim.

* El NEMiNi quidquam dixerunt; timebant enim. — Mabc, cli. xvi,

® Conversa est retrorsùm et vidit Jesum slantem. — Jean, ch. xx, V. 14. — Matthieu, ch. xxvni, v. 9.

* Et non sciebat quia Jésus esset... Ilia existimans quia uobtulanus esset, dicit ci : Domine, si tu sustulisti oiini, dicilo mihi ubi posuislt eum et ego uum tollam. — Jean, ch. xx, v. 14 et 16.

ouvrît les yeux pour qu’elle reconnût enfin celui qu'elle

cherchait.

Mais l’aveuglement des disciples fut bien autrement grand, et l’on ne saurait trop s'étonner de leurs hésitations, quand on se rappelle les paroles si explicites par lesquelles Jésus avait proclamé la nécessité de sa mort et la certitude de sa résurrection.

Déjà les onze n’avaient accueilli que par un vif sentiment d’incrédulité ce qui leur avait été rapporté touchant le fait lui-même de la résurrection. Marie-Madeleine leiir ayant dit que Jésus était encore vivant et qu’elle l’avait vu, ils ne la crurent point * ; ce qu’elle leur disait leur parut comme une rêverie à laquelle ils ne pouvaient ajouter foi

Ce scepticisme inexplicable est encore plus caractérisé dans la suite du récit évangélique.

Jésus, d’après saint Matthieu, avait dit aux saintes femmes, en se révélant à elles : « Allez dire à mes frères qu’ils aillent en Galilée; c’est là qu’ils me verront* ». On trouvera peut-être étrange et regrettable qu'il n’ait pas jugé à propos de se manifester aux apôtres dans Jérusalem même, et qu’il ne se soit pas publiquement montré, vainqueur de la mort, au sein de la capitale de la Judée ;

• Et illi audientes quia vivcret et visus esset ab ra, ^otI CBEniDEnusT. — Marc, cli. xvi, v. 11.

* Et visa sunt üIIr sicut deliramentum verba ista, et xu.\ cREuinEniNT ILLIS. — Lie, ch. X\IV, T. 11.

3 Mattbied, ch. XXVIII, V. 10.

mais n’apprécions pas les desseins secrets de cet Homme- Dieu, dont toute la vie est si incompréhensible, et suivons en Galilée ses disciples favoris.

« Les onze, dit Matthieu, s’en allèrent donc en Galilée, sur la montagne où Jésus leur avait commandé de se trouver, et, le voyant là, ils l’adorèrent. Quelques-uns néanmoins furent en doute *, ajoute l’Évangile. » En doute! Pourquoi? Les autres Évangiles nous le font comprendre; c’est (jue, soit transfiguration surhumaine, soit tonte autre cause inconnue, l’apparence de Jésus ressuscité n’était pas absolument identique à celle de Jésus vivant, et ceux qui l’avaient approché le plus près durant sa vie, avaient quelque peine à le reconnaître.

On a vu que Marie-Madeleine n’avait pas tout d’abord reconnu Jésus dans le sépulcre. Il apparut , sous une autre forme dit saint Marc, à deux de ses disciples qui s’en allaient à une maison de campagne; ceux-ci vinrent le dire aux autres disciples : « mais ils ne les crurent pas non plus »

L’épisode d’Emmaüs n’est pas moins singulier.

Deux d’entre les disciples s’eu allaient vers un bourg nommé Emmaüs, éloigné de soixante stades de Jérusalem. Comme ils s’entretenaient ensemble de tout ce qui

• Et videntes cum adoraveruat : Qciuah autem DUBiTAVEnusT. — Matthieu, di. xwiii, V. 17.

* Post hæc autem duubus ex bis ambulaiitibua osteiisuE est m alid efpyie. — Marc, cb. xvi, v. 12.

> Et illi euiitua uuiiiiuveruni cteteiis; nkc itus ( Rediiiehunt. — Marc, cb. XVI, V. 13.

i,i:s dRicides.

s’était passé, Jésus vint lui-même les joindre et se mit à marcher avec eux ; mais leurs yeux\étaient aveuglés, et ils ne le reconnurent point *. Ils cheminent ensemble pendant longtemps, eux racontant à Jésus les derniers événements qui s’étaient accomplis à Jérusalem, son cruciBement, le bruit de sa résurrection. Chose remarquable! en parlant de Jésus, ils l’appellent « un prophète, puissant en œuvres ®, » mais ils ne le qualiBent pas du nom de « Dieu. » Jésus, de son côté, converse avec eux, leur explique les écritures saintes et veut les quitter ; mais ils le forcent à s’arrêter au bourg, à dîner à leur table, et ce n’est qu’au moment où il rompt avec eux le pain bénit, que leurs yeux s’ouvrent ; ils le reconnaissent enBn, mais aussitôt la vision disparaît à leurs regards étonnés ®. Ils retournent à Jérusalem, racontent aux apôtres ce qu’ils ont vu, et, pendant qu’ils causent ensemble, Jésus se présente au milieu d’eux, leur disant ; «La paix soit avec vous, »

— Mais, dans le trouble et la frayeur dont ils étaient saisis, ils croyaient que (tétait un esprit *. Il fallut, pour dissiper leur incrédulité , que Jésus leur montrât ses pieds et ses mains percés par les clous de la croix ; il

< Oculi autem illorum tenebantur neeum agnoscerenl. — Luc, ch. xxiv, V. 16.

