HEUBERT ET LE DËISHE A.U DIX-SEPTIÈME B[ËCLE
son, les miracles de l'Ancien Testament et l'authenticité du Pentateuque , il écrit au docteur Sydeuham cette phrase où reparaît l'Anglais conservateur et traditionnel qu'on ne soupçonnait pas en lui : « Dans notre voyage vers l'autre monde, la route commune est la plus sûre, et quoique le déisme soit un bon engrais pour la conscience de l'iiomme , si l'on sème le christianisme , la moisson sera la plus abondante (1). » Mais ailleurs , Blount semble dépasser le déisme. Il paraît croire à la matérialité de l'âme, qui serait seulement d'une nature plus pure et plus délicate que le reste du corps. Dans un passage très remarqué de son Anima mundi, il semble croire à l'éternité de la matière, contrairement aux doctrines déistes de la création et de la personnalité de Dieu. Il pose ce dilemme , d'ailleurs peu original, soua prétexte de citer un auteur ancien : « Si l'univers doit se dissoudre, il se dissoudra en quelque chose ou en rien ; si c'est en quelque chose , il ne sera pas dissous; si c'est en rien, nous nous trouvons en face d'une impossibilité, car une chose ne peut être faite du néant , ni devenir le néant. » Ces passages ont valu à Blount, chez le petit nombre de ceux qui se sont occupés de
{I] " In our travels to llic other woiid Ihe commOD road îs the safest ; and thougb DeUm is a goad maniirÏDg of a man'a conscience, yet certainly if aowed with Chrislianity, it will produce the most plentiful crop. "
lui f une réputation assez établie de matérialisme. Je crois plus exact de voir en lui un douteur flottant sur toute question, excepté sur TEglise et son enseignement, objets de sa haine constante et parfaite.
Pendant que les idées de Herbert, de Hobbes ou de Blount étaient répandues dans le public par leurs ouvrages et par leurs disciples , lesquels réunissaient dans leur phalange nombreuse et bigarrée toutes les nuances de l'incrédulité , le christianisme et l'Ecriture sainte trouvaient d'illustres défenseurs dans la philosophie et surtout parmi les observateurs de la nature. Si le platonicien Cudworth ouvrait à nouveau sur Tesprit anglais corrompu par l'auteur du Léviathan les sources immortelles de l'idéalisme, les grands physiciens Newton et Boyle travaillaient directement à l'œuvre défensive de la foi. Le riche Robert Boyle fondait magnifiquement une œuvre de conférences annuelles, destinée spécialement à combattre sans relâche les formes sans cesse renaissantes et renouvelées de l'infidélité. Et le prédicateur qui avait l'honneur d'inaugurer cette œuvre (1692), le célèbre Bentley, se sentant ébranlé par la puissante poésie de Lucrèce, était raffermi dans sa
HERBimT BT LE DËISHE AU DtX-BEPTlÈHE SrÈCLB. 39
foi en la création par des lettres de Newton : le physicien rassurait le théologien. De 1660 à 1695, un grand nombre d'ouvrages paraissaient, qui tantôt faisaient des concessions à la religion naturelle, tantôt se maintenaient sur le terrain de l'orthodoxie.
Locke parut dans cette arène avec son grand nom, sa vie laborieuse et pure, son libéralisme et ses excellentes intentions. Il s'est occupé pendant toute sa vie des branches les plus différentes de la théologie, depuis l'exégèse (1) jusqu'à la question de tolérance et de séparation de l'Eglise et de l'Etat, <iu'il résolvait, comme Roger Williams, dans le sens libéral de l'indépendance réciproque des deux domaines. Sa dogmatique a été accusée de socinianisme, non seulement d'après ses œuvres posthumes, mais de Ijson vivant, et il n'est que juste de remarquer ■qu'il s'en est vivement défendu (2), lui , le plus droit et le moins dissimulé des hommes. Mais je n'ai à m'occuper ici de Locke que dans ses rapports avec le déisme et les déistes. Question déjà
(1) Lesavant Jean Lcclerc. dans s a. ITDT). Étudie les paraphrases et 1 et 3 0».; Gai.; Eph. Il rend jus Acuités, h son travail, à son bor trouve inBufQsainment compétent, iiotamment sur les langues Bnccâes. — Lecterc est habituellement ti&s Tavorable à Locke. V. t. VI et XII.
(1) Dans le 2* édition de Beasonablenets. (V. plus loin.)
.a Bibliothèque choisie (t. XIll.
les notes de Locke sur Rom.; .lice k son Gentiment des dif- \ capril religieux . mais il le
40 LBH Dél8TE8 A.N0LAI6 ET LB CHBUTlÀlCISMB.
ffurfiflammont difflcile, car il se trouve qae Lorko a combattu les déistes; qu*il a très délib^jr^^mont voulu les combattre , et qu'il leur a rnndu dos services, non sans les gêner pourtant Miir r|unlr(ues points. S'il a protesté, comme on In vorra, contre Toland, il a été le précepteur de ShartoMbury, il a été Tami du jeune Collins qui lui a dû , non point toutes ses idées, mais lr«H mdUiodos de son esprit.
V()i(îi la question que Ton peut se poser a 2)rifnH, (îonimont l'adversaire , non seulement dns idéns innées dans le sens cartésien, mais doH idnos f^onoralos qui sont le grand patriniDJnn (In Thomme ot par lesquelles le christiaiiJNmn a accds dans notre âme, comment le corypliéo sonsualiste do Texpérience, pouvait-il flirn chrétien î Car Locke était chrétien, d'un cliri«tianismo pou tendre, peu profond, peu richn, mais d*un christianisme très affirmatif, pour In surnaturel , par exemple. Comment?
Ouvrons VKssai sur V entendement humain (1), un dos livres qui marquent le plus dans Thistoinî (lu monde.
Kn dnhors do la commune expérience et du nours ordinaire des choses, il est un cas où rétrangoté du fait ne diminue pas la v^eur et la crédibilité du témoignage : à savoir lorsque
(\) An euay conceming human understanding, ch. 16, 18 et lu du livro IV. Nombreuses éditions en diverses langues.
fe: