‹ Les déicides;Chapitre 22 sur 40 · SANS CONNAITRE ET SANS ÊTRE CONNTI · texte numérisé non relu

SANS CONNAITRE ET SANS ÊTRE CONNTI

« Le troisième degré est celui de l’homme qui connaît le pauvre auquelil donne, et qui ne se fait pas connaître. Ainsi faisaient les sages ; ils allaient jeter secrètement des bourses d’argent dans la maison des pauvres ;

«Le quatrième degré est celui de l’hommequiesl connu par le pauvre sans toutefois le connaître personnellement ;

« Le cinquème degré est celui de l’homme qui donne au pauvre de la main à la main, sans attendre qu’on lui demande ;

« Le sixième degré est celui de l'homme qui ne donne qu’après avoir été sollicité ;

« Le septième degré est celui qui donne moins qu’il ne devrait donner et sans bienveillance ;

« Enfin le plus bas degré de l’échelle charitable est

‘ bni inca npix nxjvj- — R. Jannal vit un homme

qui donnait pubiiquement une pièce de monnaie à un maibeureux ; • Autant vaudrait, lui dit-il, ne pas donner, que de donner avec oslentalion et eu public. » Talmud, traité Chaguiya, cli. i.

celui de l’homme qui donne avec humeur et regret ‘ »

On voit qu’en fait d’aumône discrète les docteurs juifs n’ont pas été moins explicites que l’Évangile, et que, sur ce point encore, le Discours sur la montagne a bien pu rappeler les grands principes de la doctrine juive, mais non point les dépasser.

« Lorsque vous prierez, poursuit le fils de Marie, n’affectez pas de parler beaucoup comme les païens, qui s’imaginent que c’est par la multitude de paroles qu’ils méritent d’ctre exaucés. »

« Il vaut mieux , disent les sages du pharisalsme, faire une courte prière avec recueillement qu’une longue prière sans ferveur * »

« Faites-vous des trésors dans le ciel où ni la rouille ni les vers ne les mangent, et où il n’y pas de voleurs qui les déterrent, » dit encore le docteur Nazaréen.

U Ecclésiastique nous rapporte une parole identiqu e de Jésus, fils de Sirach : « Mettez votre trésor où le Très- Haut vous commande de le placer, et vous en tirerez un [dus grand profit que tout l’or du monde

« Je veux, disait un docteur pharisien, amasser des trésors inépuisables, tandis (jue mes pères ont cherché des biens périssables en ce monde *. »

I lored Deah, 24 a.

’ Talmiid, traitii Schabbafh, 10 — et traité Mcnachotli, IIO.

* t'cclésiasli'iue, ch. xxix, v. 14.

* Tulimid, Baba Balr/ia,

«C’est pourquoi, conclut l’Évangile, je vous dis : Ne vous inquiétez point où vous trouverez de quoi satisfaire à vos besoins de chaque jour. Dieu, qui nourrit les oiseaux et revêt les lis des champs, vous donnera aussi tout ce (jui vous est nécessaire. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain. Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, et toutes choses vous seront données en surplus. »

Cette confiance exclusive en la bonté de Dieu, cet abandon absolu de l'homme entre les mains du maître des deux et de la terre, cette espérance sans limites en celui qui soutient et fait vivre tous les être créés, sont la constante inspiration du Roi-psalmiste. Tous les cantiques de David, sans exception, respirent celte foi profonde dans la providence de l’Eternel.

Mais l’expression même employée par Jésus : « Cherchez le royaume de Dieu, et toutes choses vous seront données, » se retrouve textuellement dans le livre des Psaumes. « Craignez l’Éternel, vous ses saints, s’écrie le Roi-prophète, car rien ne manque à ceux qui le craignent. — Les animaux des forêts peuvent être affamés ; mais ceux qui cherchent l' Éternel ne manqueront d’aucun bien *, »

« L’Éternel n’affligera pas l’âme du juste par la famine, » affirme l’auteur des Proverbes ®.

> PsKume XXXIV, T. 10 et II.

> Proverbes, ch. x, v. 3.

