‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 34 sur 47 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Sbire d'un directeur, séide d'un consul ,

Anarchiste en janvier, en mai fédéraliste ,

Impérial en mars , en avril royaliste ,

Il a, de tous les temps, fourni les échafauds

Depuis ceux de Fouquier jusqu'à ceux des prévôts.

Ainsi qu'aux bords du Rhône il dénonce l'enfance,

Dénonçant dans Paris le vieillard sans défense,

Sur sa pique il portait l'exécrable fardeau ,

Qu'il roule à Saint-Genis, par un forfait nouveau.

Autrefois , pour me perdre , il m'a fait Bourboniste ,

Il me traite aujourd'hui de Napoléoniste.

Persécuteur infâme, au nom d'un roi clément,

Ou noirceur, ou devoir, il fait tout lâchement;

Bat-on la générale , à paraître il renonce ;

Il demeure caché , même quand il dénonce ,

Et veut , certain du coup qui m'atteindra demain ,

Pouvoir m'assassiner, en me tendant la main :

Car à frapper en face , il ne s'expose guère ;

Il a servi deux ans dans les conseils de cruerre :

Nul forfait commandé n'est pour lui criminel ; 11 eût du même fer frappé Monck et Cromwell , Charle même au besoin ! Les yeux privés de larmes , Il vient signer l'arrêt de ses compagnons d'armes. Il condamne un guerrier qui servait avec lui ;

Jadis il condamnait ceux qu'il sert aujourdhui !...

Qui fut vil dans un temps , sera vil dans un autre.

De l'excès qui domine il est toujours l'apôtre.

Et qu'attendre , après tout , d'un lâche sans pudeur ,

Accroché constamment au manteau du vainqueur ?

Politique histrion , qui , dans ces temps de trouble ,

Habile à voltiger sur une corde double ,

Passant de l'une à l'autre avec agilité ,

Et saltimbanque adroit presque autant qu'éhonté ,

Quand il voit se briser la corde impériale ,

En tombant , rebondit sur la corde royale ;

Reblanchit son pourpoint rougi sous la terreur,

Et saute pour le roi comme pour l'empereur.

De ces zélés d'un jour faut-il que je révèle D'où renaît pour le roi la tendresse nouvelle ? L'un veut faire oublier qu'un frauduleux bilan Le dut , pour hausse-col , décorer du carcan. L'autre veut qu'on suppose , à l'ardeur qui l'inspire , Qu'il eut, du temps des rois , l'or qu'il prit sous l'empire. D'un long bruit de sifflets celui-ci fatigué , Croit du fleuve d'oubli trouver enfin le gué , Et que le nom du roi , parant toutes ses rimes , Soudain aux yeux du goût les rendra légitimes.

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