DEUXIÈME PARTIE
Ramène dans Lyon l'ëchafaud triomphant.
Le juge l'attendait pour de nouveaux supplices; On a forgé le crime, on forge les complices. Pourquoi tant d'innocents ne sont-ils pas vengés.-* Pourquoi tant d'assassins ne sont-ils pas jugés ?
— Ib prétendaient servir des maîtres légitimes.
— On n'offie qu'aux faux dieux des hommes pour victimes l
Vierge du mont sacré, qui, dans les jours de deuil, Épanches tes douleurs au pied d'un froid cercueil; L'humble fils du hameau succombe sans défense; Sur l'ëchafaud sanglant on a traîné l'enfance : Viens recueillir ses pleurs et ses cris superflus ; « O ma mère ! ô ma sœur ! je ne vous verrai plus. « Sous la hache implacable , ô mère infortunée , Il t'implore....! et c est peu que tu sois condamnée A payer les bourreaux qui tranchèrent ses jours ; Si l'indignation éclate en tes discours , Si la menace échappe à ton ame oppressée , Comme rebelle alors tu seras dénoncée!
— Le roi n'a point connu ces excès, — Je le crois ; Mais si la vérité parvient à peine aux rois , Pourquoi lui fermez-vous la route la plus siire P Contre les délateurs réservez la censure ;
Dussiez-vous enchaîner tout sincère écrivain ,
Pour voiler certains faits votre pouvoir est rain ;
Il faudra bien un jour que l'histoire les cite :
Néron, dans l'avenir, n'a pu frapper Tacite.
Qui fut toujours loyal , laisse aisément parler ;
Réprimez les délits au lieu de les celer.
De quel droit condamner , en un parti contraire ,
Un acte tyrannique , un arrêt arbitraire ,
Et tant d'assassinats dès long-temps abhorrés,
Si des forfaits pareils sont encor tolérés ?
Vous voulez, quand l'oubli vous devient salutaire.
Engloutir vos erreurs au centre de la terre !
Avez-vous oublié des forfaits moins récents ?
Vous rouvrez des tombeaux fermés depuis vingt ans.
Et croyez repousser dans la nuit éternelle
Le spectre accusateur, sanglante sentinelle,
Qui , vos arrêts en main , immobile et sans voix ,
Attend justice encor dans le temple des lois.
Osez-vous invoquer le voile des ténèbres ,
Quand vous fîtes briller tant de torches funèbres ?
Aux flammes qui, la nuit, s'élèvent des tombeaux,
L'inflexible vengeance alluma ses flambeaux :
Je les vois, sans relâche, agités sur vos têtes !
Dans les champs de l'honneur , dans nos jeux , dans nos fêtes ,