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trine qui a causé les schismes, qui a été le principal sujet do dispute entre les Papistes et les Protestants, dit très superficiellement le superficiel auteur. Le désaccord sur la forme du gouvernement ecclésiastique a causé les neuf dixièmes des querelles et des maux de la chrétienté. Ainsi la haine de l'Eglise, plus forte que la haine des dogmes , amène presque l'absolution de la superstition et de la théologie.
Jusqu'ici Toland n'apparaîtrait que comme un successeur, beaucoup plus violent, de lord Herbert de Cherbury , comme le déiste qui inaugurerait la période aiguë de l'école. Mais dans ses écrits sur l'histoire, plus encore dans ses écrits sur la philosophie, son déisme lui-même, par les côtés afflrmatifs, est gravement compromis. 11 le serait plus encore sans le désordre et l'inconséquence de cet^^esprit, qui ne paraît pas se rendre comiite des contradictions. Bien que cette Iroisième partie semble être un peu à côté do mon sujet spécial, elle ne saurait être supprimée de ce travail sans le rendre incomplet : n'imporle-t-il pas à l'histoire du dérsme, même dans ses rapports avec la religion chrétienne, de voir combien il a de peine à se maintenir dans sa propre formule, dans les bornes des fameux articles où lord
Herbert de Cherbury avait cru l'enfermer et le fortifier pour toujours?
Si Toland s'occupe, comme lord Herbert, de l'histoire des religions , dans le même esprit en apparence , on voit bien qu'il n'a pas les mêmes intentions. Qu'il s'occupe de Tite-Live ou des Origines Judaïques [l), le but est celui-ci : détruire la croyance en toute religion comme ayant une origine divine , montrer que toutes tes religions sont des inventions d'une politique royale ou sacerdotale ; et le but est d'autant plus celui-là, que le mélange voulu de l'histoire du polythéisme romain avec l'histoire de la religion du Dieu de Moïse , l'affectation d'une haute et indifférente impartialité dans la manière de les traiter (2) , fera dire au lecteur chrétien : « Ma croyance pourrait bien ne pas mieux valoir qu'une autre. » C'est la méthode habituelle de Toland ; rarement il enseigne directement au lecteur ce qu'il doit croire ou ce ce qu'il doit nier ; le lecteur est mis sur la voie pour qu'il trouve lui-même. Ainsi, dans cet ouvrage, il lance d'abord cette pensée, pour qu'elle germe dans les esprits : « La superstition est autant sinon plus funeste à la chose
(1) Àdeisidsdmon sive Titus Livius a superstittone vindicatusi avec la dissertation sur les Origines judaicse. Hagse, 1709.
(2) « Neque ut gratiam uilam aut injuriam Judsels facerem, sed suus ut stet historise honos ac auctoritas , et ut superstitionis errori veritas religionis anteponatur. »
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publique que l'athéisme. » Après quoi il proteste que l'athéisme est une chose détestable, que la superstition peut être supportée, que l'athéisme ne le peut pas. Il s'en rapporte au lecteur pour ne pas prendre au sérieux cette apologie, et pour arriver de lui-même à cette conclusion : L'athéisme vaut mieux que... la religion (superstitieuse) que l'on m'avait enaei-
Malgré les ignorances historiques dont il était rempli, le double traité fit du bruit. Tandis que notre E!ie Benoit (1) répondait, non sans esprit mais beaucoup trop longuement, l'académicien Morin (2), moins patient, renvoyait M. Toland à l'école, pour y recevoir la férule et le fouet, en punition de ses solécismes.
Leibnitz, qui avait reçu un exemplaire, remercia l'auteur dans une lettre clairvoyante (3), où en faisant la part de la politesse inévitable en semblable occasion, Toland aurait pu trouver un avertissement sévère : « Pour ce qui est de votre but, j'avoue qu'on ne saurait assez foudroyer la superstition , pourvu qu'on donne i les moyens de la distinguer de
(1) Uélangu da remarques... tur lei deux disseriaiions de t. Toland. Delf, 1712. Bibl, place Vendômo.
