HERBERT ET LE DÉISME AU OIX-SEPTIJÈMB SIÈCLE
il montra la plus grande indifférence pour le sacrement de la Gène que, finalement , il ne reçut pas. Il mourut en léguant au monde protestant et philosophique le système dont nous ayons seulement indiqué la substance et que nous allons examiner.
Le système de Herbert, dans ce qu'il a d'essentiel, peut se ramener à trois grandes questions : ,
Quels sont les signes auxquels on reconnaît la religion véritable et incontestable ?
Quels sont les dogmes de cette religion naturelle î
Quels sont les rapports de cette religion naturelle avec les religions positives qui existent ou ont existé?
Une révélation ou la prétention d'avoir reçu une révélation n'est pas le signe indiscutable de la vraie religion. « Il peut y avoir de fausses révélations. » Tous les arguments d'autorité peuvent aussi bien étayer une religion fausse que la religion véritable. Ils ne prouvent rien, ils ne s'imposent pas à l'esprit. La diversité des religions, toutes appuyées sur des arguments de ce genre, suffit à prouver que ces arguments ne valent rien. Et pourtant est-ce à dire que
18 LgB DélBTEB AN0LAI8 BT LB CHRISTURIgMB.
toutes CCS religious soient le résultat du mensonge, des fables accumulées dans les livres par les siècles crédules, de cette multitude de rites et de traditions qui se disputent la foi du croyant? Non, sans doute, il y a de la vérité là-dedans, la vérité est là-dedans, il s'agit de la dégager ; mais comment ?
Ici intervient un principe qui est le fond, non seulement de la théologie naturelle, mais de toute la philosophie de Herbert, à savoir : le principe des notions communes. Il y a des notions communes ou vérités universelles qui s'imposent à tous les hommes ; lorsque vous 1(!S rolrouvez partout dans l'intelligence humaine, vous avez mis le doigt sur la vérité, L'acceptation universelle d'une opinion comme étant la vérité lui doit faire attribuer le caractère do vérité. Et pour ce qui concerne la religion, c'est-à-dire la vérité laplusessentielleàl'homme, si l'on retrouve dans toutes les religions, malgré les querelles qui les divisent, certaines affirmations, toujours les mêmes, c'est que ces affirmations universelles convstituent la vraie, Tincontestable religion. « La doctrine des notions communes, dit Herbert, peut tellement servir, qu'il n'est pas possible de bien reconnaître et discerner la révélation ni la religion sans leur aide... On ne peut rien établir sans les notions communes, dont je fais tant d'estime, que je crois que le livre, la religion et le prophète,
BBHBiaT BT LE DÈIBUG AU DIX-SBPTIËMB SIÉCLB. 19
qui approche le plus près de l'observation â'îcelles, sera le meilleur. »
Or , il existe , — et noua arrivons à la deuxième question, cinq notions communes religieuses qui sont les cinq dogmes de la religion naturelle ou, comme dit assez singulièrement Herbert, de la véritable Eglise catholique. Les voici :
D'abord , l'existence de Dieu , d'un Dieu suprême. On a différé sur l'unité ou la pluralité de la divinité, jamais sur l'existence d'un Dieu très bon et très grand. Que Dieu est heureux, qu'il est la fln, la cause, le moyen de toutes choses, qu'il est juste, bon, sage, c'est la croyance universelle. Qu'il soit infini , tout-puissant, libre, ce sont des attributs sur lesquels on a discuté; mais Herbert croit pouvoir les rattacher aux idées fondamentales et, par suite, les regarder comme incontestables. Et les athées? Herbert nie qu'il existe des athées : il y a seulement quelques hommes blessés des attributs horribles et mensongers que l'on prête à la Divinité et qui aimeraient mieux qu'elle n'existât pas. L'existence de Dieu est donc la première notion commune, le premier dogme de la religion naturelle.
Le second, c'est que ce Dieu doit être l'objet d'un culte : le témoignage est universel sur ce point aussi.
Le troisième article, c'est que l'essence de ce culte doit être la vertu et la piété.
Le quatrième, c'est que faire le mal est contraire à la conscience et exige le repentir. Nous avons une tache originelle qui consiste tout simplement dans Timperfection de notre nature, dans ce qu'il y a de bestial en nous. Mais la bonté de Dieu nous a donné la liberté. Réjouissons-nous d'être libres, c'est-à-dire de pouvoir être méchants , afin de nous plaire par là même dans le bien, et rendons grâce au Dieu très bon et très grand.
Enfin le cinquième dogme , étroitement uni au quatrième, c'est qu'il y a une vie future avec rétribution, des peines et des récompenses.
Telle est la religion naturelle ou universelle que l'on retrouve sous toutes les religions proprement dites, chez tous les peuples et dans tous les temps. Mais ce déisme ne dispense-t-il pas de toute religion positive, ou même ne condamnerait-il pas, en la déclarant inutile et mauvaise, la meilleure des religions positives, le christianisme? Telle est la troisième question qui se présente, ou plutôt qui s'impose, la plus importante au point de vue du présent travail. C'est aussi la question qui avait causé les hésitations de Tauteur à publier son livre^ celle qui lui cause le plus d'embarras. Sa préface le prouve bien : « Je te donne avis dès le commencement de cette œuvre, mon cher lecteur,