HERBERT ET LE DÉISME AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
nels du déisme. Ce sont ces principes, ces articles, qui la déclarent bonne ou mauvaise, selon qu'ils s'y retrouvent ou ne s'y retrouvent pas. Encore une fois, puisque les .religions positives n'ont de bon que ce qui est dans la religion naturelle, pourquoi les conserver? A quoi sert la révélation ? Peut-il y avoir une révélation ? Herbert s'efforce de répondre à ces questions faciles à prévoir, dans divers passages de son livre : « L'on doit établir les préambules et fondements de la religion par la lumière de la sapience universelle , afin que tout ce que Ton y ajoutera après par la force du dictamen véritable de la foi , ressemble aux toits des maisons, qui supposent et suivent les fondements... Nous serions ingrats si nous ne confessions qu'il y aussi quelque vérité révélée, dont la raison est pourtant si éloignée de l'autre vérité, que le fondement de notre vérité dépend de nos facultés , et celui de la révélée dépend de l'autorité de celui qui le révèle. Il faut donc procéder avec bien de la prudence, avant que de décider de la révélation. Néanmoins, je conseille que l'on croie à la révélation , lorsque les conditions suivantes y interviennent : dont la première est qu'il faut user d'oraisons et de vœux de toutes les facultés qui provoquent la Providence tant particulière qu'universelle, avant de consulter la révélation; la seconde est que la révélation soit
faite à vous-même , car lorsque Ton reçoit la révélation de ceux qui Tont immédiatement, ce n'est plus révélation , mais tradition ou histoire; la troisi^e condition est que la révélation doit nous persuader quelque bien, car c'est de là que l'on discerne les fausses d'avec les vraies; la quatrième est que celui qui embrasse une révélation doit sentir particulièrement le mouvement de Dieu... Tout sentiment divin et bienheureux que nous ressentons dans
l'intérieur de la conscience est une révélation ;
quoique, à proprement parler (c'est-à-dire dans l'acception ordinaire du terme), il n'y ait point d'autres révélations que celles que le sens intérieur connaît être par-dessus la providence ordinaire des choses ; c'est pourquoi, si l'on n'a ce sentiment surnaturel, il faut croire que Dieu a seulement usé de sa prudence ordinaire. Je considère tous les articles de la foi comme éclairants par leur propre lumière, de sorte que s'ils ne reçoivent leur autorité de la révélation dont nous soyons assurés, ils sont aussi bien sujets à l'examen comme les autres opinions; néanmoins Dieu se sert de toutes sortes de moyens par sa grande bonté... Tout ce qui a été pieusement dit ou fait en tout temps et partout, suivant le rapport des histoires, peut être reçu avec une grande foi et avec action de grâces, lors particulièrement que l'on n'y aperçoit nulle contradiction. »
hbsbeut bt lb dëibhb An dix-sbftiëmb biëclb. 25 Quant à la loi et à la grâce : « Je yeux examiner si leg préceptes contenus au Décalogue Bont des notions communes ou des vérités rêvéi... J'estime qu'il les faut mettre entre les communes notions, attendu qu'on les trouve en toute sorte de loi et de religion... Ce sont les communes notions auxquelles on croit pieusement que Dieu a ajouté l'explication par révélation ou par sa providence particulière; ceque nous croyons d'autant plus volontiers, que bien qu'il y ait de l'apparence que les premiers hommes aient vécu quelque temps dans l'état [ d'une nature bien réglée, néanmoins parce que I par la corruption de leurs mœurs ils ont été [prévaricateurs contre leur conscience, il est [ raisonnable de croire que Dieu leur a prescrit I ces règles pour bien vivre dans l'avenir. Je crois I que l'on satisfait abondamment à la grâce en disant que c'est d'elle que les œuvres tirent leur perfection... Il faut remarquer une fois pour toutes que c'est par la grâce que nos ac- , lions sont perfectionnées et qu'elles sont agréables à Dieu, afin que les docteurs qui croient [ être entièrement dans la voie de la grâce ne s'imaginent point que je ne donne pas ce qu'il faut à la grâce, quoique je soutienne que les principes des bonnes actions dérivent des notions communes ou de la sagesse divine qui nous est départie, comme enseigne aussi le . sentiment intérieur. »
