LIVRE IV
Paul et Pierre & Rome. — Leurs prédications. — Leur supplice. — La religion et l’Ëtat. — Coup d'œil sur la société romaine. — L'esclavage.
— La conquête. — Domination des armées. — Les prétoriens. — Exagération des dépenses publiques. — Jeux populaires. — Luxe privé. — Le fisc. — Dépopulation des villes. — Abandon des travaux rustiques. — Misère générale. — Puissance des esclaves et des affranchis. — Désordre religieux et moral. — L’école d’Alexandrie. —
— Moyens employés par les apôtres pour atteindre leur but. — Sociétés secrètes. — Transactions philosophiques. — Influence dans l’intérieur des familles.
La logique des choses et l’intérêt de son avenir poussèrent bientôt le christianisme dans les voies que Paul lui avait ouvertes, et contre lesquelles les apôtres avaient si impolitiquement réagi dès l’abord.
Bientôt, en effet, il fut visible pour les chefs de la nouvelle Église que le disciple de Gamaliel avait eu raison de se lancer hardiment au milieu des populations païennes, sans s’occuper davantage de la conversion des Juifs , et qu’il était dans la vérité en cherchant à attirer les gentils par d'habiles concessions.
Les Juifs se montraient plus rebelles que jamms à la doctrine de l’Évangile à mesure que ses conséquences naturelles se développaient, aboutissant nécessairement à
l'abandon de la loi de Moïse et des principes les plus essentiels de la révélation du Sinaï. Les apôtres se convainquirent aisément que leur secte ne ferait jamais de grands progrès au sein du peuple hébreu.
Dans ces conditions, si le christianisme s'était concentré en Judée, il se serait probablement éteint, sans bruit et sans résultat, à la chute de Jérusalem, comme les autres sectes juives, telles que les esséniens avec qui il avait tant d’affinités, et les saducéens, dont il n’est plus resté de traces.
Les apôtres trouvaient d’ailleurs, grâce à l’infatigable dévouement de Paul, des églises partout organisées, de vigoureuses associations établies, et, dans les régions les plus importantes du monde romain, des liens puissants unissant les nouveaux fidèles. 11 n’hésitèrent pas davantage.
Cette première phase du christianisme est curieuse à étudier, car elle montre par quels moyens, par quelles combinaisons habiles se fondent et .se développent les révolutions sociales et religieuses.
Paul avait été transférée Rome où, d'aprèsles Actes des A pâtres, il recouvra aussitôt sa liberté et put sans entrave prêcher sa doctrine. Il y avait à Rome une nombreuse colonie juive qui y était établie depuis longtemps. Paul entreprit sa conversion. Quoique, d’après les Actes, il ait rencontré parmi les Juifs de Rome une incrédulité à
peu près générale lorsqu’il leur parlait de Jésus, de sou caractère messianique et de sa divinité, cependant on ne peut se dissimuler qu’il agit vivement sur leur esprit ; il agit bien davantage encore sur celui des Romains, qui considéraient déjà avec une curiosité ardente ces Juifs dont la doctrine commençait à remuer le monde.
Paul, grâce à son intelligence supérieure, reconnut bientôt que la capitale du monde romain était le véritable point où devaient se diriger toutes les forces du prosélytisme chrétien. Qui aurait Rome aurait la domination universelle. Avoir Rome devint désormais son seul but et son unique préoccupation. Il renonce aux autres centres de son premier apostolat ; il ne songe plus à visiter les Eglises de la Grèce et de l’Asie Mineure ; il se üxe à Rome et y concentre tout son effort.
Mais il ne fallait pas s’exposer, au foyer de l’empire , des Césars, à montrer l’Eglise naissante divisée dans ses chefs et dans son enseignement. Il faut croire que Paul, par ses correspondances secrètes avec les autres apôtres, leur fit comprendre la grandeur et l’importance du but qu’il poursuivait, et qu’il les amena enfin à son système. Nous voyons, en effet, Pierre quitter à son tour la Judée et accourir à Rome pour se joindre, cette fois sans contestation et sans réserve, à l’adroit apôtre des gentils. Pierre était désormais converti à l’idée paulinienne, dont la justesse devenait chaque jour plus manifeste ; il n’hésite
plus, dans ses Épîtres, à recommander aux fidèles la doctrine de Paul ‘ ; a malgré les passages difficiles et obscurs qui se trouvent dans ses lettres, Paul mérite, dit-il, d’être respecté à l’égal des prophètes et des apôtres. »
Et les deux chefs de l’apostolat, maintenant réunis dans une même pensée, d'accord sur la route qu’ils doivent suivre, attaquent le polythéisme antique au cœur même de l’empire, certains, s’ils parviennent à y rem[)orter la victoire, que le monde entier sera en leur pouvoir.
