‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 3 sur 47 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Qaaaquam animas memiaisse horret , lactaque refugit . Incipiam.

f^irg. AEn. hb. i.

1 L faut céder enfin à ma juste colère ; Le crime s'enhardit , alors qu'on le tolère ; Trop long-temps de la France il troubla le repos ; Je déclare la guerre aux méchants comme aux sots Un cœur noble avec eux jamais ne sympathise. Ainsi que les forfaits, je combats la sottise j Soit que , guidant un peuple aveugle en sa fureur. Elle sème en nos murs l'épouvante et l'horreur • Soit qu'elle ose , du siècle étouffant la lumière , Invoquer des vieux temps l'obscurité première, Et prétende , à l'erreur nous Uvrant de rfouveau . Rabaisser tout mortel à son propre niveau.

A fronder tous les sots si ma muse s'apprête,

Quels orages soudain vont gronder sur ma tête !

Mais l'honneur a parlé; l'effroi n'est plus permis :

Un Français n'a jamais compté ses ennemis :

Leur nombre en vain s'accroît, siffle, intrigue, menace.

Ainsi qu'au champ d'honneur je les brave au Parnasse.

Vils délateurs , c'est vous que je vais attaquer;

Oui, pour le bien public il faut les démasquer.

Et vous, nobles guerriers, que poursuivit leur rage,

Dont l'exemple héroïque enflamma mon courage.

Vos bras ont défendu notre gloire et nos droits ;

A venger vos affronts je consacre ma voix;

Ma lyre, d'un tel soin désormais occupée.

Va se montrer française autant que votre épée.

Je sais que , trafiquant du vice et du mépris , Dans Paris , de nos jours , on dénonce à tout prix ; Que la délation impudemment s'y montre : Le ton faux, l'œil hagard, par-tout on la rencontre. Elle obsède un ministre, elle assiège un bureau. S'introduit chez les grands , se déchaîne au barreau , Règne dans les salons , et s'y croit ennoblie , Se trouve, en talon rouge, à la cour établie. Poursuit Voltaire encore au fond de son cercueil,

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