26 LB8 DÉISTBS ANGLAIS ET LB CHRI8TIANISVB.
Il fallait citer et grouper ces passages épars du De veritate^ à cause de leur importance dans l'histoire et dans les développements successifs du déisme. En définitive, la révélation ou d'autres manifestations surnaturelles et spéciales de la puissance divine n'ont qu'une valeur secondaire et surérogatoire. D'ailleurs à quoi peut-on leur reconnaître ce caractère de révélation, de commandements divins? A leur conformité avec les notions communes. Ainsi les vérités universelles, les cinq dogmes du déisme, restent le signe et le juge du divin. Dès lors, malgré les efforts pénibles de Herbert pour laisser une place au surnaturel , on peut conclure, avec M. de Rémusat, que dans sa pensée la religion révélée tombait au rang d'un vénérable accessoire.
Tel est le déisme de Herbert. Beaucoup d'apologistes anglais, Baxter, Halyburton, Sykes,etc., l'ont attaqué directement ou indirectement. Le luthérien orthodoxe Kortholt l'a rangé dans le collège des trois imposteurs , en compagnie de Hobbes et de Spinosa (1), et l'a accusé d'athéisme, parce que saint Paul dit que ceux qui sont séparés du Christ sont sans Dieu en ce monde. Les critiques de Leland (2), de Taba-
(U De tribus impostoribuSf Kicl, 1600. Il ne s'agit pas de l'ouvrage introuvable, sous ce môaie titre , attribue à Averroès (V*. Renan, Averroès et l'ÀverroUme. Paris, 1852).
(2) A View ofthe deist. writ.^ lettres I et II.
r LB DÉIBMB AU 013-BBPT1BUB SIBOLE. 27
raud, de M. de Rémusat sont plus modérées et en général bien fondées. Je vais les résumer en y ajoutant ma part d'observations.
Je distinguerai dans cette théorie la partie affirmative et la partie négative. L'ambassadeur philosophe affirme dogmatiquement la religion naturelle avec le caractère universel do ses cinq
I articles. Eh bien , il faut remarquer d'abord
L que son bagage d'observations est absolument insuffisant pour des affirmations pareilles, Il ne savait pas tout ce qu'on savait (Je son temps, et surtout l'on était très loin de savoir ce que l'on sait aujourd'hui sur la masse énorme de faits
. historiques, ethnographiques, géographiques, qui constituent les matériaux de l'histoire des religions. Or sa méthode exigeait des informations complètes. En prétendant pronver que les
I cinq articles se retrouvaient chez tous les peuples actuels et anciens, il se mettait dans la i de connaître toutes les religions pas- 3 et présentes; et tant qu'il n'avait pas vérifié sur chacune d'elles son assertion, tout son système restait en souffrance.
Dira-t-on que c'est trop exiger, qu'aucune loi e serait possible à dégager si l'on réclamait
I la production de la totalité des faits qui s'y rapportent? Soit, mais au moins fallait-il connaître les principaux, e) vérifier les cinq articles dans la plupart des croyances ayant existé ou existant parmi les hommes. Or la mythologie
grecque et romaine, interprétée arbitrairement et mal connue, l'islamisme, plus mal connu encore, formaient un ensemble trop restreint. Et il n'est que trop clair que si Ton ajoute à ce que lord Herbert croyait connaître tout ce qui lui
manquait sur les religions de l'extrême Orient, par exemple, et sur celle de plusieurs peuples sauvages, les cinq fameux articles ne se retrouvent plus du tout d'une manière universelle. Et d'ailleurs les déistes qui sont venus après Herbert se sont chargés de le combattre sans le vouloir, en rejetant, comme on le verra dans la suite de cette étude , des portions très importantes de son symbole. Donc au point de vue des faits, de l'observation et de l'expérience, le déisme de Herbert est difficile à soutenir.
