PREMIÈRE PARTIE
Accourt à l'Institut disputer un fauteuil, Devient pour l'ignorance un titre académique, Alimente de fiel maint écrit polémique, Avec le déshonneur entre au lit conjugal, D'éloigner un époux donne un moyen légal, Et pour peu qu'au logis sa présence vous gêne, Le tait obligeamment reléguer à Cayenne. Le tromper suffirait, sans qu'il fût déporté! Mais, ce qui paraîtra par l'enfer inventé, Sur tout homme d'honneur versant la calomnie. Levant sous nos drapeaux une tête impunie, Au faîte de la gloire elle atteint nos guerriers, Rampe à travers les lys pour flétrir leurs lauriers ; Parmi les rangs français inhabile à combattre. Ose, un poignard en main, invoquer Henri-Quatre ; Et contre des proscrits s'exercant à huis-clos , Par nos propres soldats , immole nos héros : A perdre un malheureux l'inhumaine s'attache, Frappe, en s'enveloppant de l'étendard sans tache, Et, monstre sanguinaire autant que déloyal. Assassine à l'abri du panache royal.
Tel, horrible et sanglant, un vautour plein de joie. Sous la croix du clocher vient déchirer sa proie.
Un Français croira-t-il que d'obscurs délateurs Sous un règne éclairé trouvent des protecteurs? Mais en vain les méchants poursuivent leur chimère ; Le crime n'a jamais qu un empire éphémère. Semblable à ce reptile, effroi de nos guérets , Qui, durant la clarté, caché dans les marais, Hors des flots empestés n'ose dresser sa tête Qu'à la faveur de l'ombre et pendant la tempête; De la délation le monstre ténébreux, N'ose braver le jour qu'en des temps désastreux, Qu'en ces temps de désordre, où, sanglante et livide, La vengeance aux méchants prête une oreille avide ; Caresse l'imposteur qui sert sa passion ; Accueille tout prétexte à la proscription : S'arroge sans pudeur les droits du diadème; Et, feignant de servir le roi, malgré lui-même, D'avides proconsuls fait de lâches tyrans.
Qu'un fat réclame alors un emploi dans nos rangs, Par un service exact croit-on qu'il réussisse? Les dupes font la ronde , et vont à l'exercice : Vous montez votre garde, il vous a vu passer, L'instant est favorable, il court vous dénoncer; Un sot, à poste fixe, a déjà pris la plume :