* Et dixerunt : De Jesu Nazareno, qni fuil vin pbopbetx, potens in opéré et sermone. — Loc. ch. xxiv, v. 19.

• Et aperti auiit oculi eonim et cognoverunt eum, etipse evanuit ex oculis eoroin. — Luc, ch. xxiv, v. 30 et 31.

t Existimabant se spiritum videre. — Li'c, ch. xxiv, v. 37 .

LES DÉICIDES. loi

fallut que saint Thomas, qui est devenu le symbole du scepticisme religieu.\, plongeât ses doigts dans les plaies saignantes*. Et, malgré cela, comme ils ne croyaient pas encore, il leur demanda à manger ® et mangea en effet un morceau de poisson et un rayon de miel, ce qui les convainquit qu’il était bien réellement ressuscité.

Jésus apparut encore une fois, sur les bords de la mer de Tibériade, à Simon-Pierre, à Thomas, à Nathanaël, aux bis de Zébédée et à deux autres, qui étaient occupés à pêcher dans une barque. C’était à l’aube du jour; Jésus parut sur le rivage et, celte fois encore, ses disciples ne le reconnurent pas ■*, bien qu’il s’entretînt avec eux pendant quelques instants. Ce fut la dernière apparition de Jésus en ce monde.

Voilà tous les renseignements que l’Evangile nous a conservés sur la résurrection du Dieu crucifié et sur les circonstances dans les<|uelles il s’est manifesté après sa mort. Nous ne faisons pas ici la criti(jue des Évangiles; nous ne discutons pas le plus ou le moins de vraisemblance de ces récits merveilleux ; nous ne voulons pas re-

' Ostcmlit cis iiianus et pedes. — Luc, ch. xxiv, v. 38 et suiv. — Juan, ch. xx, v. 2(1 et 27.

‘ Adliuc autcm i/its non crcdentibus dixit : Habctis hic aliquid quod nutiiducouir ? — Luc, ch. xxiv, v. 11 .

> Mane auicm facto sictit Jésus in littore. Non tamen cognoverunt disci)juli ejus guin Jésus essel. — Jean, ch. xxi, v. 4.

chercher si les deux Marie, si les disciples favoris n’ont |>as été en proie, dans le sépulcreet ailleurs, à des visions, à des hallucinations dont il existe de si nombreux exemples ; encore moins, voulons-nous examiner si les événements qu’ils rapportent et qu’ils ont un si visible intérêt à faire croire, sont bien réellement arrivés. Non ! nous prenons les Evangiles comme expression de la vérité, et nous demandons à tout esprit sincère et impartial si les Juifs ont pu 'consciencieusement admettre la résurrection de Jésus, si même ils en ont eu une connaissance positive.

Le fait matériel de la résurrection n’a été vu de jwrsonne, au dire des Evangiles, et n’a pu, dès lors, êlre constaté publiquement. Au bout de deux jours, le tombeau où Jésus a été déposé est trouvé vide; la pierre (jui eu fermait l’entrée a été enlevée. Par qui? comment? dans quelles circonstances? l’Evangile ne nous le dit pas. Les saintes femuies qui venaient pleurer au sépulcre du Christ, consternées, au lieu de croire à une l’ésurrcction, accusent les Juifs d’avoir soustrait le corps du Seigneur, tandis que ceux-ci, avec tout autant de vraisemblance, accusent les disciples d’être venus, durant la nuit, enlever clandestinement le corps de leur maître. Où est’ la lumière ? où est la véritéentre ces deux sentiments contraires, qui, tous deux, éclatent au moment où la disparition du corps est connue? Eh quoi ! les disciples eux-mêmes, avertis de cet événement, refusent d’y croire; ils doutent même, lorsque Jésus se montre à eux eu Galilée. Deux ou trois fois, Jésus ressuscité apparaît, et les apôtres et

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Marie-Maileleine le prennent pour un étranger et ne reconnaissent plus les traits de celui dans l’intimité de qui ils avaient si longtemps vécu ; et le peuple juif, qui n’assistait à aucune de ces apparitions prodigieuse.s, à qui il n’était pas donné de toucher, comme à saint Thomas, le flanc, les mains, les plaies du Crucifié, aurait été plus confiant ou plus crédule !

Et comment cette foi aurait-elle pu, d’ailleurs, se répandre (larmi les masses?

Jésus, après sa mort, s’est bien révélé à quelques disciples privilégiés; mais il n’a été vu |>ar aucun des habitants de Jérusalem et de la Judée. Il ne s’est pas même dressé, terrible et vengeur, devant ses bourreaux, pour les convaincre ou pour faire entrer dans leur âme le remords et l’effroi. Comment donc les Juifs auraient-ils pu croire aux récits d’ailleurs contradictoires de ceux ([ui prétendaient l’avoir vu dans des lieux très-éloignés de la Ciipitale, et (|ue leur intérêt à répandre cette croyance devait rendre évidemment suspects?

Ainsi, le témoignage de la résurrection, le signe qui devait prouver, avec une clarté plus grande que la lumière du jour, la divinité de Jésus, ne fut pas accordé au peuple juif. Mettons-nous un instant à la place des contemporains de ces événements et demandons-nous, dans la loyauté de notre conscience, s’ils étaient de nature à leur inspirer une foi complète, et si nous pouvons blâmer les sentiments d’incrédulité dout ils se montrèrent alors animés.

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