‹ Les Délateurs, ou, Trois années du 19e siècleChapitre 36 sur 47 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Levez- vous tous , guerriers , soldats et matelots , Qui, depuis neuf cents qns, sur la terre et les flots, Combattant pour l'honneur et servant la patrie , Sous les coups de l'Anglais avez perdu la vie ! Venez voir des Français , trop peu lâches encor , Exiger qu'à genoux nous lui comptions notre or j Que payant, chapeau bas, le droit de vasselage , Comme à des suzerains nous lui rendions hommage , Et craignions de montrer l'espoir trop imprudent De ressaisir sur lui notre part du trident.

Ah ! que leur lâcheté m'importune et me blesse ! C'est du cœur qu'il faudrait leur rendre la noblesse. Ils insultent l'armée ; et Thersites nouveaux , D'Achille ils n'ont pas même apperçu les drapeaux. Pour eux nos seuls revers ont toujours eu des charmes. Ils ont répudié la gloire de nos armes. Ils se disent vainqueurs et chantent leurs succès , Quand un champ de bataille est jonché de Français. Vous les verrez, ardents pour la foi catholique , S'armer, au nom des cieux, du glaive apostolique. Leur cœur en sera-t-il plus humble et plus chrétien ? Ils soutiennent l'autel pour s'en faire un soutien. De notre antique honneur déplorables transfuges ^

Je vous offenserais, en vous donnant pour juges

Ces guerriers qu'au défaut de vos noms si vantés ,

Du nom de leurs exploits la victoire a dotés.

Je ne vous cite point aux bords de la Trébie ,

De l'Ebre , du Tésin , aux plaines d'Arabie ,

Aux champs de Saragosse , ou de Montebello ,

Sur les sables du Nil, sur les neiges d'Eylau.

A jour fixe, attendons que l'orgueil vous demande

Des regrets d'étiquette et des pleurs de commande ,

Au tombeau de ces rois, qui du joug de l'Anglais

Ont affranchi leur sceptre , à force de hauts faits ,

Et délivré la France aux Bedfort asservie ;

Qui, le glaive à la main, dans Poitiers, dans Pavie,

Prouvaient , en y bravant les fers et le trépas ,

Qu'un roi de France tombe, et. ne s'avilit pas ;

Et qui, de siècle en siècle allégeant nos entraves ,

Ont voulu des sujets , et non pas des esclaves.

Au bruit des chars anglais roulant sur ces caveaux ,

Venez voir tous nos rois s'élancer des tombeaux ,

Criant : A nous , Dunois ! Dugueschn ! France! France !

Mont-Joie et Saint-Denis!... Cris d'honneur, d'espérance,

Ne nous rendrez-vous point un élan généreux.^

Sur leur cendre venez interroger nos preux !

Contemplez ce cercueil qu'un vert laurier décore ;

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