Il n'est pas plus solide au point de vue spéculatif. Toute sa théorie des notions communes est intéressante, mais elle n'est pas probante. Rien ne nous démontre que le consentement général des hommes , à le supposer réel , soit une preuve de vérité , ni pour la religion ni pour autre chose. L'humanité tout entière n'at-elle pas cru, pendant de longs siècles, que le soleil tournait autour de la terre immobile? Et ce consentement général donnait-il tort aux rares individus qui sont venus soutenir le contraire? Non, la vérité n'a pas nécessairement pour caractère l'universalité de croyance, et l'universalité de croyance ne prouve pas la vé-
r BT LB DÉISUB AU iini-SGPTIËUB SrÈOLE. 19
rite. Au total Herbert a rendu service à la cause de, la croyance en Dieu et en la vie future; mais ses observations ne sont ni complètes ni décisives. Il a bien fait d'attirer l'attention sur le témoignage général en faveur de la vérité, mais il n'a pu nous décider à accorder à ce témoignage une preuve de vérité qu'il ne porte point en lui.
La partie négative du système de Herbert, et à vrai dire ses attaques contre le christianisme, consistent dans la prétention de se passer plus ïioins de la religion révi^léo et déjuger la ' religion révélée. On pciit, sans résumer toute l'apologétique chrétienne, répondre brièvement à ce qu'il y a de plus particulier dans sa doctrine.
Herbert s'appuie volontiers sur l'opinion
générale de l'humanité. Eh bien, y a-t-il un
mouvement plus général que celui qui porte
l'humanité vers une religion positive, vers la
véritable religion positive qu'elle cherche avec
I ardenrî Comment se fait-il donc que jamais un
peuple, ni même une partie d'un peuple, ne se
I soit mis à vivre de cette religion si claire et
si simple en cinq articles? Comment se fait:-il
que l'humanité, qui n'a pourtant pas manqué
d'hommes éminents et d'écoles éminentes, ait
I attendu le lord de Cherbury pour dégager sa
' véritable religion? Plus cette religion est simple
. et claire, et plus il est étonnant qu'elle ait été
30 LES DÂISTBS ANGLAIS ET LB CHRISTIANISMB.
constatée si tard. II faut donc que ce soit une opération abstraite et artificielle qui ait isolé ces cinq principes; leur indépendance à l'égard de la religion proprement dite est donc artificielle aussi et chimérique; ils n'avaient pas, ils n'ont jamais eu une existence réellement séparée et indépendante; si Herbert les a trouvés, c'est qu'ils existaient dans la religion chrétienne positive qui avait rempli l'éducation de sa jeunesse; et tandis qu'il croyait se livrer à l'expérience et à la méditation métaphysique, il récitait des morceaux détachés du catéchisme chrétien.
Dieu existe ; il faut lui vouer un culte , il faut l'honorer par la vertu et la piété ; on doit se repentir de ses fautes ; il y a une vie future heureuse ou malheureuse selon la vie de l'homme ici-bas, ce n'est ni une religion naturelle ni une philosophie qui se dégage naturellement des croyances antérieures au christianisme et étrangères à la révélation, ce n'est pas un résumé que Ton puisse extraire légitimement de ce chaos de doctrines adverses ; ce sont des fragments précieux et incomplets du catéchisme chrétien. Illusion d'optique à vrai dire que ce déisme : il ne résiste ni à la flamme puissante et sombre des écoles philosophiques modernes, ni à la pure lumière du christianisme évangélique. Il n'apporte aucune solution sur les questions vitales du péché et du salut.
Ce qu'on peut dire eo sa faveur, c'est qu'il
des câtés généreux et honnêtes, il croit à la
» dignité de l'âme humaine, il est aussi incapable d'avilir le monde qu'il est impuissant à le sauver.
Hobbes fait-il partie de l'bistoire du déisme anglaisï Je ne crois pas que cette école, quelles que puissent être ses erreurs, mérite qu'on lui attribue ou qu'on lui inflige c.' philosophe nuisible et répuguaiit. Tous les déistes ont cru à quelque chose, ne fût-ce qu'à des négations; Hobbes ne croit à rien, ni à l'âme spirituelle et immortelle, ni à une foi personnelle quelconque, ni à la grandeur morale. La puissance que Herbert et ses successeurs confèrent à la raison, Hobbes la confère au prince, chef absolu du corps politique, seul juge de la religion et de la vérité. Peu importe qu'il reconnaisse l'existence de Dieu et une certaine révélation. Pen importe qu'il reconnaisse les écrits du I Nouveau Testament comme probablement aul.thentiques, bien que n'ayant pas eu d'autorité Iposilive dans l'Eglise iivant le concile de fLaodicée. En définitive, dans le chaos des sujerstitions dues à l'ignorance et à la peur, le Srince a seul qualité pour choisir ce qui est rrai et pour en imposer la croyance à ses
