‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 18 sur 47 · DEUXIÈME PARTIE. 3i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 3i

Vante la trahison et l'érigé en vertu.

Le sicaire efïionté veut gagner son salaire j

Le substitut novice à son patron veut plaire,

Et transforme un vain bruit en révélations ;

Sur une épingle on fait des conspirations ;

On a des conjurés suivi la marche oblique :

Nous aurions , sous huit jours , revu la république !

Enfin de l'accusé l'on a brisé les fers ;

Mais qui réparera les maux qu'il a soufferts ?

Nous comptions cependant sur le retour d'Astrée-

Par ses propres enfants la France déchirée ,

Avait droit aux bienfaits que promettaient ses lois.

L'espoir seul des vertus fait des amis aux rois.

Et quelle ame à ces mots ne se fût attendrie ?

« C'est moi que l'on servait , en servant la patrie. »

C'est ainsi qu'Antonin jadis s'esc annoncé;

Ainsi du grand Henri le règne a commencé \

La bonté soumettait la gloire et le génie :

Entre tous les Français renaissait l'harmonie ;

L'orgueil et la sottise en ont rompu le cours.

A la délation l'on eut d'abord recours.

Tout écrit ferme et vrai fut traité de hbelle ;

Quiconque aima la France eut le nom de rebelle.

Le joug de 1 étranger en devint plus pressant ;

Fort du glaive ennemi, l'on se crut tout-puissant:

La vanité rêva ce despotique empire ,

Où l'honneur dégradé lui-même enfin expire ;

Tel, sous l'arbre infectant le sol qui le nourrit ,

L'aigle rapide tombe, et la plante périt.

En vain le roi dictait des ordres tutélaires.

Vaucluse livra Brune aux ftireurs populaires ;

Et des gardiens veillant et les nuits et les jours ,

Sur le corps du héros protégeaient les vautours.

Deux jumeaux, compagnons de supplice et de gloire ,

Unis par le berceau, la tombe et la victoire,

Ont trouvé cent bourreaux, et pas un défenseur.

L'Aveyron indigné révéla la noirceur

Du secret tribunal, dont les juges suprêmes,

Armés de coutelas, les enfonçaient eux-mêmes !

Jadis républicains, ces hideux Marseillais ,

Qui détrônaient les rois, foudroyaient leurs palais,

Aujourd'hui transformés en brigands monarchiques ,

Lèvent, ornés de lys, leurs glaives anarchiques ;

Des enfants de l'Egypte ils déchirent les flancs ,

Et sur leurs corps meurtris plantent les drapeaux blancs.

Ainsi l'on est trompé dans les biens qu'on espère !

En vain l'aube éclatante annonce un jour prospère ,

De funestes vapeurs s'élèvent des sillons :

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