« N’est-ce pas lui qui donne leur pain à toutes les créatures vivantes * ? » — « Il ouvre sa main et rassasie avec bonté tout ce qui existe ®. » — « Il donne leur nourriture aux animaux, aux petits oiseaux qui la demandent ®. »

«Tenez- vous en repos, avait dit Moïse au peuple hébreu avant tous ces prophètes, car l’Éternel agira et combattra pour vous *. »

« Celui, disent les sages pharisiens , qui n’a qu’un morceau de pain dans son panier et qui se demande : « que mangerai-je demain ? » est un homme de peu de foi ®. »

Enfin, Jésus recommande à ses disciples une extrême réserve dans leurs jugements envers les autres hommes : « Ne jugez point, dit-il, afin de ne pas être jugés. — Eh quoi ! vous voyez une paille dans l’œil de votre prochain et vous ne voyez point une poutre dans votre œil ! »

Les docteurs de la Synagogue, animés d’un même sentiment de bienveillance et de modération, disaient de leur côté : « On doit s’abstenir de juger son ami et son ennemi ; car on ne trouve facilement ni les fautes de son ami, ni le mérite de son ennemi ®. »

I Psaume cxxxvi, v. 25.

* Ibid. CXLV, V. 16.

> Ibid. cxLVii, T. 9.

' Exode, ch. xiv, v. 14.

‘ nias ’j 2po sSs Ssik na naix iSoa ns ’n “îs-

Talmud, Irailô Sota, 48, 6.

' Talmud, traité Ketoaboth, 105, col. 2.

Et, de même que Jésus ajoutait : « Vous serez jugés selon que vous aurez jugé les autres ; » ils disaient aussi : « Celui qui juge charitablement son prochain sera jugé charitablement dans le ciel »

« Médecin, guéris d’abord ta propre blessure, » dit aussi jiittoresquement le Middrasch-Rabba pour exprimer qu’il ne faut point blâmer dans les autres les défauts dont on n’est pas exempt.

Nous pourrions multiplier ces citations ; celles qui précèdent sufbsent. Elles prouvent que toutes les maximes que l’on admire avec raison dans le Discours sur la montagne, avaient cours, depuislongtemps, presque en termes identiques, en Israël et dans l’enseignement constant de la Synagogue juive. Il n’y avait donc pour les Hébreux, contemporains de Jésus, ni une nouveauté ni une preuve de divinité, dans les principes qu’il prêchait au peuple et où se retrouvait la grande tradition de Moïse, des voyants et des docteurs les plus illustres et les plus vénérés.

Jésus termine d’ailleurs ce sermon important par une déclaration solennelle qui en est comme le résumé et qui rattache formellement sa doctrine aux préceptes moraux de la loi et des prophètes antérieurs : « Faites donc aux

* Talmud, traité Schabbath, 27, col. 2 ; traité Abolb, ch. vu, § C.

* Middrasch-Rabba, Bereschit, ch, xmu.

hommes, s’écrie-t-il, dans une dernière recommandation, tout ce que vous voulez qu’ils vous fassent ; car tels sont la loi et les prophètes. »

Ainsi nous sommes dans la vérité en restituant à la morale évangélique son nom légitime de « Morale Israélite. »

Nous sommes surtout en droit, après les textes si décisifs que l’on vient de lire, de repousser énergiquement le singulier reproche qui a été fait à l’ancienne loi de n’avoir formulé et enseigné qu’une morale négative. Que de fois n’a-t-on pas prétendu, en effet, que l’Évangile, seul, a introduit dans le monde le principe qui nous ordonne de « faire à autrui ce que nous voudrions qui « nous fût fait, » tandis que le judaïsme , dit-on, prescrivait seulement aux hommes de ne pas faire à leurs semblables ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fit à eux-mêmes !

On peut apprécier maintenant si cette accusation contre l’Ancien Testament et contre la doctrine pharisienne est fondée. On peut juger si la loi qui a dit : « Aime ton prochain comme toi-même ; » — « Ne te venge pas ; » — « Rends le bien pour le mal ; » est inférieure aux maximes les plus admirées de l’Évangile et du christianisme.

Non, Jésus n’a pas été un novateur dans l’ordre moral ; il a imité les sages d'Israël qui l’avaient précédé ; il a reproduit leur enseignement et presque leurs expressions

textuelles ; il leur a emprunté leurs plus belles sentences ; et, si sa doctrine a pu faire une révolution dans le monde païen, elle n’a été, pour les Hébreux, que l’écho de Moïse, de David, de Salomon et des Pères de la Synagogue.

Mais, sous certains rapports, la morale du bis de Marie s’écartait cependant de celle des livres et des auteurs sacrés, et sur plusieurs points d’une haute importance les Juifs ne reconnaissaient plus les grands préceptes qu’ils étaient habitués à respecter et à sui>Te. Examinons rapidement ce nouvel aspect de l’étude à laquelle nous nous livrons.

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