‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 19 sur 47 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le soleil disparaît sous de noirs tourbillons ;

L'oraffe déchaîné confond la terre et l'onde:

Les horreurs du cahos enveloppent le monde,

Et l'homme épouvanté doute , en ce trouble affreux ,

Si l'astre bienfaisant règne encor dans les cieux.

Mais enfin ses rayons , épurant nos rivages ,

De l'horrible tempête ont montré les ravages.

Je vois, au nom du ciel, le Gard ensanglanté;

Je vois , au nom du roi , l'assassin acquitté ;

Des préfets soudoyaient l'homicide imposture;

Du beau nom de cosaque honorer sa monture,

Près d'un juge zélé fut une trahison ;

Pris pour un aigle , un coq vous fait mettre en prison ;

Deà magistrats du peuple ont poussé la démence

Jusqu'à presser le roi d'ajourner la clémence ;

Le meurtre est contemplé d'un œil indifférent ;

Sur son lit de douleur on égorge un mourant ;

Dans la nuit des tombeaux ta voix se fait entendre ,

Ramel ! ton assassin marche en paix sur ta cendre ;

Tel, autour d'un cadavre, un tigre redouté,

Se promène, insolent de son impunité!

La vengeance a compté les anciennes victimes,

On veut tête pour tête ; on veut crimes pour crimes ;

Contre l'assassinat nul témoin ne s'inscrit ;

Du toit hospitalier où fuyait un proscrit, Le sang coule; des lois on prévient la sentence; A travers des barreaux on frappe l'innocence : On voulait la révolte ; il fallut l'exciter. Qui dut la prévenir, courut la susciter! De ces temps malheureux quelle fut la misère ! Osez tourner les yeux vers le Rhône et l'Isère ; De dénonciateurs leurs bords sont infestés ; L'appareil du supplice est sorti des cités ; Un échafaud mobile erre dans la campagne , La terreur le précède , et la mort l'accompagne î Des agents font jeter des cris séditieux ; Qui dormait innocent s'éveille factieux; On joint à son trépas l'outrage et l'invective ; Sa tête va tomber sur le champ qu'il cultive. Des sbires , par le sang et livresse troublés , Epuisent leur fureur sur des corps mutilés ; D'un fils , en la raillant de sa douleur amère , On traîne les lambeaux jusqu'aux pieds d'une mère. Les forfaits sont comblés par d'exécrables jeux ; Et, reculant d'horreur à ce spectacle affreux, Le fleuve qui, la veille, apportait vers la ville Les doux tributs des champs sur son onde tranquille , Après l'assassinat d'un père ou d'un enfant ,

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