32 LB8 DÉISTES ANOLAIS ET LB CHRISTIANISMB.
sujets. Si la loi politique ordonne de renier le Christ, il faut renier le Christ; ce n'est pas vous qui le reniez; vous n'êtes pas responsable; c'est la loi do votre pays (1). Les martyrs sont dos niais. — Méprisons et passons.
Ce serait pourtant une erreur de croire que Hobbes soit resté sans influence sur le déisme anglais. Il a profondément troublé les idées et éveillé les passions de ceux-là même qui, en politique par exemple , avaient horreur de ses théories. Cet auteur favori des courtisans de Charles II communiquait aussi son esprit méprisant, tranchant et amer à un libéral tel que Charles Blount, soutien de la liberté de la presse et de la révolution défensive de 1088. Blount n'est pas un génie novateur ; comme le dit Lechler, il est un produit et non pas un facteur ; en lui , des idées de Herbert sont unies à l'absolu de Hobbes par un
(l) Voici le texte du Léviathant éd. anglaise, ch. XLII: u But what (may some object), if a King, or a Senate, or other soveraign person forbid us to believe in Christ? To this I answer, that such forbidding is of no effect ; because belief and unbelief ne ver folio w mens commands... And if it be furtber asked, what if we be commanded by our lawful Prince , to say with your tongue, we believe notj must we obey such command? Profession with the tongue is but an external thing, and no more than any other gesture whereby we signifie our obédience... that action is not his, but his soveraings; nor is it he that in this case dénies Christ before men, but his governour , and the law ofhis country. »
HEBSERT BT LK DÉIBUË AU DIS-BEPTIÈMB BIKCLR. 33
caractère bizarre et violent qui fait son originalité, et qui la montre dans l'histoire du déisme comme un homme de transition. Si ce n'est pas un penseur vraiment nouveau, c'est un tempérament nouveau ; il annonce la période aiguë , la génération haineuse , dont Toland sera l'initiateur. A quelques égards , ce serait même un gentleman excentrique et hypocondre des temps tout à fait modernes. Un moment distrait de la philosophie religieuse par la politique, il fut malheureusement distrait de la politique par une passion ; ne pouvant la satisfaire, il se tua d'un coup do pistolet (1) (1693) ; il n'avait pas quarante ans ; mais il laissait plusieurs ouvrages qui avaient produit un grand scandale vers 1678 et 1680.
La traduction de la Vie d'Apollonius de Tyane (2) par Philostrate , et surtout les notes
(l)8on ami Gildon, qui a publié plusieurs de ses écrits, fit une apologie impudunte de son suicide; » He Jeft life lilie a tempest- ' bealen traveller h slorray voyage, and welcom'd Death, as the Kind Pilol , that would certaioly conducl tiim lo hia eternal re- . pose and tranquility, Tbat he mlght ratioaally and justly put an 1 to nbat he eiperimenlally Tound au evil. » Eo tâte dos JUi> «HoTieom Works of Charles Blount, 1695. Dans l'exemplaire de la bibliolb. de Genève sûut réunis les opuscules précédents de Blouat. ^nima mundj, etc., que la pobce avait supprimés deaon mieux. Ce Gildon quilta plus tard les voies des déistes, et même, en ITOâ, écrivit contre eux un traité.
(2) TU i'ApoWowis de Tyane, par Pbiloatrate, avec les commenlaires de Cbarics Blount, trad, Berlin, ITT4, 4 vol.