A cette même époque, d’ailleurs, on voit les chrétiens de Judée abandonner Jérusalem, non-seulement, ainsi que le rapporte Eusèbe parce qu’après la défaite du général romain Cestius, on craignait dans la ville sainte les représailles des Romains ; mais, évidemment, pour consommer leur séparation définitive avec les adorateurs de l’ancienne loi qu’ils ne pouvaient plus avoir la pensée ni l’espérance de convaincre .
Rome devint donc le foyer de la nouvelle doctrine et, probablement, le refuge d’un très-grand nombre |)armi les expatriés de Jérusalem.
Pierre et Paul entreprirent sur une vaste échelle l’évan-
* Èpitres de saint Pierre, 2" Épîtrc, ch. iii, v. 15.
La présence simultanée de Pierre et de Paul & Rome est contestée par la critique historique i mais les Actes des A/tôtres et la tradition chrétienne sont formels à cet egard ; rien ne s’oppose à ce qu’elle soit admisi-,
• Eusèbe, Histoire ecclésiastique, ch. iii, v. 3.
2o6 LES DÉICIDES.
gélisation des Romains, et surtout des plus influents et des
plus haut placés parmi les hommes d’État de l’empire.
L’Epilre de Paul à Tite nous apprend que, parmi le frères, figuraient déjà des fonctionnaires éminents tels que Pudens, le sénateur Mais cet ardent prosélytisme fut le signal de la persécution. Néron, qui régnait alors, fit jeter dans les fers les deux apôtres. Accusés de vouloir bouleverser l’empire, ils furent condamnés etcrucifiés sur le mont Janicule, où habitait la colonie juive tout entière. Ce fut le début des prosciâplions contre les chrétiens et aussi contre les Juifs, qu’à cette époque néfaste, on ne distinguait, pas plus à Rome qu’en Judée, de la nouvelle secte ®.
Il convient de se rendre compte du sentiment auquel obéissaient les empereurs et les agents de l’autorité, eu se montrant si sévères à l’égard des disciples de Jésus.
• É/jtlre à Tite, ch. iv, v. 2(.
> Les l'pitres apostoliques prouvent surabonJamment que les premiers chriHiens portaient partout le nom de Juifs, qu’ils le revendiquaient et s’en honoraient. — Chaque fois que les historiens romains du premier siècle de l’Église parlent de la nouvelle secte, ils la confondent avec les Juifs. Il existe, à ce sujet, un singulier passage de Sudtone, dans son Histoire de Claude, Cet auteur raconte que l’empereur chassa de Rome ces Juifs, sans cesse en tumulte sous l’influence d'un certain Ciirestus : Il JUDÆOS, imputsore ciiresto, assiduètumultuantes Ronià expulitC). > Évidemment ce C/irestus désigne Jésus-Christ, ou plutôt la secte chrétienne dont Suétone confond les disciples sous le nom générique de Juifs.
* SoItohi, Les douze Césars, histoire de Claude, ch. xxr.
TI
La société ancienne n’était pas basée, comme la nôtre, sur le principe de la séparation de la religion et de l’Etat, du spirituel et du temporel. On sait que, de nos jours encore, l’application de ce principe est un problème très-difficile à résoudre ; les deux pouvoirs religieux et politique luttent sans cesse soit en empiétant l’un sur l’autre, soit en cliercbant à maintenir la limite extrêmement étroite de leurs attributions respectives.
Dans le monde romain, on ne se doutait pas même de cette distinction. L’Etat, c’était la religion, et la religion, c’était l’Etat. Les choses du culte et les choses de la politique se mêlaient, se confondaient les unes dans les autres, de manière à ne pouvoir en être ni distinguées ni divisées. Le pontife romain était bien plus un fonctionnaire politique qti’un intermédiaire spirituel entre les hommes et les dieux. Le culte intervenait dans tous les actes de la vie publique et privée. C’était le pontife qui décidait de la paix et de la guerre, et de l’opportunité des résolutions politiques. Par les augures, il déclarait quand il fallait agir, quand il fallait s’abstenir, et sa voix souveraine faisait plier toutes les consciences et tous les fronts. Donc la religion et l’État étaient étroitement solidarisés, ou plutôt ils ne formaient qu’une seule institution. Blasphémer les dieux, c’était attaquer la puissance publique dans ce qu’elle avait de plus auguste. L’em-
pereur n’avait-il pas d’ailleurs lui-même, avec le titre de PoNTiFEX Maximüs, de grandes fonctions sacerdotales, et n’aspirait-il pas parfois à la divinité? Tout ce qui pouvait porter atteinte à la religion antique ébranlait en même temps le pouvoir social ; les ennemis du paganisme étaient évidemment, dans l’ordre politique d’alors, les ennemis de l’Etat.
