DEUXIÈME PARTIE
Les sujets opprimés jugent le cœur d'un roi. Faire en son nom régner la vengeance et ^'effroi , ^ors que ses bienfaits par vous doivent s'étendre, C'est lui ravir l'amour qu'un prince a droit d'attendre ; Entre son peuple et lui, c'est mettre un mur d'airain; Plus que des révoltés c'est nuire au souverain.
U est mille attentats , hélas ! irréparables , Des révolutions crimes inséparables.
Dont l'Angleterre aussi ressentit les effets. Sa gloire est loin encor d'égaler ses forfaits ! Que dans Londres Stuart ressaisisse l'empire; Un Jeiffris aussitôt prouve que Ion conspire. Sous les dehors fardés d'un hypocrite amour , Il immole Sidney, par zèle pour la cour. Il excite un complot que lui-même il dénonce ; Il accuse, il instruit, il conclut, il prononce. Des échafauds qu'alors il dresse aux conjurés, Pour monter aux honneurs; il se fait des degrés. Il maintient son crédit en créant des alarmes. Il n'est point d'ennemis; n'importe, il crie aux armes! Il est duc, il est comte, ou grand-juge! A quel prix.** Ah ! l'Angleterre seule a-t-elle eu des Jeiffris ? Et je devrai me taire ; et ma muse enflammée
i^o LES DÉLATEURS.
Ne s'élancera pas , d'un fouet sanglant armée ! J'entendrai déclarer, en un jour solennel, Que sauver l'innocent, c'est être criminel ! Interdire la plainte au malheureux qu'on frappe. Et rugir un bourreau , quand la victime échappe ! Dût un nouveau Jeiffris me citer sur les bancs , Contre lui, sans effroi, je sortirai des rangs; Triomphant sous les coups d'un lourd réquisitoire. Les auteurs condamnés ont encor la victoire. Brisez l'arc d'Apollon , quand son trait est lancé ; Le trait vole!... Pytlion est déjà terrassé. Des fiers enfants de Mars la généreuse audace Inspira les écrits des enfants du Parnasse , Et de l'honneur français ralluma le flambeau ; La sottise elle-même a creusé son tombeau : La persécution illustre un. faible ouvrage ; Il est recommandé par la voix qui l'outrage ,• Et tel livre , à la gloire aujourd hui parvenu , Sans l'avocat du roi n'eût pas été connu. De mes prédécesseurs la disgrâce m'enflamme ; Et , de la liberté relevant l'oriflamme , Je cours au tribunal professer l'équité. L'amour de la justice et de la vérité.