(2) V, les Dissertalions relatives li Huet [que Toland avait attaqué), recueillies par l'abbé de Tilladet, La Haye, \1%0.
(3) Desmaiseaux donne cette lettre, écrite en français et dat(>e de Hanovre, 1709, dana le t. H doa IfiscflS., p. 3B3.
70 LES DÉISTES ANGLAIS fiT LE CHRISTIANISME.
la véritable religion; autrement on court risque d'envelopper l'une dans la ruine de l'autre auprès des hommes, qui vont aisément aux extrémités... Vous faites souvent mention, Monsieur, de Topinion de ceux qui croient qu'il n'y a point d'autre Dieu , ou d'autre être éternel que le monde. Comme cette opinion, que vous marquez rejeter vous-même, est aussi pernicieuse qu'elle est mal fondée , il eût été à souhaiter, Monsieur, que vous ne l'eussiez rapportée qu'avec une réfutation convenable, que vous donnerez peut-être ailleurs. Mais il serait toujours mieux de ne pas différer l'antidote après le venin. »
Au fond, et sur un ton plus charitable, Leibnitz est, sur les intentions de Toland, de l'avis de Morin : « C'est Dieu même qu'il attaque, c'est Dieu qu'il veut détruire , c'est sa religion qu'il veut abolir. Le seul Dieu qu'il reconnaît, c'est la nature et la machine du inonde , mue mécaniquement et aveuglément par elle-même, et sans le secours d'aucune intelligence agissante. » Que signifie ce langage, et même la dernière phrase citée de Leibnitz ? Nous n'avons encore rien vu qui justifie, ni une telle sortie , ni une telle leçon. C'est que les deux critiques faisaient allusion aux Lettres à SerenUy publiées depuis quelques années (1); on pourrait
(t) En 1704. Nous en avons une traduction sous le titre de
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même croire qu'ils avaient prévu le dernier et le plus bizarre (1) des opuscules de Toland. Il Qous apparaît alors sous un aspect quelque peu nouveau; je ne dis pas un aspect imprévu, car le déisme pur est une frontière e'troite où bien peu se sont maintenus sans revenir plus ou moins au Dieu vivant de l'Evangile, ou sans glisser, de l'autre côté, dans la philosophie oublieuse de Dieu.
Donc, dans ces épîtres adressées, croit-on, à la première reine de Prusse, le déiste qui n'est plus guère déiste exprime cette idée : Le mouvement est une qualité essentielle et éternelle de la matière, de sorte qu'il n'est plus nécessaire de recourir â un moteur, et à un moteur intelligent. Leibnitz avait parfaitement compris, comme Morin , comme quiconque savait lire entre les lignes, qu'il s'agissait de l'éternité même de la matière , et de la suppression de Dieu. L'auteur se réfugiait dans ses précautions ordinaires : « Ceux qui croient que la matière a été créée peuvent aisément supposer que Dieu au commencementlui a donné de l'action aussi bien que de l'étendue ; quant à ceux qui croient
Leltrei philosophiquei, Londres, t7G8, altribude au baron d'Hol' bach. Ce petit recueil comprend quatre sujets en cinq li^ttrea : L'origine et la force des préjugés, l'immortalilË do l'Ame chez les païens, l'idolâtrie, la malière dans sos rapporta avec le mouvement.
(1) Pantheistieon. Oosmopoli, 1720.
la matière éternelle, ils pourront la supposer active de toute éternité, de même qu'elle est éternellement divisible. » C'est fort bien, il y en a pour le goût de chacun, et l'on serait mal venu à se plaindre de tant de largeur.
L'immortalité de l'âme n'est point combattue, tant s'en faut , car l'auteur déclare que nous y croyons comme chrétiens à cause des lumières de la révélation. Mais il explique en même temps que cette doctrine a été reçue par les peuples étrangers à cette lumière spéciale parce qu' « elle flattait les hommes de l'espoir d'obtenir ce qu'ils désirent le plus fortement, c'està-dire de continuer à exister au delà du trépas. » Les cléricaux malveillants traduisent ainsi la pensée de Toland : L'immortalité est une illusion. Mais les prêtres sont capables de toutes les calomnies !
