DEUXIÈME PARTIE
Dès que retentira l'air chéri des Français, Ils se rappelleront vos funestes excès.
Henri! tes nobles airs, consacrés à la gloire, Qui jadis annonçaient le char de la victoire. Servant d'affreux signal aux fureurs d'un bourreau , Annoncent aujourd'hui le fatal tombereau! Douterai-je des faits qu'un peuple entier publie ? Sitôt que vous partez , la paix est rétablie. Sans vous , eût-on du Rhône ensanglanté les flots ? Quand vous n'en créez pas , où voit-on des complots ? Quoi ! de JVIachiavel un disciple exécrable , Avide de verser le sang d'un misérable , Lui vient de la révolte applanir les chemins ! C'est Satan vers l'abyme entraînant les humains !... En vain par les enfers sa rage est protégée. Malgré l'autorité de lu chose jugée ^ Citera-t-on jamais sans indignation Les infâmes arrêts de l'inquisition.
Ses horribles cachots , ses tortures barbares ? Au bûcher de Grandier, au gibet de Desbarres, Vos échafauds roulants iront se réunir , Et de vos cruautés effraîront l'avenir.
De frapper l'innocent vous fûtes incapables! Faites-vous donc juger; ou je vous crois coupables.
Accuser tel ou tel ne fut pas mon dessein ; Mais la victime est là : quel est donc l'assassin ? A s'éclairer enfin n'ose-t-on se résoudre? On craint de condamner, on rougirait d'absoudre. Vous m'imposez silence! Eh! l'imposerez-vous A cette épouse en pleurs , qui livre son époux Sur la foi du pardon qu'un perfide proclame ? Pourrez-vous empêcher qu'une mère réclame, Quand vous frappez son fils sur le sein maternel , Pour préserver ce fils d'être un jour criminel ? Et quand vous forceriez les vivants à se taire , Les morts se lèveraient du centre de la terre ! Leurs accents douloureux , de votre loi vainqueurs , Contre l'assassinat partent de tous l^s cœurs. Tremblez ! Fabvier sut rompre un" silence servile ; Le crime tôt ou tard rencontre un Sainneville.' Que de mânes sanglants contre vous soulevés ! Tremblez ! les cris de Brune au roi sont arrivés. A peine est-il instruit, sa justice commence : Ne lui demandez plus d'ajourner la clémence ; Craignez le cri du peuple et la voix des héros ; L'échafaud qui s'écroule entraîne les bourreaux ! Vainement un monarque est grand et magnanime; Par les agents cruels, qu'un fol espoir anime,