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cher le mensonge et l’impiété, celui qui vient entraîner le peuple vers de faux dieux ou vers de fausses idées sur la divinité, celui-là a beau faire des miracles, non-seulement on ne doit pas l’écouter, mais on doit le punir.
Au temps de Jésus, cette doctrine avait pris un développement d’une hardiesse extraordinaire. L’enseignement de la Synagogue n’admettait pas que le miracle suffit pour démontrer même une vérité ; il exigeait que la vérité se démontrât surtout par elle-même.
Nous en trouvons, dans les traditions du second temple, un exemple d’un caractère aussi grandiose que saisissant ; il nous permet d’apprécier à quel point la liberté d’examen, en matière de religion, était en honneur parmi ces docteurs pharisiens que l’Évangile a si étrangement dénaturés devant l’histoire *.
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Dans une des Académies célèbres où se réunissaient les sages d’Israël, une discussion importante s’éleva entre Rabbi Éliézer, une des illustrations de la Synagogue, et ses collègues, sur l’interprétation de certains points dogmatiques touchant les choses pures et impures.
Tous les arguments invoqués par Rabbi Eliézer à l’appui de son opinion avaient été combattus et repoussés par l’unanimité des autres docteurs.
« Eh bien, s’écria enfin l’illustre Rabbin avec indigna-
• Tahnud, Baba-Meziah, p. SI.
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lion, que celte plante de caroubier qui s’élève auprès de nous établisse, par un prodige, que la raison est de mon côté. »
A ces mots, la plaute se détache de ses racines et se transporte du coté opposé.
« Qu’est-ce que cela prouve? s’écrient unanimement les docteurs. £t quelle est, dans la question qui nous occupe, la valeur de ce caroubier ?
« — Eh bien, reprit Rabbi Eliézer, que le ruisseau qui coule auprès de nous vienne démontrer la vérité de mon opinion ! »
Et soudain, ô miracle ! lesondesdu ruisseau remontent vers leur source.
« Eh quoi ! répondent encore les autres docteurs ; que , les eaux de ce ruisseau coulent dans un sens ou dans un autre, quel rapport ce fait a-t-il avec le sujet de notre controverse ?
« — Eh bien, dit Rabbi Éliézer irrité, que les murs de cette salle me servent de preuve et de témoignage ! »
Et les colonnes qui soutenaient l’édifice s’inclinent dociles à la voix du maître, les murailles se lézardent et menacent ruine ; mais Rabbi Tehoschouah, un des plus grands maîtres de son époque, s’écrie : « O murs ! ô murs ! lorsque les sages discutent sur l’interprétation de la loi, qu’avez-vous à faire en leurs discussions ?» Et les murailles s’arrêtent dans leur chute et restent inclinées et suspendues sur les têtes des docleims.
« Que Dieu lui-même prononce donc l’arrêt suprême!
s’écrie Ralibi Eliézer. » Et la fille de la voix * refcnlit du haut des Cieux disant :
« Ne contestez plus la doctrine de Rabbi Eliézer , la raison est de son côté. » '
Mais Rabbi Tehoschouah proteste.
« La raison ni la loi, s’écrie-b-il, ne sont plus dans les profondeurs des Cieux ; et les miracles ni les voix mystérieuses ne peuvent rien, à nos yeux, pour la démonstration de la vérité. C’est à la raison humaine, c’est à là décision de la majorité des sages d’Israël que lu as livré, Seigneur , l’interprétation de la loi ; ce sont les seules puissances qui peuvent prévaloir désormais. »
L’opinion de Rabbi Eliézer, malgré les prodiges accomplis, malgré l’intervention de la voix divine, fut condamnée par les docteurs contemporains.
Et le Talmud ajoute naïvement que Rabbi Nathan ayant rencontré le prophète Élie, et lui ayant demandé ce qui avait été dit dans le ciel sur ce célèbre débat, en avait reçu cette réponse : « L’Éternel souriait et répétait: Mes fils sont les plus forts ! Mes fils ont triomphé ! »
Ce n’est évidemment là qu’une légende où il ne faut chercher la trace d’aucun fait historique; mais c’est une légende qui est tout un système ; elle jette un grand jour sur les véritables idées de la Synagogue et sur les doctrines du Judaïsme en matière de miracles. Il est impossible de n’êtrepas frappé de l’indépendance philosophique
• La tradiiioii talmiidiquo appello fille de la voix ,bath-kol), une voix mystérieuse qu’elle suppose venir du ciel.
qui s’y ruaniffsie et s’y dégage des liens d’une foi
aveugle.
Voilà non-seulement l’esprit de la Synagogue à l’épo(|ue de Jésus , mais encore l’état exact des croyances jMjpulaires.
Le miracle était accepté comme un fait incompréhensible, mais non comme une preuve de divinité ; et, lorsqu’il se bornait à la guérison des infirmités humaines, à une sorte de thérapeutique surnaturelle, il avait encore moins d’imiK)rtance et de signification.
Ce n’était, en effet, ni chose nouvelle ni chose étrange parmi les Juifs, que de voir des hommes inspirés de Dieu guérir les maladies par des moyens incx)nnus ou inexplicables. Les annales hébraïques sont pleines de faits qui semblent indiquer chez quelques hommes privilégiés la faculté prodigieuse de dispo.ser à leur gré de la mort et de la vie. L’histoire des grands prophètes juifs est particulièrement caractérisée par des actes de cette nature; mais pour aucun ils ne sont plus nombreux et plus éclatants que pour Elle et pour Elisée. L’histoire d’Élisée surtout, par la multiplicité et par la nature des miracles accomplis, a une ressemblance très-grande avec celle de Jésus. Élie et Elisée ressuscitent deux fois des morts déjà ensevelis * ; l’un auprès de la veuve de Sarepla *, l’autre
' I Rois, ch. XVII, V. n et suiv. — II Rois, cîi. iv, v. 32 et sniv.
