Ô LES DÉLATEURS
De près , flattant le prince , et de loin , l'insultant. A régner pour eux seuls ils voulaient le contraindre. Après un tel exemple, ai-je droit de me plaindre...? Plaignons ces délateurs, qu'un faux zèle emporta; Leurs noms restent flétris, malgré leurs errata, A table on s'en éloigne, encor que l'on se taise. Un délateur , à table , est toujours à son aise. Qui ne leur parla point , tout bas s'en applaudit : Qui leur repond , bonjour , craint d'en avoir trop dit ; Et la nuit, en sursaut s'éveillant plein d'alarmes , Se croit, au moindre bruit, saisi par des gendarmes, Et sommé gravement, au fond d'un noir séjour, De déclarer quel sens il donne au mot bonjour.
Qu'il entre un délateur ; aussitôt quel silence ! Je lisais cet écrit; vers la porte on s'élance; On se disperse ; au bal , l'un se dit engagé ; L'autre est déjà parti sans avoir pris congé; Le maître du logis s'embarrasse et se trouble. Loin de se ralentir mon audace redouble : JVIes accents par l'effroi ne sont point retenus; J'écris pour que mon cœur et mes vers soient connus. Le perfide frémit au récit de son crime ; Souvent il pâlit même en attendant la rime.