Déjà, au sein de l’insouciante et légère Athènes, on avait vu Socrate impitoyablement sacrifié pour avoir enseigné une doctrine contraire aux croyances polythéistes de la Grèce. Que devait-il en être dans la Rome des Césars, où la question religieuse touchait si intimement aux intérêts politiques de l’empire ?
La persécution contre les chrétiens s’explique aisément à ce point de vue. Ils furent regardés, et ils l’étaient incontestablement, comme des révolutionnaires dont les doctrines, en attaquant la théologie païenne, menaçaient en même temps la société politique. Ils furent condamnés par les pouvoirs légaux justement effrayés de leurs prédications et du développement que prenaient peu à peu leurs associations secrètes. Mais la société païenne n’avait plus la force nécessaire pour résister à l’invasion des principes spiritualistes de la Bible transformée en Évangile. C’est ce qu’un rapide coup d’œil jeté sur le monde romain de cette époque va nous prouver.
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La plaie de la société ancienne était l’esclavage ; c’est par lui qu’elle avait vécu ; c’est par lui qu’elle devait périr. L’esclavage était la conséquence de la guerre, de la guerre, seul principe de puissance aux yeux de la Rome conquérante *. L’empire romain ne s’était développé et n’avait peu à peu envahi l’univers connu que par la conquête et l’usurpation. Grâce au courage et au nombre de ses soldats, courbant tous les autres peuples sous le joug, il avait fait à la Rome des Césars un immense cortège lie vassaux et d’esclaves. Né de l’abus de la force, le pouvoir romain ne se maintenait que par la force. Le principe : Vce victisi « Malheureux vaincus! » était le pivot de la politique du peuple-roi Aux captifs faits dans les combats il imposait la servitude la plus cruelle ; aux villes et aux nations vaincues, il donnait des tyrans subalternes, de farouches proconsuls qui, par
> <1 Tel peuple de l’antiquité, dit Michelet, pouvait, comme ces sauvages de l’Amérique, se vanter d’avoir mangé cinquante nations. » {Histoire de France, I, liS.)
Il faut lire, dans l’intéressant ouvrage de M. Moreau Christophe sur le droit à l’oisivelé dans les républiques grecques et romaine, le calcul du nombre d’esclaves qui remplissaient l’empire. Rome comptait moitié moins de citoyens que d’esclaves. (MoBEau Chbistophe, p. 152 et suiv.)
* C’est merveille de voir avec quelle facilité on trouvait à vendie des populations entières. C’est ainsi que Rome vendit 150,000 Épiro'i s condamnés à l’esclavage par Paul-Émile (Tite-Live, XLV, 34); 50,000 habitants de Carthage et les débris des vaincus de Numance. (Appien, De bellis fiunicis, p. 81 et 311.)
leurs concussions, leur violences et leur despotisme sauvage, outrageaient tous les sentiments de justice et d’humanité. Souvent Rome avait dû recourir aux plus énergiques moyens de répression pour contenir les nationalités frémissantes sous son sceptre de fer, et étouffer les insurrections sans cesse renaissantes. Les guerres serviles, de leur côté, avaient mis plusieurs fois la puissance romaine à deux doigts de sa perte.
Pour conjurer tous ces périls et comprimer , sinon pacifier, ces éléments de désordre, d’anarchie, l’empire avait dù s’appuyer sur un gigantesque développement de la force publique. L’armée était devenue la base et la garantie essentielle de l’universelle domination. L’autorité, enlevée peu à peu au sénat et au peuple, s’était réfugiée dans les camps. Aussi les légions, sentant qu’elles étaient l’unique soutien de l’empire et les arbitres souverains de la situation, vendaient à un haut prix leur dévouement et leur concours ; les prétoriens devinrent bientôt les maîtres absolus de Rome, faisant et défaisant les empereurs, mettant le trône à l’enchère et renversant, le lendemain, le César qu’ils avaient élu la veille.
Ce despotisme des armées, c’est-à-dire de la force matérielle dans ce qu’elle a de plus barbare, est toujours le symptôme de la décadence des États. R était facile de voir, à cette sombre époque, que l’empire touchait à sa dernière période ; la tète était désormais trop faible pour
diriger l’immense corps aux membres hétérogènes qui constituaient le monde romain.
Le développement excessif des forces militaires a nécessairement pour effet l’accroissement immodéré des dépenses publiques. Malgré les tributs qu’elle imposait aux peuples vaincus, Rome ne pouvait suffire aux exigences de sa situation. De grandes armées permanentes, entretenues à grands frais sur tous les points du globe, absorbaient des sommes hors de proportion avec les ressources de l’en\pire. D’autre part, il fallait, pour se conserver un fantôme de popularité, satisfaire aux caprices delà populace, qui, amollie et corrompue par le luxe impérial, réclamait chaque jour, à défaut de la liberté proscrite, du pain et des fêtes publiques, e/ circenses. Ces jeux du cirque, ces distributions alimentaires, entraînaient des dépenses énormes. Les millions s’engloutissaient dans les combats de gladiateurs et de bêtes féroces, pour lesquels on dépeuplait les forêts et les déserts de l’Asie et de l’Afrique ‘.