H4 LES DÉI8TRB ANOLAIB BT LB CHRIBTUNISMB.
qui accompagnent cette traduction, sont une attaque évidente contre le Nouveau Testament et contre TEglise anglicane. Les passages suivants, choisis entre mille, le prouveront avec surabondance : « Je suis si éloigné de comparer Apollonius à notre bienheureux Sauveur et d'ajouter foi à de nouveaux miracles , que je prie Dieu tous les jours de me donner assez de foi pour croire aux anciens... Le plus sàr est de croire ce que l'Eglise croit ; et si j'étais mahométan, je croirais volontiers qu'ils étaient huit cents, outre le chien, dans la caverne des Sept-Dormants , en cas que le mufti me l'enseignât ; mais tel que je suis, j'attacherai toujours ma foi à la manche de mylord de Canterbury. Si donc le clergé veut qu'on croie qu'Apollonius était un coquin et un jongleur ; qu'étant ressuscité, il est un des principaux chefs du complot papiste ; ou qu'un homme tel qu'Apollonius n'a jamais existé, je veux croire de tout mon cœur ce qu'il lui plaît. J'aime bien mieux que le philosophe de Tyane soit perdu de réputation que d'être brûlé comme hérétique... Si l'on objectait, — et je sais qu'on le fera, — qu'il peut y avoir une mauvaise conséquence à laisser apercevoir au peuple que d'autres que Moïse, Christ et les apôtres ont fait des miracles, je répondrais : Comment donc le passage de l'Ancien Testament où il est parlé des magiciens, et celui du Nouveau
r ET LB DÉISME AU DIX-SEPTIËHE SIÈCLE.
qui regarde Simon le Magicien, ont-il jusqu'ici à l'index expurgatoire!... Les hommes, en générai, sont autant de perroquets religieux... Le commua peuple ne tient au christianisme qu'à cause des pâtisseries de Noël... » et ceci surtout ; « II faut considérer l'autorité des témoins : ce ne doivent être ni des femmes, ni des enfants, ni des gens grossiers, ignorants, de la lie du peuple, ces sortes de personnes étant fort crédules. Elles regardent comme autant de miracles toutes les choses qui passent leur intelligence; elles s'imaginent que Dieu ne montre son pouvoir que quand il altère les lois de la nature, et fondent leur religion sur une naissance prodigieuse ou quelque chose de semblable. » Ce dernier passage est encore plus direct et plus clair que les autres ; il ne s'agit pas des témoins d'Apollonius de Tyaoe et de ses miracles. Ces femmes crédules, ce sont les saintes femmes de l'Evangile, ces gens de la lie du peuple ce sont les apôtres, et si l'auteur indique la naissance miraculeuse, il pense bien davantage à la résurrection. Le lecteur ne s'y trompe pas, et Blount ne veut pas qu'il s'y trompe.
L'allure de cette plume hardie , parfois triviale, est remarquable; c'est bien à quelques égards l'esprit de Bayle , et de ce qu'on a pu appeler le temps de Bayle, mais beaucoup plus accentué et violent. On trouverait plus de vio-
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lence encore dans la préface de ï Anima mundi contre les puritains , une haine hobbiste qui l'emportait sur le libéralisme politique commun à Blount et aux dissidents. Quant au fond, rien n'a été vu jusqu'ici qui dépasse le déisme proprement dit. Son résumé de la religion du déiste (1) est un catéchisme très court, assez Adèle à l'esprit de Herbert, qui roule essentiellement sur la manière de servir Dieu. Blount établit surtout comment on ne doit pas servir Dieu : ce n'est pas par le culte des images (païens et papistes), ce n'est pas par des sacrifices (la loi juive) , ce n'est pas par un médiateur (les chrétiens). Ceci pour trois raisons : d'abord un médiateur n'est pas nécessaire; ensuite, si Dieu envoie le médiateur au monde, c'est qu'il est déjà réconcilié avec le monde, et, par conséquent, n'a pas besoin d'une intercession pour pardonner; enfin parce qu'un médiateur est en contradiction avec l'infinie miséricorde divine. Quel est donc le moyen de servir Dieu ? C'est d'adhérer inviolablement aux choses naturellement justes; c'est d'imiter Dieu dans toutes ses perfections, surtout dans sa bonté. Blount ne devrait même pas passer pour un ennemi absolu de tout christianisme; car s'il attaque indirectement les miracles du Nouveau Testament, directement, dans ses Oracles de la rai--
(1) A summa/ry account of the deisU religiony p. 88 des MUceU*