HERBERT BT LB DÉISME AD DIX-BEPTIÈBK SIÈCLE
'événement surnaturel a dû être employé par Celui qui est maître de changer le cours de la nature, afin de donner confiance en la vérité annoncée : tel est le cas des miracles de l'Evangile (1), qui ont pour but de faire croire non seulement â leur propre réalité, mais aux vérités qu'ils viennent confirmer.
De même il existe une révélation, un témoi- ,^age venant de celui qui ne peut ni tromper ^i être trompé, de Dieu lui-même; et cette révélation apporte avec elle une assurance victorieuse du doute, elle détermine nos esprits et en exclut toute fluctuation. Notre assentiment s'appelle alors la foi : la foi, c'est l'adhésion à ,e proposition qui ne s'appuie pas sur les déictiona de la raison, mais sur le crédit de
;elui qui la propose comme venant do Dieu (2). Autant vaudrait douter de noire propre existence que de se demander si une révélation
Tenant de Dieu est vraie. Seulement nous avons
(1) B This is Ihe propercase of miracles, which wk!1 attested do
not odIj fiod crcdiL thcmselves, but give it a. wliicb need siicb confirmation, n — Dans ses i Locke ddfinit 4 peu prts de mâme le miracle ; sible, qui, étaot au-dessus de la cumprdhcn?
:, selon luf, contraire su co comme divine, ) « Faitb la the aaaent to be déductions of icnson.
as coming from God , i IDicatioD. "
I to otber trulhs, ivres posthumes,
n du Bpectntcur, lire, est considé-
iny proposition, not thus made oui but upon the crédit of ihe propo- 1 some extraordinary waj of com-
12 LB8 DÀISTES ANGLAIS BT LB CHRISTIAN I&lfE.
besoin d'être certains que c'est une révélation divine, et que nous la comprenons bien. — En effet, et la difficulté prévue par Locke est si peu résolue par lui; ces croyances, que Ton est heureux de trouver dans le cœur et dans la conscience de Locke, se concilient d'une façon si peu expliquée avec sa philosophie sensualiste, qui parfois semble mettre en péril la spiritualité et Timmortalité de l'âme, avec son horreur, exprimée dans cette même partie de son livre, pour tout enthousiasme et pour tout mysticisme, que l'on comprend, d'une part les inquiétudes de Leibnitz qui redoutait cette lecture pour la jeunesse (1), d'autre part la prédilection de nos incrédules français du dix-huitième siècle, qui inscrivaient le livre et le nom de Locke sur leur drapeau.
Un autre chapitre, sur les bornes de la foi et de la raison, contient d'abord quelque danger, ensuite des éléments précieux. D'abord sa préférence pour l'expérience sensible reparaît dans une distinction, poussée trop loin, entre deux sortes de révélation : la révélation directe et personnelle de Dieu, dont l'homme qui en est
(l) Lettre à Kortholt, t. V des Œuvres de Leibnitz, in-4'*, Genève, 1768, p. 305 : tt Quamquam habeant et Puffendorfius et Lockius queedam, contra quae tirones praemuniri oportet... Lockius ideas et veritates insitas non rccte toUit,.. quin et eaagit.quse principia evertunt, unde mentis immortalitatem com probes, dum materiam cogitare posse suspicatur. »
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Rçivoriaé, un Moïse, un saint Paul, éprouve le ~coup vraiment démonstratif, la force divine qui s'imposG et ne peut pas toujours se traduire en paroles humaines (car saint Paul n'a pu décrire ce qu'il avait vu dans son ravissement); -et la révélation traditionnelle, la seule qui ■3oit à notre portée, celle que nous avons par la Parole écrite, et qui nous apporte une démonstration nécessairement moins imposante. Ainsi ||(wsurance que nous pouvons avoir que tel au- Bur sacré a écrit tel livre est moins grande pie si noua l'avions vu écrire son livre. — Soit, rt si le seusualiste a reparu, on ne peut pas [ire qu'il abuse; mais à condition que l'on ajoute ceci, qu'une tradition bien suivie et bien démontrée d'authenticité peut conduire au plus ^^Jjaut degré de la certitude historique, ^^b Autre pente dangereuse. Dieu aurait pu, dit ^Hfeocke, nous communiquer des vérités rationnelles par révélation; il aurait pu, par exemple, nous révéler une proposition géométrique d'Euclide; mais alors nous n'aurions pas au-
*|jit de certitude, parce que la connaissance ae nous avons comme quoi une révélation est ivine, ne peut jamais être aussi sûre que la connaissance que nous avons d'une claire et distincte perception de nos propres idées, — laissons là Euclide, allons au bout de cette îidance, et nous trouverons la révélation mise Jis une complète infériorité devant le raison-
nement ordinaire et l'expérience ordinaire. Les théologiens du temps ne s'y sont pas trompés, et les déistes pas davantage. De là, pour Locke, des attaques qui lui furent désagréables (1) et des amitiés qui lui paraissaient le compromettre et s'égarer.