Les raffinements du luxe privé avaient pris à leur tour des proportions inconcevables. Qui n’a entendu
' Lp3 empereurs rherchsiont à alléser, à cet égard, la charge du trésor public en faisant de la dépense des jeux une condition essentielle des dignités publiques les plus recherchées, et en exigeant, dans ce but, une subvention des titulaires. Cette subvention s’élevait, sons Claude, à Sü millions de sesterces, près de IG millions de francs. — Voyez MoaE.tu CiiBisTOPiie, /oc. cit. — Code 'l'héodosien, 1. Il, xv, G, De spectacuUs , I. XIII et LU, VI, 4, De preetorihus.
LES DÉICIDES, parler des Lucullus de la Rome impériale ? Les dîners des grands seigneurs de l’empire et des épicuriens de cette époque dépravée coûtaient quelquefois plus d’un million. On nourrissait les lamproies des viviers avec la chair des esclaves, et l’on ne reculait devant aucun sacrifice pour se procurer et faire arriver à Rome un seul poisson du Pont-Euxin. Les produits du monde connu s’accumulaient chaque jour sur les tables de l’aristocratie romaine, enrichie des dépouilles de tous les peuples subjugués.
Mais, pour suffire à ces prodigalités publiques et privées, il fallait recourir à l’oppression .la plus violente et aux expédients les plus désastreux. Le fisc, l’agent nécessaire de tous ces excès, le seul pourvoyeur de ces orgies , le fisc avait dû prendre une extension en rapport avec les besoins de l’empire. L’avidité insatiable des agents fiscaux, responsables eux-mêmes de la perception des impôts, devint bientôt intolérable. Devant ces exigences croissantes, les cités se dépeuplaient et les habitants fuyaient au milieu des champs la voracité des collecteurs de contributions. Les curiales, qui supportaient seuls, dans des cas particuliers, le fardeau des charges publiques, essayaient, mais en vain, de se soustraire par la fuite aux tristes honneurs de leurs fonctions L
> Code Théodosiea, lib. X, tit. 31. • Non ante discedat (cnrialis) quam insinuato Judici desiderio proHscicendi licentiam consequatur. Curiales omnes jnbcmus interminatione moneri ne civitates fugiant aut descrant, rus habitandi causa, fundnm quem ciritati prœtulerint scieutes 6sco
Où fuir d’ailleurs pour éviter la tyrannie d’un pouvoir dont la domination s’étendait sur le monde entier? Les champs n’étaient pas un refuge pour s'affranchir des charges sous lesquelles succombaient les habitants des villes ‘ ; le fisc impitoyable n’abandonnait pas si aisément sa proie.
La hiisère et le découragement firent, par l’influence de CCS causes combinées, des progrès effrayants. Le peuple, s’enveloppant dans son manteau d’esclave, s’accroupissait sur la terre de fatigue et de désespoir. Comme la bête de somme se couche sous les coups et refuse de se relever, rien ne pouvait plus le décider à cultiver le sol. Vainement les empereurs essayaient-ils, par des immunités et des exemptions, de repeupler les campagnes délaissées * ; rien n’arrêtait les progrès du mal ; le désert devenait chaque jour plus immense, et la désolation allait croissant
Chose non moins importante à signaler : cette société oppressive, tyrannique, violente, était cependant et en fait dans la dépendance des esclaves mêmes qu’elle cour-
csse sociandum, coque rure esse carituros cojiis causa impios so. vitnndo patriam, demonstrarcnt. » KiV/., lib. XII, lit. 18.
‘ Cl 'l aiiiôt la loi essayait d’adoucir K; sort du colon, et le propi iélaire criait qu’il no pouvait plus payer l’impOt ; tantôt elle livrait le colon au propriétaire et l’enfonçait dans l’esclavage. » (Michelet, Histoire de France, t. I, p, 101.) — Constant., in Cod. Justiniani, lib. XI, tit. 49. — Cod. Justiniani, liv. XLVII, tit. 51.
> Cod. Théodosien, liv. XII, t. I. — Code Justinien, liv. XI, tit. 58.