• Ibùi., ch. XVII, V. 12 et suiv.
auprès de la femme Sulamite *, multiplient de la farine, de l’huile et d’autres objets propres à servir de nourriture. Lorsque la famine règne à Guilgal, Élisée nourrit tout le peuple avec une seule marmite de potage et vingt pains d’orge, « et tout le monde en mangea, dit le texte, et il en resta encore *. » Il guérit Naaman le lépreux * et un grand nombre d’autres malades ; enfin sa vertu merveilleuse était si grande, qu’un mort qu’on ensevelissait ayant été jeté par mégarde dans le sépulcre d’Klisée, se leva aussitôt sur ses pieds au contact des os du prophète, et revint à la vie *. La légende juive alwnde en récits analogues, témoignant de la sainteté de certains a hommes de Dieu, » comme on appelait les prophètes, et de la faveur avec laquelle l’Éternel écoutait leurs prières lorsqu’ils intercédaient pour le peuple ou pour les individus.
A l’époque de Jésus, il existait en Israël une nouvelle classe de faiseurs de miracles qui, sans être prophètes, accomplissaient cependant, disait-on, des actes surnaturels par la vertu toute-puissante du Nom Ineffable. C’étaient des thaumaturges, des adeptes des sciences occultes dont la kabbale, si vénérée dans la Synagogue ancienne, était une des formes les plusrépandues. La tradition a conservé le souvenir de divers magiciens qui, dit-on, étaient contemporains de Jésus, notamment de
* Il floii, ch. IV, V. 1 ei suiv.
* II H'jis, ch. IV, V. 40 el suiv.
’ Il liais, ch. v.
* 11 Rois, ch. XIII, V. 21.
ÜO LES DÉICIDES.
Simon, dont il est question dans l’Evangile lui-même ; elle parle d’une foule de docteurs cabbalistes, courbés sans cesse sur le grand œuvre qui, jusqu’à nos jours mêmes, a été la préoccupation et la recherche ardente de tant d’intelligences élevées, dans le but d’arracher aux puissances célestes ou infernales, et jusqu’à Dieu luimême, une partie de leur pouvoir.
Au reste, dans les croyances juives, ce n’est pas à Israël seul que le don des miracles pouvait être accordé par le Tout-Puissant *. Les païens eux-mêmes, en dehors de l’inspiration divine, sont partout représentés dans la Bible comme capables de réaliser des prodiges égaux à ceux des plus grands prophètes. Les magiciens de Pharaon reproduisent, après Moïse, chacune des plaies dont le libérateur d’Israël frappe l’Egypte au nom du Dieu vivant. Balaam prophétise aussi merveilleusement que les Voyants hébreux.
Ainsi les miracles, les guérisons surnaturelles constituaient, pour le peuple juif, un fait auquel ses yeux et son esprit étaient dès longtemps habitués, et qui, s’il était le signe d’un pouvoir mystérieux supérieur au commun des mortels, n’était cependant point une preuve de divinité. On pouvait voir, dans l’homme doué du don de guérir, un magicien, un inspiré, un prophète, mais jamais on n’avait vu en lui un Dieu.
> O Je jure par le ciel et par la terre, disait un illustre docteur d’IsraCI , que l’Esprit divin peut descendre sur l’idolâtre comme surl’Hé- breu. n Jaikut Jeoschouah, p. 0-2.
Maintenant, en examinant les miracles réalisés par Jésus, d’après le récit évangélique, on voit qu’ils avaient essentiellement pour but le soulagement des infirmités humaines. Il ouvrait les yeux des aveugles, rendait la parole aux muets, ressuscitait les morts, redressait les paralytiques. Comme Elie et comme Elisée, il multipliait, pour nourrir tout un peuple, quelques pains et deux ou trois poissons ; comme eux il rappelait à la vie des cadavres couchés dans le tombeau. Ces faits, que la science moderne a voulu expliquer par des moyens naturels, répandus alors de toutes parts dans le peuple, accroissaient l’autorité, le prestige et la réputation du nouveau Rabbi ; mais personne en Judée, ni en Galilée, ni ailleurs, ne songeait à y rattacher des idées de divinité.
L’opinion générale, d’après les Evangiles, était qu’un nouveau prophète avait surgi en Israël. Lorsque Jésus arriva à Jérusalem, où, précédé par une grande réputation, il causa une sensation générale, le peuple s’écriait : « Yoici Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée *. » Et l’Evangile dit que les pharisiens et les chefs des pontifes, malgré les objurgations violentes dont ils étaient l’objet de sa part, n’osèrent pas d’abord le faire arrêter, parce qu’ils redoutaient un soulèvement des masses qui le considéraient comme « prophète *. »
' Et cuti) intrassct Jirosolym:im, commota est universa civitas, diceiis : Qiiis est hic? — Populi autem dicebaiit: Hic est Jésus ^ropheia h Nazareth Galilææ. — Mattuieu, ch. xxi, v. 10 et II.
’ MATTKIEC, X.XI, V. ?G.