‹ Les déicides;Chapitre 24 sur 40 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Faits postérieurs à ia mort de Jésus, — Persistauce de i’incrédulité des Juifs. — Déicide moral. — Double objection.

Telles ont été la vie, la mort et la doctrine du grand Réformateur qui devait introduire dans le monde une religion nouvelle.

Tous les actes de sa courte carrière, tous ses enseignements ont successivement passé devant nos yeux, en ce * qu’ils présentent de plus saisissant et plus caractéristique.

Il nous semble que lajustification du peuple juif en ressort plus éclatante que la lumière du jour. Ni le Messie ni le Dieu ne se sont révélés aux yeux de ce peuple opprimé qui attendait si impatiemment un libérateur. Les Hébreux, en condamnantle fils de Marie, ont été convaincus qu’ils condamnaient un de ces pseudo-messies, dont le nombre fut grand à cette époque, et leur colère s’accrut peut-être de voir leur longue espérance encore une fois déçue. Quant au jugement de Jésus, il s’effectua avec toutes les formes prescrites par la loi d’Israël ; la sentence était incontes-

tablement conforme aux prescriptions du code sacré. Un Dieu seul aurait pu, par une manifestation suprême, arrêter la décision des magistrats et la mmn des exécuteurs ; mais cette manifestation décisive n’eut pas lieu, et les Juifs gardèrent la conviction qu’ils avaient légalement puni en Jésus un homme qui voulait se faire passer pour Dieu, un agitateur qui risquait de compromettre le salut de toute la nation, un révolutionnaire qui aspirait à renverser l’État politique et religieux fondé par Moïse, sous l’inspiration de l’Ëternel, au sein des tonnerres du Sinaï.

Il importe de remarquer que, depuis son supplice, Jésus ne s’est plus révélé au monde. Aucun événement public postérieur à sa mort, aucun fait révélateur, ne sont venus dessiller les yeux des Ilébreux et dissiper l’opinion que les divers actes de sa vie leur avaient inspirée. En un mot, le Dieu-Homme, après leur avoir refusé, pendant son existence terrestre, les preuves de sa divinité, les a abandonnés à leur involontaire erreur ; il n’a plus montré de souci de ce peuple d’Israël pour le salut et la délivrance duquel il était cependant descendu du ciel sur la terre. Tous rapports ont cessé, depuis la scène douloureuse du Golgotha, entre Jésus et la race juive, et même entre Jésus et le monde entier. Les apôtres avaient bien annoncé un second avènement ; mais deux mille ans se sont bientôt écoulés sans que le Dieu crucifié ait daigné apparaître de nouveau aux yeux des hommes dans la

LES DÉICIDES, toute-puissance de sa majesté, convertissant tous les peuples et jetant la lumière dans toutes les âmes.

Jérusalem a été détruite; les Juifs se sont répandus parmi les nations portant avec eux leurs éternelles espérances en un Messie libérateur, et leur inflexible incrédulité à l’égard du fils de Marie ; persécutés, proscrits, suivant la prophétie de leur premier législateur, et attendant, avec une confiance inébranlable, l’heure de la délivrance, de la justice et de la réhabilitation.

De leur côté , les apôtres de Jésus-Christ ont quitté la Judée, désespérant d’amener à leur bercail les brebis d’Israël. Ils ont porté l’Évangile aux gentils, mettant au service et au succès de leur apostolat une activité, une énergie, un zèle et un dévouement que les circonstances devaient prodigieusement servir. Après trois siècles de luttes et d’habiles efforLs, ils sont parvenus à faire accepter par le monde païen cette doctrine chrétienne, celte foi dans le Dieu-Christ, qui avait échoué auprès de la race élue à qui elle avait d’abord été prêchée.

Eh bien , disent les adversaires du judaïsme, c’est ce double fait, postérieur à la vie de Jésus, qui aurait dù éclairer les Juifs sur la divinité du christianisme et de son fondateur. Les malheurs qui les ont partout frappés, la haine qu’ils ont rencontrée sans cesse sur leurs pas, ne 'sont-ils pas une preuve décisive? Ils subissent encore aujourd’hui la peine de l’iuiquilé des juges du Christ ;

« rhistoire du peuple juif, d’après l’énergique expres- « sion de Pascal, conserve avec une exactitude incorrup- « tible sa condamnation et la preuve de la vérité du chris- « tianisme. »

Et ce qui aurait dù convaincre le peuple hébreu, n’est-ce pas aussi le triomphe miraculeux de la foi chrétienne ? Quelques apôtres, sans instruction première, de simples pêcheurs, d’humhles ouvriers, ont dominé cet empire romain qui avait courbé sous ses lois le monde entier. Ils ont vaincu, malgré leur faiblesse, malgré toutes les forces de l’empire coalisées contre eux, malgré les persécutions les plus acharnées, et ils ont fait de la croix, du gibet sur lequel leur maître avait expiré, le symbole, la foi et le culte de toutes les nations. Cette victoire peut-elle se comprendre sans la volonté et le secours de Dieu? et Jésus-Christ ne s’est-il pas assez splendidement révélé par le triomphe de l’Église universelle?

En résistant à ces éblouissantes clartés, en niant obstinément ces miracles, les Juifs ont commis un second crime, aussi inexcusable que la condamnation de Jésus. Ils se sont volontairement rendus coupables d’un second DÉICIDE qui doit justement attirer sur eux la réprobation du genre humain.

Ces reproches sont-ils plus mérités que ceux dont nous avons fait justice ? II importe de s’en rendre compte, et de ne laisser dans l'ombre aucun des éléments du granll procès instruit contre le peuple juif.

Voyons donc si les progrès du christianisme dans le monde ne s’expliquent que par des faits surnaturels, par une intervention directe de la Divinité ; ou s’ils ne sont pas, au contraire, le résultat de circonstances toutes humaines et essentiellement politiques, qui, par leur caractère, ont dû corroborer, au lieu de les détruire, l’opinion et, si l’on veut, les préventions des Israélites à l’égard du christianisme triomphant.

Recherchons ensuite si les haines dont les Juifs ont été les vici imes, si les persécutions qui, depuis dix-huit siècles, ont si cruellement pesé sur eux, n’ont point, dans l’ordre des faits naturels, des causes manifestes, sans qu’on mêle le nom du Dieu de justice, de miséricorde et d’amour, à ces violences homicides, à ces œuvres de colère, de vengeance et de sang.

Un rapide exposé des moyens qu’ont employés les plus intelligents parmi les apôtres pour agir sur la société païenne, et des conditions politiques et morales qui secondèrent leur entreprise, répondra à la première de ces questions.

L’examen sommaire de la situation générale des Juifs, dans leurs rapports avec le monde romain et avec le monde catholique, répondra à la seconde.

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