» La belle et riche Campanie .avait 538,000 arpents en friche. (Abca- B1C3 et HoNoaics, in Cod. Theod., lib. XI, tit. 28, leg. 3.)
l)ait sous le joug. — Comme toutes les races aristocratiques et Jominalrices,les Romains avaient un profond mépris pour tous les détails de la vie domestique et pour les questions d'économie matérielle. Ils abandonnaient à leurs esclaves le commerce et l’industrie. Le citoyen romain, grandi par la guerre et par la parole, regardait comme indigne de lui toute autre chose que les armes, les chevaux, les exercices du corps, les professions libérales, la vie du Forum et le maniement des affaires publiques *. Les esclaves étaient banquiers, spéculateurs, commerçants , industriels dans tous les genres ; ils gagnaient par là un pécule qui leur permettait un jour de s’affranchir s'ils savaient se concilier la faveur du maître. La classe des affranchis, soumise à une législation particulière, formait dans l’Etat un corps considérable ; elle prit peu à peu une grande influence dans le gouvernement ^.11 était rare que les premiers ministres et les plus intimes favoris des empereurs ne fussent point des affranchis puissants qui dirigeaient à leur gré la politique impériale. L’intelligence et l’aptitude étaient remarquables d’ailleurs parmi ces esclaves, qui ont donné tant d’hommes et d’écrivains éminents à l’époque des Césars.
Ainsi les esclaves dominaient de fait le monde romain ;
* Voir Moreau Christophe, Du droit à l’oinveté et de l'organisation du travail servile dans les répuhliques grecque! et romaine, p. 23 et suiv,
* Tacite, dans ses Annales (liv. XIII, p. 26 et 27) déclve qu’à celte époque le peuple de Rome n’était presque plus composé que d’alTranchis — Voyez dans le Digeste, lib, XXXVIII, tit. 1, les lois qui réglaient, à Rome, la condition des .affranchis.
car ils concentraient en leurs mains tout le mouvement économique ; ils s’élevaient auprès des souverains à une puissance occulte ou avouée qui les mêlait à toutes les affaires de l’empire ; enfin ils montraient des qualités intellectuelles bien supérieures à celles des Romains en décadence.
Et au moment que toutes ces causes de dissolution et d'anarchie envahissaient la société romaine, on entendait déjà dans le lointain, au sein des sombres forêts de la Germanie, l’immense mugissement des peuples barbares qui s’agitaient confusément et s’apprêtaient à se ruer, avalanche vivante, sur le vaste empire des Césars.
La Rome impériale succombait donc lentement sous un mal irrémédiable. L’esclavage, l’arrogance et le despotisme des légions, le développement effréné du luxe, la corruption des mœurs, l’avidité du fisc, la misère du peuple, l’insuffisance de la production agricole, la haine des peuples vaincus, le frémissement des nationalités mal comprimées et, au loin, l’invasion menaçante des peuples du iN’ord, étaient autant d’éléments de ruine prochaine. Le monde ancien tombait visiblement dans l’abîme, et une profonde révolution sociale allait inévitablement éclater dans l’univers entier.
Le désordre n’était pas moins terrible dans l’ordre religieux et moral. Une grande voix s’était fait entendre, disant « Les dieux s’en vont, » et, en effet, toutes les
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croyances antiques s’affaissaient sous l’action dissolvante d’une philosophie sceptique et railleuse. Depuis l’époque, déjà ancienne, où le grand orateur de la république, Cicéron, avait ridiculisé les prêtres et les augures en s’étonnant qu’ils pussent se regarder sans rire, que de critiques amères, que d’attaques violentes, de la part des satiriques de Rome, contre toute cette mythologie sensuelle et artistique qui, depuis quatre mille ans, obtenait les hommages des mortels !
De son côté, la Grèce qui, malgré la suprématie politique de Rome, avait conservé la direction du mouvement intellectuel, la Grèce avait subi, au point de vue des doctrines philosophiques, une révolution radicale. Depuis longtemps déjà ses penseurs s’agitaient à la recherche du « Dieu inconnu. » Elle avait donné ses plus illustres philosophes à l’école d’Alexandrie, surtout Aristote et Platon, mais Platon extrêmement spiritualisé.
L’école d’Alexandrie, par l’immense élan qu’elle avait imprimé aux esprits, concentrait alors vers elle toutes les forces intellectuelles et l’attention du monde ancien. Liée à la philosophie hellénique par son admiration pour les théories de Platon, elle avait formulé une doctrine spiritualiste dont la qualification de Néo-platonisme indique assez l’origine et la parenté. Les rapports habituels des sages d’Alexandrie avec la Judée * et l’Orient,
■ L’dcole juive d’Alexandrie remonte presque au berceau de l’école grecque ; on doit, en effet, considérer comme ses fondateurs les Septante interprètes que Plolémée Pliiindciplie, le second des Lagides, fit venir à
LES DÉICIDES. 2(j7
avaient introduit peu à peu dans la philosophie alexandrine les idées mystiques de certaines sectes orientales combinées avec l’esprit monothéiste du judaïsme. Il s’était opéré ainsi, sur le terrain neutre de la grande cité égyptienne, une sorte de rapprochement entre les croyances unitaires et polythéistes, et l’école d’Alexandrie s’était nettement séparée de l’idolâtrie mythologique pour se rattacher à des dogmes plus élevés.