Toland leur marque du reste qu'il ne les a point oubliés , même dans cet ouvrage philosophique. « Le prêtre n'est pas moins alerte que les commères; il s'empare promptement de l'enfant pour le mettre dans l'esclavage; il Tinitie à ses mystères , en prononçant de certaines formules qui ressemblent à des enchantements, en lui appliquant ou du sel, ou de l'huile, ou de l'eau... il en prend ainsi possession. » Voilà pour le baptême, et voici pour le ministère : 4c II y a des hommes payés par la société et séparés des autres dans presque toutes les na-
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lions, non pour détromper ou éclairer leurs concitoyens, mais pour entretenir les peuples dans leurs erreurs. » Suit une distinction méchante, et non sans esprit, qui est déjà presque du Voltaire : « On trouvera peut-être ceci très injurieux , mais on ne saurait l'appliquer à un clergé orthodoxe. Quaot aux prêtres des autres religions, on peut sans témérité le leur appliquer, vu qu'ils sont hétérodoxes ou hérétiques. On nous répète tous les jours dans la chaire des choses étranges et des histoires merveilleuses qui souvent n'ont aucun rapport avec notre religion; le prédicateur profite du silence de l'auditoire pour faire passer ses propres opinions pour des oracles divins. Chacun ne conviendra pas de ce que je dis pour sa propre secte, et noua savons. Madame, que cela n'est point applicable à la religion que nous professons; cependant chacun dira la même chose, et se croira très fondé à le dire, en parlant de la secte dont il n'est point. »
Quant au Panthéisticon , ce qu'il a d'important pour l'histoire de la philosophie, c'est son titre. Les doctrines panthéistes existaient depuis longtemps, mais elles n'avaient pas trouvé le nom capable de les caractériser : John Toland leur a donné ce nom bien imaginé et qui a fait fortune , le panthéisme. Du reste rien de plus bizarre que cette brochure, ou cette fantaisie. Elle nous apprend qu'il existe une so-
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ciélé de libres-penseurs, — autre mot destiné à se répandre , que Collins venait d'inventer, — qui se réunissent dans des repas socratiques pour causer librement, sans aucun préjugé religieux ou autre, de toutes les questions, de celles qu'on appelle sacrées, de celles qui sont profanes. Panthéistes est leur nom, à cause de leur doctrine sur Dieu et l'Univers, qui n'est point celle des Epicuriens (1). Vient ensuite une sorte de liturgie, parodie des liturgies chrétiennes et surtout de la liturgie romaine. Le président officie , les autres donnent les répons (2). Ce qui est plus important que cette comédie indécente, c'est que l'auteur donne à la fin de l'opuscule , la théorie de son hypocrisie. On reproche, dit-il aux philosophes, d'avoir une doctrine double , une qu'ils accommodent aux dogmes vulgairement reçus , et une entre eux, ésotérique. Mais ils font très sagement, car autrement le monstre de la superstition les
(1) • Non religionibus patriis neque legibus împediti, de rébus omnibus , lam sacris (ut dicitur) quam profanis, libcrrimo cum judicio, et ablegatis quibuslibet prœjudicationibus... disquirunt. Pantheistœ ut plurimum vocantur, prop^er sententiam de Deo et Universo sibi propriam, epicureis vero... e diametro oppositam. »
(2) Exemples : Le Prés. : Floreat philotophia. — Rëp. : Cum artihus politiorihus — Favete linguis. Veritati, lihertatiy sanitati, triplici sapientum voto , cœtus hic sacer esto — Et nunc et semper,
— Vers la fin, c'est plus gai. Le Prés. : Libemus. — Rép. : Fiat-
— Propino in honorem sodalitatis — PoeuUs poscimus majoribvu.
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dévorerait; ils ont donc raison d'avoir une chose dans la pensée et une autre sur la bouche (1). Voilà le dernier mot, et comme le testament de Toland.
(1) « Hinc necessario evenit, ut aliud sit in pectore et privato concessu, aliud in foro et publica concione. »