‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 35 sur 47 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

L'autre, flatteur vénal, à Gand comme à St.-Cloud ,

Sur la trace des rois se retrouve par-tout ;

Pour homme comme il faut prétend qu'on le renomme ,

Et croit, singeant les sots, qu'il se fait gentilhomme.

Pour prouver son amour tel qui n'a rien omis ,

Voulait être ministre, au lieu d'être commis.

Tel voit tomber son maître; il le quitte, et sans honte.

Sur les degrés du trône attend le roi qui monte.

Il dit que le servir fut son unique plan.

Au temps de la victoire, il était chambellan ;

Au sacre , au mariage , il avait l'habit rouge :

Fidèle à l'anti-chambre , à-présent il n'en bouge ;

Il y vient dénoncer , et croit de bonne foi

Que la clé qu'il portait ouvre encor chez le roi.

Celui-ci ne fut rien , sa sottise en fut cause ;

Il s'est fait bien pensant pour être quelque chose.

Toutefois un monarque, au Louvre, on s'en souvient,

Les voit peu quand il part, beaucoup quand il revient.

Pour un roi triomphant comme ils ont le cœur tendre!

C'est même alors trop peu des cris qu'ils font entendre.

De quiconque se tait ou crie un peu moins qu'eux ,

Le silence est traité de cri séditieux :

Ne pas trouver tout bien est un crime authentique ,

Et gémir de la pluie est presque impolitique.

Oser former le vœu qu'un jour, de nos remparts Nos drapeaux, déployés chassent les léopards , ( Tant de toute bassesse ils ont le privilège ) , A ces plongeons de cour semble un vœu sacrilège ! D'un regret sur l'honneur on les voit s'irriter!.... Ce qu'on n'a jamais eu peut-il se regretter ? Sommes-nous donc réduits à cet excès d'outrage , Qu'en France être Français soit un trait de courage ! Que rappeler Bovine, et Marsaille, et Rocroi , Blesse, à de certains yeux, la majesté du roi ? Qu'espérer affranchir leur propre territoire, A l'honneur des Boiirbons paraisse attentatoire ? Que des Français parés des couleurs de Henri , Décorés du portrait de ce héros chéri , Me prétendent contraindre à passer sous silence Que de battre l'Anglais nous eûmes l'insolence ! Levez-vous grand Condè , Turenne, Catinat , Et vous, qui, de nos jours, non moins chers à l'état , En triomphe ameniez , de Grenade et Minorque , Les vaisseaux d'Albion traînés à la remorque ! Vous, aux mers d'Aboukir, vaincus avec honneur! Vous, héros, qui montiez cet immortel Vengeur, Que j'ai vu dans l'abyme, en cédant la victoire, Descendre pavoisé des couleurs de la gloire!

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