Le but des philosophes alexandrins est un vaste ecclectisme qui tend à rapprocher et à fusionner, sous une même formule, tout ce qu’il y a de bon dans les divers systèmes. Placés entre l’Orient et l’Occident, ils clierchent surtout à concilier la sagesse orientale et la sagesse grecque. Mais, à cette époque, sous l’action irrésistible de ces courants d’idées qui sont les précurseurs et bientôt les causes directes des grandes révolutions sociales et morales, la sagesse grecque elle-même s’effacait avec les religions et les institutions du monde ancien, tandis que de l’Orient et principalement de la Judée s’élancait un esprit nouveau, tout un monde de doctrines et de dogmes qui devaient agir puissamment sur la philosophie des néo-platoniciens.
L’Orient apporta à Alexandrie la notion de l’unité
sa cour pour traduire la Bible en grec. On cite parmi ces savants illustres un certain Aristobule, mystérieux personnage dont on connaît peu les travaux, mais dont l’iufluence fut considérable d’après les historiens. Le plus illustre représentant de l’école juive d'Alexandrie, fut, on le sait, Phllon dont on disait : • Est-ce Philon qui platonise? est-ce Platon qui philonise? •
LES DÉICIDES, divine, si brillamment exposée par Philon ; mais il lui apporta aussi, avec les traditions de la Gnose et de la Kabbale, une invincible tendance au mysticisme
Ainsi pénétrée des idées juives amalgamées aux croyances mystiques que les hébreux avaient empruntées aux Babyloniens, l’école d’Alexandrie ne rompt pas cependant avec les théories philosophiques de Platon ; elle garde du grand philosophe grec la doctrine trinitaire des hypostases divines ; mais en même temps, fortement imbue des principes juifs, elle admet l’unité de Dieu dans son sens le plus absolu et le plus abstrait. Ce Dieu a néanmoins trois états, et l’on pourrait dire trois natures: il est Dieu en soi; Dieu comme intelligence; Dieu comme puissance.
L’homme doit tendre à ressembler à Dieu ; comment [)eut-il lui ressembler mieux qu’en s’élevant vers l'Être divin etens’absorbantenlui? Cette unification est-elle possible? Oui,répondentles Alexandrins; l’âme peut arriver, elle aussi, à l’imité absolue, à un étatquila met en communication directe avec l’imité divine. Cet état, c’estl’extase, où l’esprit parvient à se séparer du corps et à ne vivre, un instant, que de la vie céleste et immatérielle.
Parvenu à ce point, le mysticisme alexandrin dégénère bientôt en théurgie. De l’extase au miracle il n’y a qu’un pas. Les mystiques du néo-platonisme tombent rapidement dans le merveilleux et le surnaturel. Le spiritisme
< Voyez sur l'école d’Alexandrie, V Histoire générale de la philosophie, par CotsiN, p. IGi et suiv.
et ses folies existaient déjà à Alexandrie. Les néo-platoniciens ne sont pas seulement des philosophes ; ils sont des mystagogues et des hiérophantes ; ils évoquent les démons, guérissent les infirmités humaines, accomplissent des prodiges, et répandent dans la foule les plus étranges superstitions.
On voit, et nous dirons bientôt combien les points de contact pouvaient être nombreux entre l’école d’Alexandrie et le christianisme. Il y avait là plus qu’une nouvelle philosophie ; il y avait tout un nouveau système ile croyances religieuses où le judaïsme avait fortement marqué son influence et dont le christianisme devait profiter.
Sous l’influence de ces nouvelles doctrines, les anciennes religions étaient frappées au cœur, et le flot montant du scepticisme envahissait chaque jour les autels des dieux de l’Olympe.
D’un autre côté, le spiritualisme dominait de plus en plus la société morale. Le monde se lassait du matérialisme des cultes païens. Ces dieux faits de chair et de boue, ces divinités aux passions orageuses, en butte à toutes les infirmités humaines, recevant des blessiures (ju’il fallait un médecin pour guérir, commençaient à n’exciter plus que son dédain et son mépris. Par une réaction naturelle dans l’histoire de l’esprit humain, l’excès même du sensualisme, aboutissant au dégoût, ramenait toutes les âmes à l’amour et au respect des idées spiritualistes.
Nous esquissons ici à grands traits le tableau de la société romaine. On voit à quel point elle était préparée pour le triomphe de l’œuvre que le christianisme naissant voulait accomplir, et combien était facile, entre les mains d’hommes habiles, la transformation d’un ordre politique et moral si compromis et si affaibli déjà, dans tous ses éléments essentiels.
Quand on se rappelle que le premier des disciples de Jésus qui vint à Rome, ce fut Paul, Paul l’apôtre intelligent qui avait si bien compris les vraies conditions de succès du christianisme auprès des gentils, le grand diplomate religieux de la nouvelle Eglise, on ne s’étonne pas des progrès rapides que l’Évangile fit dans l’empire des Césars.
