‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 33 sur 47 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Depuis un ou deux mois on ne dénonce plus. Je le veux ; mais victime et témoin du naufrage , Quand la bonté du ciel daigne appaiser l'orage , Pour les temps à venir, j'accours au bord des mers Signaler les écueils que les flots ont couverts. La fureur des méchants d'ailleurs est-elle éteinte ? Ne puis-je craindre encor leur homicide atteinte ? Attendez que ces vers leur soient enfin soumis ! Quels pensers généreux ont-ils jamais permis ? Ne croyez pas sur-tout que ceux qui vous dénoncent Ressentent pour le roi tout l'amour qu'ils annoncent. Le temps a démontré que la délation N'est qu'un avant-coureur de la pétition ; Plus d'un homme de bien arrive par le coche , Apportant l'une et l'autre à-la-fois dans sa poche. Il fait, au ministère, un échange innocent ; Il venait délateur , il s'en va remplaçant. L'un ne veut simplement qu'atteindre à la fortune ', La faveur d'un rival à l'autre est importune. Des succès d'un voisin on se trouve offensé; Par l'or de tel qu tel on craint d'être éclipsé ; D'un amant préféré l'on redoute la flamme ; On veut se délivrer d'un ami de sa femme, Ou du sien propre; alors tous les moyens sont bops.

La haine , pour manteau , prend l'amour des Bourbons :

En protecteur des rois tout délateur s'érige !

Comment parer les traits que sa fureur dirige ?

Tantôt il fond sur vous en tigre rugissant ;

Tantôt serpent livide il fuit en vous blessant ;

Quelquefois il vous plaint; c'est, dit-il, bien dommage

Qu'au pouvoir des cent jours on l'ait vu rendre hommage ?

En aggravant un fait devant votre ennemi,

Il feint obligeamment de le taire à demi ;

Il gémit d'un air doux sur les torts qu'il vous prête ;

Il commente un discours , l'altère ou l'interprète ;

Il couvre un noir dessein de voiles imposteurs j

Il dénonce, en tonnant contre les délateurs.

S'il en est un pourtant que justement on craigne ,

C'est celui qui déjà le fut de règne en règne ;

Renégat, qui jadis fut le sicaire ardent

Des gens dont il se fait l'oppresseur impudent ;

De tout dernier venu partisan fanatique ,

De Brutus ou Tarquin zélateur lunatique ,

Qui d'un signe jamais n'a paré son chapeau ,

Qu'après avoir du Louvre observé le drapeau ;

Fanfaron de café , rodomont de taverne ,

Périodique ami de quiconque gouverne ,

Dont l'esprit de parti n'est qu'esprit de calcul :

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