‹ Les déicides;Chapitre 2 sur 40 · XXIX · texte numérisé non relu

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messes annoncés par les prophéties messianiques ?

Or non-seulement Jésus ne donnait au peuple aucune preuve de sa mission; non-seulement il ne cessait de les refuser obstinément lorsqu’on les réclamait de lui dans la plus douloureuse attente; mais il n’accomplissait, aux yeux du peuple hébreu, aucune des prédictions des livres saints.

Que ceux qui reprochent si amèrement aux Juifs du temps de Jésus d’avoir osé solliciter des signes révélateurs, veuillent bien s’interroger euxmêmes. Aujourd’hui encore, dans notre société si éminemment spiritualiste, si un être ayant une apparence humaine se proclamait Dieu et fils de Dieu, il aurait beau prêcher la morale la plus sublime, les pharisiens modernes seraient nombreux qui ne se contenteraient pas de cette mystérieuse affirmation, et qui exigeraient qu’elle se justifiât par des preuves éclatantes, positives et palpables.

Je connais assez mon temps pour affirmer cette vérité, et je trouve injuste de reprocher, aux vieux pharisiens d’il y a di.\-huit siècles, des doutes qui sembleraient tout naturels dans notre âge de civilisation et de progrès.

Au reste, je n’hésite pas à dire sur ce point toute ma pensée.

Causes de l’incrddulitd des Juifs touchant la divinité et le messianisme de Jésus. — Les deux messianismes. — Aspirations universelles du judaïsme. — Le Dieu des Hébreux. — La philosophie juive. — L’immortalité de rame. — Le royaume do Dieu. — Le spirituel et le temporel. — La providence et la liberté. — L’unité du genre humain, la fraternité, l’amour du prochain. — Influence des idées juives sur le progrès des sociétés. — Leur avenir.

La principale cause de l’incrédulité des Juifs touchant la divinité de Jésus, c’était lui-même.

La foi inaltérable d'Israël, son seul dogme, le fondement de son existence sociale et religieuse,

c’est l’uNlTÉ ABSOLUE et l’iNVISIBILITÉ DE DIÈÜ.

J’exposerai plus loin mes idées sur l’avenir réservé à celte profonde croyance, plus philosophique encore que dogmatique; mais, quoi qu’on en pense, il est incontestable qu’elle a toujours été la loi suprême, la force et l’espérance du peuple hébreu. Il a vécu pour elle et par elle; c’est pour elle qu’il n’a cessé de lutter et de souffrir. Dès lors, l’apparition matérielle du Dieu qui avait dit à Moïse, d’après les tra-

INTRODUCTION

ditions de la Bible : « Aucun homme vivant ne peut <1 me voir, » et « je ne me manifeste que par mes « œuvres ; » l’incarnation du Dieu pur esprit dont le grand législateur hébreu avait dit : « Prenez garde « à vos âmes, car vous n’avez vu aucune figure lors- « que Dieu vous a parlé sur le Sinaï du milieu du « feu ; <) en un mot, la personnification du principe incréé devait troubler toutes les idées des gardiens infiexibles du monothéisme, et les soulever contre celui qui, sous un corps humain et périssable, se prétendait l’égal de l’Éternel et de l’Infini.

Aussi ce sentiment ne tarda-t-il pas à éclater avec une extrême énergie. L’indignation du peuple et la disposition des esprits nous sont signalées avec une grande vérité par l’Évangile de Jean, dans l’épisode si caractéristique où les Juifs veulent lapider Jésus parce que, « étant ho.mme, il se prétend DIEU. »

Les miracles, les \érités morales ne pouvaient prévaloir en Israël contre cette atteinte portée au principe de l’Unité et de l’Immatérialité divine.

Les Juifs étaient alors et ils sont restés, malgré les bûchers et les persécutions, spiritualistes par excellence dans leurs croyances sur la Divinité. Le christianisme a cru pouvoir transiger, jusqu’à

INÏHODUCTION.

un certain point, avec les doctrines anthropomorphiques du monde païen ; mais le judaïsme a gardé, avec une indomptable énergie, la pureté de la foi unitaire, convaincu qu’elle deviendra, tôt ou tard, par le progrès de la raison et de la conscience, la loi de l’humanité tout entière.

Ainsique je le prouve plus loin, si l’Évangile a été, pour la société romaine et pour le paganisme antique, une merveilleuse révélation et comme une manifestation de Dieu sur la terre, il n’a pu être aux yeux du peuple hébreu ni une vérité ni un progrès, car il a profondément altéré le principe monothéiste sur lequel reposent, indestructibles, la foi et la mission d’Israël.

On accuse généralement les Juifs d’avoir fermé les yeux à la lumière. Pour les incorruptibles gardiens de l’Unité et de la Spiritualité divine, les mystères du christianisme n’étaient pas la lumière, mais l’obscurité.

Si les croyances des Juifs sur le Dieu unique, immatériel et infini, sont absolument incompatibles avec la divinité de Jésus, leurs croyances messianiques ne peuvent pas davantage s’accorder avec

INTHODIJCTION.

le messianisme tel que l’a proclamé la doctriue chrétienne.

L’avénement du Messie, dans les traditions prophétiques du judaïsme, est bien moins l’apparition matérielle d’un Être tout-puissant, Roi, Prophète ou Dieu, que l’éclosion d’une grande époque au point de vue religieux, social et moral.