C’est aux esclaves que s’adressa, sans hésiter, l’apôtre des gentils. « Vous n’êtes plus serviteurs, vous êtes fils, s’écria-t-il. Tenez-vous fermes dans la liberté pour laquelle le Christ nous a affranchis, et ne vous soumettez plus au joug de la servitude. Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni libre ; vous êtes tous un en Jésus-Christ. Grands et petits, maîtres et serviteurs, vous êtes tous membres du corps du Christ*. »
' Épltre aux Romains, di. vi. — Epitre aux Gâtâtes, ch. iv et v.
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Ce langage hardi et si nouveau, ces grands principes de liberté et d’égalité étaient bien faits pour enflammer les esprits et enivrer de joie, d’orgueil et d’espérance les esclaves romains.
Et non-seulement la foi nouvelle promettait ainsi une universelle émancipation, mais, renouvelant l’antique théorie des Gracques, elle laissait entrevoir une sorte de vaste communisme dans lequel les biens de ce monde seraient également répartis entre tous ceux qui entreraient dans le sein de l’Église Enfin, l’Évangile disait à tous les petits, à tous les opprimés : « Ceux qui sont les premiers seront les derniers. Que celui qui veut dominer sur son frère, devienne au contraire son serviteur *. »
Il est inutile de faire ressortir l’adresse de ces professions de foi. Elles devaient être accueillies aux applaudissements de tous les esclaves de la Rome impériale. Les empereurs ne se trompèrent pas sur leur gravité et sur les dangers qu’elles faisaient courir à l’empire. Ils poursuivirent avec une extrême rigueur les prédicateurs ardents qui, sous le manteau d’une religion nouvelle, excitaient évidemment une autre guerre servile, bien plus redoutable que celle dont Spartacus avait été l’ànie au temps de la république.
La persécution donna de nouvelles forces à la secte naissante, et l’attrait même du péril fut, pour les néo-
' Actes des Apôtres, ch. iv, v. 32.
s MAïniiEu, ch. XX, V. 36 et suiv. ; xxiii, v. 1 1 et suiv.
LKS DÉICIDES.
phyles , un plus énergique stimulant. Les chrétiens poursuivis inaugurèrent, dans Rome même, ce système de sociétés secrètes qui a été, de tout temps, le plus efficace moyen d’action des révolutionnaires. Les réunions mystérieuses tenues dans la nuit des catacombes et si souvent troublées et ensanglantées par l’invasion des soldats et des bourreaux de la police romaine, n’étaient autre chose que des assemblées de conspirateurs, exaltés jusqu’à l’extase par le fanatisme religieux, jurant sur un nouveau symbole l’anéantissement de la tyrannie, résolus, au prix de leur sang, à détruire l’ancienne société et à lui substituer une organisation fondée sur la liberté et l’égalité universelles, avec l’Évangile pour code et le Christ pour maître et pour Dieu.
A toutes les époques, l’action persévérante des sociétés secrètes a fini par atteindre son hut. A cette époque de décadence et de dissolution générale, le succès était bien autrement certain.
A mesure que les fondateurs du christianisme agissaient ainsi dans l’ordre social, ils exerçaient une égale influence dans la sphère des idées philosophiques. Avec la même intelligence qui leur avait fait comprendre que, Rome étant le pivot et le centre de la société politique, vaincre à Rome, c’était dominer l’univers, ils virent
LES DÉICIDES, bien que triompher à Alexandrie, c’était dominer le monde des intelligences. Nous avons dit les points déjà nombreux par lesquels la philosophie alexandriue se rapprochait des doctrines chrétiennes. Le probabilisme des platoniciens de la seconde académie, le pyrrhonisme, l’empirisme et même l’athéisme de plusieurs autres écoles importantes avaient concouru, autant que le progrès de la civilisation et la corruption des mœurs, à ruiner les doctrines politiques, religieuses et morales. Une forte tendance à l’eccleclisme se manifeslait, par raison ou par effroi, chez les philosophes alexandrins. Antiochus, disciple de Philon, avait pris l’initiative de cet essai de transaction, sur le terrain des doctrines de Zenon, île Platon et d’Aristote. Potamon, d’Alexandrie, le suivit dans cette voie. Ammonius Saccas alla plus loin et, combinant le christianisme, les doctrines de l’Orient et celles de la Grèce, en fit sortir un gnosticisme qui avait les plus grands rapports avec la Bible et l’Évangile.
Il n’y avait plus, désormais, qu’un pas à faire de part et d’autre pour s’accorder et s’assimiler complètement. La trinité purement idéale de Platon et des néo-platoni* ciens fut le terrain sur lequel se rencontrèrent et se tendirent la main les représentants de l’ancienne école et les adeptes de la foi nouvelle.
