‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 31 sur 47 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La pitié parmi nous n'aura donc plus d'accès ! Répétons tous ce cri d'un généreux Français : « Sur la voix des méchants que l'équité l'emporte ; « Qu'enfin tout Français rentre , et que l'étranger sorte î » L'éloquent Morellet, l'ami de la vertu, Pour les fils des proscrits , jadis a combattu ; Il priait ces cruels qu'aujourd'hui l'on dénonce ; « Qu'ils rentrent dans leurs biens» fut alors leur réponse. Dans un premier courroux les rois peuvent punir ; Un père à la clémence est prompt à revenir; Une justice extrême est souvent injustice ; On craint assez les rois : tâchez qu'on les bénisse. Après un long exil Dieu vous a rappelés , De même à leurs enfants rendez les exilés ; Aux portes de ces murs la mort peut les surprendre ^ N'est-ce qu'aux fossoyeius que vous voulez les rendre? Cessez de nous livrer aux lois d'exceptions , Et ne nous jugez plus sur des délations î

D'un marquis, il est vrai, l'atroce calomnie, Par un affront sanglant vient d'être enfin punie ; Mais qu'importe un arrêt contre un noble lancé P L'arrêt contre Wilfrid a-t-il été cassé ?

Par lui, depuis trois mois, la mort est attendue;

L'arrêt est confirmé , la hache est suspendue :

Elle est prête à frapper!... Du séjour du trépas,

Venez la détourner , défenseurs des Calas ,

Des Sirven , des Verdure ! Et toi sur-tout , mon père !

J'ai prononcé ton nom ; que l'innocence espère !

Ton exemple à Wilfrid a fait un défenseur.

Un illustre écrivain sera ton successeur.

Un beau trait nous honore encor plus qu'un beau livre;

Dans la postérité la vertu nous fait vivre.

J'ai gravi sur le roc où tu fus enchaîné ,

Lorsque tu défendais l'innocent condamné ;

Les maux que tu souffris attristaient ma mémoire j

Mais j'oubliais tes fers en contemplant ta gloire ;

Au prix des mêmes ifers puissé-je limiter !

Pour la France et l'honneur mes chants vont éclater.

De mes vers généreux, empreints de ton courage,

A tes mânes alors j'oserai faire hommage.

Dans ces temps où le crime avait tout confondu ,

Le sentier paternel sous mes pas s'est perdu ;

Et de rang et de biens dépouillé par l'orage.

J'allai chercher au Pinde un reste d'héritage,

Emportant, sur la rive où le sort m'a jeté,

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