DEUXIÈME PARTIE
La pitié parmi nous n'aura donc plus d'accès ! Répétons tous ce cri d'un généreux Français : « Sur la voix des méchants que l'équité l'emporte ; « Qu'enfin tout Français rentre , et que l'étranger sorte î » L'éloquent Morellet, l'ami de la vertu, Pour les fils des proscrits , jadis a combattu ; Il priait ces cruels qu'aujourd'hui l'on dénonce ; « Qu'ils rentrent dans leurs biens» fut alors leur réponse. Dans un premier courroux les rois peuvent punir ; Un père à la clémence est prompt à revenir; Une justice extrême est souvent injustice ; On craint assez les rois : tâchez qu'on les bénisse. Après un long exil Dieu vous a rappelés , De même à leurs enfants rendez les exilés ; Aux portes de ces murs la mort peut les surprendre ^ N'est-ce qu'aux fossoyeius que vous voulez les rendre? Cessez de nous livrer aux lois d'exceptions , Et ne nous jugez plus sur des délations î
D'un marquis, il est vrai, l'atroce calomnie, Par un affront sanglant vient d'être enfin punie ; Mais qu'importe un arrêt contre un noble lancé P L'arrêt contre Wilfrid a-t-il été cassé ?
Par lui, depuis trois mois, la mort est attendue;
L'arrêt est confirmé , la hache est suspendue :
Elle est prête à frapper!... Du séjour du trépas,
Venez la détourner , défenseurs des Calas ,
Des Sirven , des Verdure ! Et toi sur-tout , mon père !
J'ai prononcé ton nom ; que l'innocence espère !
Ton exemple à Wilfrid a fait un défenseur.
Un illustre écrivain sera ton successeur.
Un beau trait nous honore encor plus qu'un beau livre;
Dans la postérité la vertu nous fait vivre.
J'ai gravi sur le roc où tu fus enchaîné ,
Lorsque tu défendais l'innocent condamné ;
Les maux que tu souffris attristaient ma mémoire j
Mais j'oubliais tes fers en contemplant ta gloire ;
Au prix des mêmes ifers puissé-je limiter !
Pour la France et l'honneur mes chants vont éclater.
De mes vers généreux, empreints de ton courage,
A tes mânes alors j'oserai faire hommage.
Dans ces temps où le crime avait tout confondu ,
Le sentier paternel sous mes pas s'est perdu ;
Et de rang et de biens dépouillé par l'orage.
J'allai chercher au Pinde un reste d'héritage,
Emportant, sur la rive où le sort m'a jeté,