La philosophie mystique reconnut aisément l’hypostase platonicienne dans la triple figure du Père, du Fils et du Saint-Esprit, indivisibles toutefois dans l’unité divine. L’incarnation de l’Être éternel et infini sons une
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figure humaine, la tradition qui le représentait comme ayant vécu de la vie terrestre pendant un temps plus ou moins long était bien une difficulté ; mais cette concession était si nécessaire aux besoins de l’époque, et l’utilité d’une transaction sur ce point était si évidente, que le principe fut admis sans hésitation. Ce fut là une rupture définitive avec le monothéisme pur des Hébreux ; mais cette innovation était en même temps trop opportune pour ne pas y voir une des causes principales du triomphe du christianisme. Le peuple, habitué au culte attrayant des incarnations mythologiques, à la vue des belles idoles de la Grèce et de Rome, n’aurait pas consenti à admettre un Dieu abstrait, essentiellement spirituel, caché mystérieusement dans les profondeurs de l’infini. La Trinité chrétienne avait l’avantage de satisfaire à la fois les philosophes du néoplatonisme et les instincts des masses, tout en réservant vaguement, il est vrai, le principe de l’unité, base et essence du judaïsme.
Il est enfin un autre point par lequel le christianisme domina lasociétéantique,etcelui-là estle plus noble et le plus imposant. Il réagit, dès ses premiers efforts, contre la dépravation des mœurs et la corruption de toutes les classes sociales. Il parla au nom de la morale publique et privée, au nom de la dignité humaine et de l’honneur du foyer domestique, au nom de la chasteté violée, de la vertu audacieusement ou tragée, au nom des lois éter-
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nelles émanées du Dieu qui punit tôt ou lard le vice triomphant.
Le moment était propice pour ces austères prédications. Les efféminés du monde romain, après avoir effeuillé la rose de toutes les voluptés, après avoir épuisé la coupe du sensualisme, étaient blasés et pris d’un ennui profond en face de leur impuissance à inventer de nouveaux plaisirs. Ils sentaient le dégoût sous les fleurs, et la lie impure au fond de flacons de Falerne. Une heureuse réaction s’opérait peu à peu contre les excès monstrueux du paganisme à son déclin. Elle se manifestait surtout dans le sein des familles, où les épouses délaissées, les chastes matrones épouvantées à la vue des désordres de leurs fils, les jeunes filles dédaignées par les débauchés de la Rome impériale, se voilaient tristement la tête, protestant contre les infamies de ce siècle perdu.
C’est parmi ces autres victimes du matérialisme et de l’iniquité, c’est parmi ces douleurs du foyer domestique que les apôtres du christianisme cherchèrent et trouvèrent leur point d’appui le plus puissant. Lorsqu’ils prêchèrent, la Bible et l’Évangile en mains, la sainteté du lien conjugal, le respect des parents, la pureté des mœurs, ils eurent pour eux toutes les femmes de la cité romaine. C’est par elles qu’ils exercèrent peu à peu dans l’intérieur de la famille une influence irré.^islible ; c’est par ellesqu’ils attirèrent à eux les maris et les fils, entraînés à l’exemple de leurs mères, de leurs épouses et de leurs sœurs.
Et, tandis que cette action de chaque jour et de chaque minute se produisait dans toutes les maisons, les affranchis agissaient à leur tour sur l’esprit des empereurs. Ceux-ci, effrayés des progrès de la secte nouvelle, épouvantés delà dépopulation des villes et des champs, firent, mais trop tard, ce que font tous les gouvernements en décadence pour conserver le pouvoir qui leur échappe. Ils prononcèrent ces mots de liberté, d’égalité, de devoir, de réforme politique et morale, qui avaient été, entre les mains des persécutés de l’Église naissante, un si visible instrument de succès *. Ils se firent chrétiens pour retenir à eux un peuple soulevé qui, dans son désespoir, invoquait la mort de l’empire et appelait à grands cris les barbares
Il est inutile de chercher des raisons surnaturelles pour expliquer le triomphe du christianisme dans l’empire des Césars. Les causes que nous venons d’analyser sont assez évidentes ; elles montrent par quel enchaînement de faits politiques et moraux, habilement exploités, le chrbtianisme a envahi et conquis le monde romain et est devenu, grâce à sa victoire au centre même de l’empire, le Catholicisme, c’est-à-dire le dominateur universel.
• Voir, sur ce point, Constant., Cod. TWod., liv. I, tit. 7, loi l‘^ — Gratien et Honorius organisèrent des assemlilées publiques pour discuter les intérêts populaires (lois de 382, Sive intégra; et de 418, Cod. Théod. , liv, XII, tiu 12).
• MAHcnTiN, lu paneggr. Juliani, — Salvten, De Providenlù), v.