TROISIÈME PARTIE
Sur notre abaissement ton image s'exprime Plus haut que tant de voix qu'un faux zèle réprime. Au temple de Thémis qui s'ouvre sous ses yeux , Accusez-donc Henri de cris séditieux !
Sa voix semble sortir de ce bronze sonore: Tel Memnon s'animait aux rayons de l'aurore. De ce trône où revit sa gloire et sa bonté, Où nos cœurs et nos bras à l'envi l'ont porté, Il réprouve la haine et ses actes sinistres ; Il dit aux rois : Prenez des Sully pour ministres ! Il crie à l'étranger, qui porte au loin ses pas, « Bon voyage , messieurs ; mais n'y revenez pas. » Courtisans , dont l'orgueil va jusqu'à la démence , Ministres, qui des rois enchaînez la clémence, Déployez devant lui vos lois d'exceptions , Les arrêts des prévôts et les proscriptions ! Vos listes à la main, soutiendrez-vous sa vue ? D'un œil plus favorable, au pied de sa statue, Il eût vu sur le marbre , en lettres d'or inscrits , L'oubli des torts passés, le rappel des proscrits. Jamais il n'envoya de ligueurs à Cayenne ; Par la bonté sur-tout il ramena Mayenne. Grand roi ! de ton génie invoquant le retour , Sous ce bronze éclatant je viendrai chaque jour ,
Retraçant de tes faits la mémorable histoire ,
Attendre la clémence , espérer la victoire ,
Et me flatter qu'enfin , aussi-bien que tes traits ,
On veut nous rendre encor ta gloire et tes bienfaits.
Henri! prête à mes chants ton immortelle égide, Je ne l'invoque point contre un censeur rigide ; Mais des vœux de l'honneur assure le succès ! Qui les condamnera j s'il porte un cœur français ?
— Prends-y-garde ; les sots vont t'accabler d'injures ! Boileau t'en avertit '.féconds en impostures j
Tu les verras traiter tous tes 'vers d'attentat y Et d'un mot innocent faire un crime d'état. ■ — Molière me remet d'une alarme si chaude : JVous 'vivons sous un prince ennemi de la fraude; Et l'on ne croira pas , quel que soit ton effroi , Qu'être ennemi des sots, ce soit l'être du roi. Dans ses nobles loisirs il applaudit Horace Frappant des Mœvius l'indestructible race , Et ne peut me blâmer d'attaquer des pervers , Qu'Horace, aux yeux d'Auguste, attaquait dans ses vers.
— Toujours la vérité fut dangereuse à dire. Juvénal paya cher un seul trait de satire. Lucain fut trop puni pour n'avoir point flatté.