Sans doute, les espérances d’Israël ne séparent pas cette ère nouvelle du rétablissement de la nationalité juive et de la restauration du trône de David dans Jérusalem relevée de ses ruines ; mais si l’antique capitale des rois de Juda doit devenir le centre et la » maison deprières » de tous les peuples, ce n’est qu’un incident secondaire dans la révolution profonde et universelle qui s’accomplira alors.

Le caractère essentiel de l’époque messianique sera la proclamation et la reconnaissance de I’unité et de la spiritualité de Dieu par toutes les nations de la terre. 11 n’y aura plus d’idolâtrie, plus d’images, plus de cultes matérialistes.' « En ce jour, disent les Prophètes, l’Éternel sera un et son nom sera un. »

Et comme conséquence de la foi en I’unité DIVINE, l’uNiTÉ HUMAINE, l’unité fraternelle de tous les enfants de Dieu deviendra la sainte doctrine des sociétés et des individus. Plus de guerres, plus

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INTRODUCTION

d’armées dévastatrices ; mais partout l’ordre, l’harmonie, l’équilibre, la paix et la prospérité.

Je rapporte plus loin les prophéties saisissantes qui ont prédit, il y a près de trente siècles, cette ère de bonheur, de concorde et de bien-être universel, et qui sont restées l’espoir et le but du peuple hébreu.

Le judaïsme n’attend pas de l’arrivée du Messie la domination du monde entier ; il en attend la victoire du monothéisme ; il est convaincu qu’elle initiera tous les hommes aux vérités éternelles qui sont, depuis la révélation sinaïque, l’héritage des fils d’Israël.

On comprend dès lors, que l’apparition corporelle et terrestre d’un être qui se proclamait Dieu, ne pouvait se concilier avec l’idée messianique telle que les Hébreux l’ont conçue et telle qu’ils la conçoivent encore.

Dès que le Judaïsme professait que I’ünité absolue de Dieu deviendrait infailliblement le dogme futur de toutes les familles humaines, cette apparente DUALITÉ du principe divin devait être repoussée par lui comme une contradiction flagrante de sa foi religieuse.

Le christianisme, entraîné par ses tendances mystiques, a pu adopter sur le messianisme des doctrines

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qui n’ont de rapport ni avec celles des prophètes juifs, ni avec les traditions séculaires des Hébreux ; mais ceux-ci sont les pères de la croyance naessianique; c’est chez eux qu’elle est née; c’est par eux qu’elle a été conservée ; c'est pour eux essentiellement que les prophéties des livres saints, à cet égard, devaient se réaliser. Il est permis de penser qu’ils la connaissent, la comprennent et l'interprètent mieux que n’ont pu le faire les populations romaines converties au christianisme.

Au reste, on verra dans le cours de ce livre qu'il n'est pas possible d’appliquer, ni à la vie ni à l’enseignement de Jésus, les croyances qui se rapportaient en Israël à l’avénement des jours messianiques; et par là se justifie avec une nouvelle évidence la résistance du peuple juif.

Ainsi, depuis les premières années de l’ère chrétienne, comme aujourd’hui encore, deux Messianismes sont en présence : l’un qui prétend que tout s’est accompli il y a déjà dix-huit siècles, par la naissance, la vie et la mort de Jésus; l’autre qui attend encore, avec une inaltérable patience, l’accomplissement des promesses divines.

Ce qui les sépare bien plus encore, c’est leur principe.

XXXVl INTRODUCTION.

Le messianisme chrétien a posé sur un mystère impénétrable la vérité à laquelle il s’efforce de soumettre toute l’humanité, en faisant du Messie sauveur une Incarnation divine , un Verbe dans un corps matériel, un Dieu qui est né, qui a vécu, qui a souffert, qui est mort comme les autres hommes.

Le messianisme juif ne repose, au contraire, sur aucun dogme mystérieux. 11 espère que de Jérusalem, redevenue la capitale du monde religieux, rayonneront, sur tous les peuples réconciliés, des vérités pacifiques, dont la proclamation universelle rétablira partout la fraternité et la paix, et marquera l’avénement du règne de Dieu .

Le messianisme chrétien croit que le Messie est venu, bien que le monde soit encore troublé par la guerre, la discorde, la tyrannie, la lutte sanglante de toutes les passions, l’idolâtrie politique et religieuse.

Le messianisme juif ne croira à l’arrivée du Messie que lorsqu’il verra s’accomplir en même temps cette universelle pacification , cette loi de justice et d’amour, qui doivent être le signe providentiel du Rédempteur de l’humanité.

Je constate cette contradiction ; ce n’est pas ici pour moi, le lieu de la juger. Ce qui est certain, c’est

INTRODUCTION

que, dès les temps les plus reculés de son existence historique, le judaïsme n’a point borné ses aspirations au développement de sa vie intérieure. Il a regardé le monde entier comme son domaine et son empire futur, non pas dans l’ordre matériel, mais dans l’ordre moral, et cette ambition a marqué d’une puissante empreinte tous les principes et tous les événements de son histoire.

Le CATHOLICISME, en prenant ce mot dans sou sens étymologique de croyance universelle, est, en effet le fond même du monothéisme juif. Il est contemporain de sa révélation et de son institution primitive

« C’est en toi, dit la voix céleste à Abraham, au premier apôtre de l’Unité, c’est en toi que seront bénies toutes les nations de la terre (1). »

Le Pentateuque, la Bible entière. Moïse et tous les Prophètes confirment, presque à chaque page, cette promesse solennelle, et unissent indissolublement à l’avenir d’Israël l’avenir de tout le genre humain.

(1) cliap. xxii, v. 18.

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