Mais voici qui est bien meilleur : une distinction nettement établie entre ce qui est supérieur à la raison et ce qui est contraire à la raison; distinction que Leibnitz a trouvée excellente et que l'apologétique chrétienne n'a jamais pu sérieusement repousser. Nous ne pouvons, en effet, dit Locke, admettre ce qui est contraire à ce que nous savons être la vérité; mais il y a bien des vérités, celles par exemple qui concernent le premier état de l'homme et la vie future, la résurrection des morts , dont la raison seule ne pourrait nous donner que de faibles rayons; ici la révélation est donc nécessaire. 4c La raison est une révélation naturelle; la révélation est une raison naturelle élargie par les communications immédiates de Dieu (2). »
J'aime mieux, au total, ces chapitres de Y Essai sur V entendement que le traité sur le caractère
(1) V. le chapitre suivant sur les adversaires de Toland.
(2) « Reason is natural révélation, whereby the eternal fatherof light... communicates to roankind that portion of truth which he bas laid within the reach of their natural faculties; révélation is natural reason enlarged by a new set of discoveries communicated by God immediately. »
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raisonnable iIq christianiame (1). Ce traité a pourtant, plus que lo grand ouvrage, un but religieux : combattre ou convertir les déistes (2), et réunir tous les chrétiens dans une profession de foi très courte et très simple. Locke croit la trouver dans cet article unique : Jésus est le Messie. Cette foi est nécessaire au salut, car Locke admet pleinement la chute, l'insuffisance des œuvres et le besoin pour l'homme d'une foi justifiante. Seulement, c'est cette foi elle-même qui d'un bout à l'autre du Nouveau Testament se résume dans cette confession : Jésus est le Messie. Telle est la religion simple, la religion vraie, la religion révélée, nécessaire : la religion naturelle, dont on parle tant, n'aurait fait assez bien connaître à l'homme ni son Dieu ni ses devoirs. Jésus l'a progressivement enseignée à ses disciples; pas tout de suite, car les Juifs l'auraient ou bien tué, ou bien mis à leur tête pour une révolte, et de toute façon l'auraient B^péché d'accomplir son ministère. Une fois
(t) ReaionabUness of chTistianily , IG95 ; éd. française sous ce titre inexBCtcmeat traduit : Le ebrislianisme raitonnuble. Âmsterdam, 17M.
(3) Locke dit. en défendant son livre, dans la seconde édition, contre l'êv^ue de Glocester : n Notre théologien n'a-t-il poiût ouï parler d'une espèce d'infidtles qu'on nomme déistes ? Ce nom, qui retentit si souvent dans nos chaires et qu'on voit depuis quelque temps dans tant d'ouvrages , lui a-t-il écbappd?... C'est principalement iiour convaincre les doisles de la vérité de la religion chrétienne que ]'ai composé mon livre.
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munis de cet article unique et suffisant , les apôtres avaient tout ce qu'il fallait pour sauver le monde. Si Ton m'objecte, dit Locke, que c'est là une foi tout historique, non pas une foi qui justifie et qui sauve, l'objection s'adresse à Jésus et à ses disciples, qui n'ont pas dit autre chose. Il faut convenir que cette conception , prise en elle-même, indépendamment du but de conciliation qui honore son auteur, est maigre, pauvre, légère. Comment peut-on la soutenir devant la prédication de saint Pierre et de saint Paul , devant l'apôtre Philippe commençant Tinstruction de l'eunuque par les souffrances et la mort du Messie, devant saint Paul déclarant que ceux qui croient au Messie mais repoussent la résurrection, anéantissent le christianisme? Elle n'est même pas claire, cette formule, car tout dépend du spns et de la portée qu'on attachera au mot Messie. Le petit traité de l'illustre philosophe ne pouvait faire que très peu de peine ou très peu de bien aux déistes ; il ne pouvait servir que le rationalisme le plus stérile et le plus médiocre.